Willem Bastiaan Tholen (1860-1931). Un impressionniste néerlandais

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Paris, Fondation Custodia, du 21 septembre au 15 décembre 2019.
Dordrecht, Dordrechts Museum, du 9 février au 31 mai 2020.

Nous voudrions citer chaque tableau, dessin et eau-forte de la centaine d’œuvres de Willem Bastiaan Tholen exposées à la Fondation Custodia, tant chacun – ou presque - illustre l’originalité de cet artiste que l’on pourrait hâtivement considéré comme un retardataire. Certes, aucune des avant-gardes picturales qui animèrent la cinquantaine d’années de sa carrière - symbolisme, expressionnisme, néo-impressionnisme, cubisme, néoplasticisme... – n’emporta son adhésion, pourtant il se garda de tout conformisme. À la lisière de la tradition et de la modernité, Tholen est un artiste qui se soustrait aux catégories. Né en 1860, il est le contemporain de Van Gogh, fréquenta la très établie École de la Haye comme les plus jeunes impressionnistes néerlandais George Hendrik Breitner ou Willem Witsen, visita Barbizon en 1887 sans toutefois jamais s’affilier à aucune école, fidèle à la leçon inaugurale de son maître Paul Joseph Constantin Gabriël « Formez une école si vous le voulez, mais elle doit venir de vous, et veillez à n’appartenir à aucune ».


1. Willem Bastiaan Tholen (1860-1931)
Paysage fluvial, 1882
Huile sur toile - 97 x 149,5 cm
Gouda, Museum Gouda
Photo : Museum Gouda/Tom Haartsen
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2. Willem Bastiaan Tholen (1860-1931)
Les Soeurs Arntzenius, 1895
Huile sur toile – 38,3 × 58,8 cm
Gouda, Museum Gouda
Photo : Museum Gouda/Tom Haartsen
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S’il ne bénéficie pas de la notoriété de certains de ses contemporains, Willem Bastiaan Tholen jouit de son vivant d’une rapide renommée commerciale et critique. Salué de plusieurs prix académiques, objet de nombreuses expositions monographiques dès 1894 (New-York, Amsterdam, La Haye, Edimbourg, etc.), séduisant les amateurs néerlandais mais aussi britanniques, américains et canadiens grâce à son réseau international de marchands, il n’eut jamais à contraindre son inspiration et put avec constance et sincérité honorer l’exhortation de son maître « Renforcez-vous avant tout et continuellement dans ce que vous aimez le plus [...] ». Les présentations sérielles de la Fondation Custodia sont alors fort judicieuses. Des marines aux intimes scènes d’intérieurs, des paysages boisés aux leitmotiv de la fenêtre ouverte, des nuages ou des toits, se dresse un inventaire des beautés ordinaires. Tholen eut le don de révéler la grâce de lieux, d’évènements, de détails dont nous oublions bien souvent de nous émerveiller. Reste à franchir l’apparente monotonie de cette pléthore de vues naturalistes accentuée par l’ascétisme de leur présentation thématique - cimaises blanches, cartels succincts et unique texte introductif -, Willem Bastiaan Tholen se mérite.


