Catho de Lille : la chapelle toujours menacée

Auguste Mourcou (1823-1911)
Nef de la Chapelle Saint-Joseph du
Collège Saint-Paul (menacée de destruction)
Photo : Didier Rykner
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29/6/20 - Patrimoine - Lille, chapelle Saint-Joseph - Alors que la direction de l’Yncrea doit rencontrer le 10 juillet les services du ministre de la Culture pour parler de la chapelle que cette institution souhaite détruire à Lille (voir notre article), il semble que cette discussion parte sur de mauvaises bases et que si Franck Riester souhaite la conservation de l’édifice (voir la brève du 5/6/20), l’Yncrea ne pense, en réalité, qu’à sa démolition.

Un mail interne, daté du 11 juin dernier, et envoyé par Céline Dubois-Duplan à ses « cher∙es collègues », est à cet égard plutôt inquiétant.

« Le ministre de la Culture a demandé une instruction complémentaire suite à la pétition menée ces dernières semaines pour sauvegarder la chapelle Saint-Joseph. Vous le savez, ce bâtiment est désacralisé et abandonné depuis plus de 20 ans. Il a subi les outrages du temps. Nous avons ainsi obtenu l’autorisation de le déconstruire, ce permis étant purgé de tout recours depuis septembre 2019.

Néanmoins, la déconstruction de la chapelle - initialement prévue cet été - ne sera pas immédiate. Nous rencontrons les services du Ministère de la Culture, ce 10 juillet, pour approfondir le sujet ensemble et le replacer dans une vision plus globale. Notre futur campus a fait de la préservation du patrimoine un de ses principes directeurs. En effet, nous y consacrons 25% de nos investissements, soit 21 millions d’euros pour la rénovation du Palais Rameau, de la résidence Albert Le Grand et de l’aile Norbert-Ségard de l’Université Catholique.

Nous vous tiendrons, bien sûr, informés des conclusions de cet échange. »

On admirera le langage employé, qui une fois de plus utilise les termes « déconstruire » et « déconstruction » pour ce qui n’est évidemment qu’une destruction, une démolition, qui consiste à raser l’édifice. Il est toujours curieux de voir à quel point ceux qui veulent détruire ont peur de ce mot. Mme Dubois-Duplan, à qui nous avons pu parler, nous a expliqué qu’elle employait ce terme car tout ne serait pas envoyé à la benne : des œuvres (vitraux et sculpture) seront récupérées et des matériaux de la chapelle réemployés. Curieuse interprétation. À ce compte-là, les Tuileries ou l’Abbatiale de Cluny n’ont pas été détruits mais « déconstruits » !

On s’inquiétera surtout du ton employé. Il n’est manifestement pas question de tout mettre en œuvre pour éviter la « déconstruction », mais bien au contraire de justifier celle-ci, en prenant prétexte des rénovations des bâtiments conservés et de la restauration du Palais Rameau qui aurait dû être faite par la mairie de Lille, trop contente de s’en débarrasser. Ils ne renoncent pas à la démolition qui devait avoir lieu cet été, elle ne sera simplement pas immédiate. Le mail souligne d’ailleurs que le permis étant purgé de tout recours, rien ne s’y oppose vraiment.

Comment peut-on croire réellement que les services du ministère de la Culture, qui avaient tout loisir de s’opposer à cette démolition (qui se situe rappelons-le dans un périmètre de monument historique) vont parvenir à convaincre l’Yncrea de ne pas la mener à bien ? Certes, il s’agit ici des services centraux, pas de la DRAC. Mais on ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif. Si le ministre de la Culture, dont nous ne doutons pas ici de la volonté de parvenir à une solution qui conserverait l’église, veut montrer sa résolution, il doit d’urgence poser une instance de classement, puis protéger celle-ci définitivement si l’Yncrea ne renonçait pas à son projet.


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