3. Willem Bastiaan Tholen (1860-1931)
Potager à Ewijkshoeve, 1895
Huile sur toile marouflée sur panneau -
32 × 40,2 cm
Dordrecht, Collection particulière
Photo : Dordrecht, Collection particulière
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4. Willem Bastiaan Tholen (1860-1931)
Séchoir du moulin à papier De Stinkmolen , Apeldoorn,
1898-1904 ou 1907
Pierre noire et aquarelle - 55 x 38 cm
Groningen, Groninger Museum
Photo : Groningen, Groninger Museum
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Aux vastes paysages de polders, de lacs et de moulins de ses débuts (ill. 1), très empreints de l’influence de son maître Paul Joseph Constantin Gabriël, succède rapidement un panel bien plus large de sujets brillamment présenté par thématiques. La rencontre de la jeune génération de peintres que l’on nommera ultérieurement « peintres des années quatre-vingt » - leur point commun étant de s’être épanouis durant les années 1880 - fut déterminante. Tholen fut introduit en leur fief, la demeure d’Ewijkshoeve, par son propriétaire et leur chef de file son ami Willem Witsen, camarade de son année à l’Académie des Beaux-Arts d’Amsterdam (en 1876-1877). Pendant près d’une vingtaine d’années il y séjourna régulièrement, jouissant de son propre atelier et se délectant d’une nouvelle source d’inspiration infinie, son environnement immédiat, son paisible quotidien, le sujet important peu pourvu qu’on y exprime ses sentiments les plus personnels. Outre le portrait informel des Soeurs Arntzenius considéré comme son chef-d’œuvre (ill. 2) - parallèle contemporain des jeunes-filles en kimono de Georges Hendrik Breitner -, les scènes bucoliques comme les scènes d’intérieur qu’il y réalisa sont parmi ses meilleures. A mille lieues de l’afféterie, le potager, les fenêtres de l’atelier, de la grange ou du salon, la forêt environnante, la méridienne rouge se suffisent à eux-mêmes, inlassablement peints, dessinés et gravés à l’eau-forte. Deux longues ombres d’arrosoirs projetées sur la terre sèche et l’on éprouve la chaleur accablante des pleines après-midi d’été (ill. 3), trois vues flamboyantes aux feuillages automnaux et l’on respire l’humus d’après la pluie. Par son sens inné du cadrage, resserré et abruptement coupé, et parce qu’il s’exerça toujours à rendre fidèlement ce qu’il voyait (quantité de ses carnets de croquis sont conservés tout comme un grand nombre de ses esquisses exécutées à l’huile sur le motif), Tholen eut l’art et la manière de regarder les choses puis de nous les montrer, le don de transmettre ce qui l’émut.


5. Willem Bastiaan Tholen (1860-1931)
Zuiderzee, 1929 ?
Huile sur toile - 98 x 152 cm
La Haye, Kunstmuseum Den Haag
Photo : Kunstmuseum Den Haag
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6. Willem Bastiaan Tholen (1860-1931)
Nuages et fleurs
Huile sur toile - 42 x 173 cm
Dordrecht, Collection particulière
Photo : Dordrecht, Collection particulière
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7. Willem Bastiaan Tholen (1860-1931)
Embarcadère d’Enkhuizen, 1918
Huile sur toile marouflée sur panneau. – 30,5 × 40,5 cm
Pays-Bas, Collection particulière
Photo : P. den Ouden, Van den Dool Sliedrecht
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8. Willem Bastiaan Tholen (1860-1931)
Soleil couchant près des dunes
d’Oranjezon
, 1930 ?
Huile sur toile - 39 x 59 cm
Dordrecht, Collection particulière
Photo : Dordrecht, Collection particulière
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Dans les années 1890, alors définitivement installé à La Haye, il se rapprocha des artistes consacrés de la génération antérieure - Jacob Maris, Johannes Bosboom, Anton Mauve - et fut affilié au Pulchri Studio ou à la Société hollandaise des aquarellistes, ces clubs élitistes dirigés par des sommités de l’École de la Haye. Dans un style toujours constant, Tholen poursuivit la grande variété de ses sujets qu’il augmenta de motifs urbains. Il multiplia les tableaux et les dessins (ces derniers étant présentés dans la très belle section graphique finale) des intérieurs d’un bureau de poste voisin, de trois moulins à papier - dont le superbe Séchoir du moulin à papier De Stinkmolen du Groninger Museum (ill. 4) -, d’un abattoir ou d’un chantier de construction qui devinrent à leur tour des sujets ordinaires d’une grande beauté. A partir de 1901, date de la construction de son voilier l’Eudia - écho des bateaux-ateliers de Charles François Daubigny et de Claude Monet -, Tholen se consacra davantage aux marines et à des vues villages de pêcheurs observés depuis son bateau. Flots, ciels nuageux, dunes, et jetées se succèdent dans des cadrages toujours plus surprenants : le plein champ monumental des vagues brunes du Zuiderzee (ancien golfe de la mer du Nord, aujourd’hui transformé en lac, l’Ijsselmeer) (ill. 5), l’interruption surréaliste d’une vue de mer par un bouquet de fleurs violettes (ill. 6) ou les vues serrées de pieux d’amarrage, de murets de quai ou d’estacades (ill. 7) de la Zélande ou de lacs hollandais sans autre anecdotes. Citons enfin les séduisantes nocturnes et scènes de crépuscules tout aussi caractéristiques de la deuxième partie de sa carrière. Ports et dunes (ill. 8) se dissolvent en une gamme colorée veloutée qui n’est pas sans rappeler la série de nocturnes londoniennes peintes par Willem Witsen à la manière de Whistler d’octobre 1888 à janvier 1891.


9. Willem Bastiaan Tholen (1860-1931)
Vue d’Oude Wetering, 1904
Huile sur panneau - 31,8 × 46,2 cm
Paris, Fondation Custodia,
Photo : Fondation Custodia
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10. Willem Bastiaan Tholen (1860-1931)
Vue de toits
Pierre noire et crayon orange -
12,7 × 21,1 cm
Paris, Fondation Custodia,
Photo : Fondation Custodia
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Cette rétrospective parisienne, organisée en collaboration avec le Dordrechts Museum qui l’accueillera de février à mai prochains, est la première exposition monographique consacrée à Tholen en France. Cette primeur justifie le prédicat réducteur d’« impressionniste néerlandais » retenu par la Fondation Custodia qui, à défaut d’être exact, a le mérite de situer l’artiste ici largement méconnu. Sa version néerlandaise lui préférera le sous-titre « Une nature heureuse » - celui du catalogue - et l’augmentera d’œuvres de comparaison de ses amis Constant Gabriël, Jacob Maris ou Willem Witsen, bien représentés dans la collection de peintures XIXe du musée. Si Tholen ne souffre pas du même anonymat aux Pays-Bas, sa renommée est à relativiser au regard de la date de la dernière exposition monographique qui lui fut dédiée, au Museum het Catharina Gasthuis de Gouda et au Drents Museum d’Assen, il y a tout de même vingt-six ans. En deux décennies, de nombreuses œuvres alors introuvables réapparurent sur le marché et furent acquises par des musées et plus encore des collectionneurs privés. Grâce aux nombreux prêts publics et principalement particuliers dont elle bénéficie, la rétrospective actuelle offre une véritable actualisation de la connaissance de l’artiste étayée d’un solide catalogue en néerlandais dont un petit livret traduit chaque notice d’œuvre.


11. Willem Bastiaan Tholen (1860-1931)
Fenêtre de l’atelier à Ewijkshoeve, 1898
Huile sur panneau - 36 × 26,7 cm
Paris, Fondation Custodia,
Photo : Fondation Custodia
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12. Willem Bastiaan Tholen (1860-1931)
Jardin à Barbizon, 1887
Huile sur panneau - 28 × 17 cm
Paris, Fondation Custodia
Photo : Fondation Custodia
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Soulignons enfin que la Fondation Custodia comme le Dordrechts Museum se sont récemment enrichis de plusieurs œuvres de l’artiste. Après les dons, en 2016, de la petite esquisse à l’huile du village d’Oude Wetering (ill. 9) et la belle Vue de toits à la pierre noire (ill. 10) préparatoire à une aquarelle du Boijmans Van Beuningen de Rotterdam, l’institution parisienne s’est tout récemment portée acquéreur de deux petites huiles sur panneaux auprès de la maison de vente haguenoise Venduehuis der Notarissen, la Fenêtre de l’atelier à Ewijkshoeve (ill. 11) et l’inédit Jardin à Barbizon (ill. 12), pour 4200 euros et 550 euros. Le Dordrechts Museum s’est lui enrichi en 2019 d’un très bel Autoportrait dans un paysage boisé (ill. 13), acheté auprès d’un particulier par les Amis du Musée, et d’un Paysage avec le parasol du peintre (ill. 14) au cadrage très surprenant, jusqu’alors inconnu, acquis auprès d’un particulier néerlandais par le Vereniging Rembrandt grâce au fonds Mout-Bouwman.


13. Willem Bastiaan Tholen (1860-1931)
Autoportrait dans un paysage boisé, 1895
Huile sur toile. - 64 × 89 cm
Dordrecht, Dordrechts Museum
Photo : Dordrechts Museum
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14. Paysage avec le parasol du peintre
Huile sur toile marouflée sur panneau - 31 x 52,5 cm
Dordrecht, Dordrechts Museum
Photo : Dordrechts Museum
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Commissaires : Ger Luijten, Richard van den Dool et Marieke Jooren.


Sous la direction de Marieke Jooren, Willem Bastiaan Tholen (1860-1931). Een gelukkige natuur, Bussum, Uitgeverij, 2019, 320 p., 39,95 €. ISBN : 9780300242737


Informations pratiques : Fondation Custodia, 121 rue de Lille, 75007 Paris. Ouvert tous les jours sauf le lundi, de 12 h à 18 h. Tarif : 10 € (réduit 7 €).

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