Enfants du Siècle d’or. Œuvres de la Fondation Custodia

Alexandre Lafore

Paris, Fondation Custodia, du 8 juin au 25 août 2019.

Frans Hals reste un artiste d’une extrême rareté dans les collections publiques françaises : on peut admirer quelques-unes de ses toiles au Louvre, au musée Jacquemart-André, au musée de Bordeaux et au musée de Dijon mais aucun musée français ne possède un de ses grands portraits de groupe. Il ne faut donc pas manquer l’étape parisienne de la très intéressante exposition-dossier dédiée à la réunion des différents fragments du Portrait de la famille Van Campen, dont la partie gauche fut acquise en 2011 par le musée de Toledo (voir l’article) et la partie centrale restaurée en 2016 aux Musées Royaux des Beaux-Arts de Bruxelles. Mais la Fondation Custodia ne pouvait se contenter de reprendre cette exposition après ses étapes américaines et belges (voir l’article) et en a donc profité pour présenter à la suite des grandes toiles de Frans Hals une sélection (ill. 1) de tableaux, de dessins et de gravures sur le même thème de l’enfance et des portraits de famille, réalisés par des artistes flamands et hollandais du XVIIe siècle.


1. Vue de l’une des salles de l’exposition, avec de gauche à droite trois tableaux d’Abraham van den Tempel, Nicolaes Maes et Jacob van Oost l’Ancien (attr.)
Paris, Fondation Custodia - Collection Frits Lugt
Photo : Alexandre Lafore
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Aucun dessin de Frans Hals n’est connu mais ces œuvres s’inscrivent parfaitement dans le prolongement de l’exposition-dossier puisqu’elles permettent de mieux comprendre les étapes préparatoires aux grands portraits de famille qui occupaient les artistes néerlandais du Siècle d’Or. Le projet permet par ailleurs de donner vie à une ancienne idée de Frits Lugt, créateur de la Fondation Custodia, qui travaillait à une exposition sur le même sujet au moment de son décès en 1970. Mêlant œuvres connues et nouvelles acquisitions, comme cette superbe gravure de Karel Dujardin, l’accrochage comporte aussi plusieurs tableaux, tous récemment restaurés pour l’occasion. Les dessins et estampes sortis des albums et portfolios où ils sont précieusement conservés ont tous bénéficié d’un encadrement dédié, avec un cadre ancien. Frits Lugt avait déjà initié une collection de cadres, qui comportait déjà plusieurs centaines de pièces au moment de sa mort. Ce fonds est divisé en trois groupes, qui font écho aux principales écoles de dessins représentées dans la collection : cadres italiens, cadres français et cadres venant des anciens Pays-Bas. Au sein de cette collection, les cadres italiens se détachent tout particulièrement. Une petite brochure réalisée pour l’exposition est remise aux visiteurs qui le souhaitent afin de signaler treize cadres parmi les plus remarquables de ceux qui encadrent dessins et gravures accrochées sur les murs des salons de l’hôtel de Lévis-Mirepoix.


2. La gravure au burin d’Hendrick Goltzius présentée dans un cadre en bois sculpté et doré du début du XVIIe siècle
Photo : Alexandre Lafore
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3. Hendrick Goltzius (1558-1617)
Portrait de Frederik de Vries, 1597
Gravure au burin (premier état) - 357 × 264 mm
Paris, Fondation Custodia - Collection Frits Lugt
Photo : Fondation Custodia
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L’un des plus beaux exemplaires de cet ensemble est un cadre (ill. 2) en bois sculpté et doré réalisé aux Pays-Bas ou en Angleterre au début du XVIIe siècle, à décor de feuilles et de volutes, avec un fronton et un mascaron en partie inférieure. Il sert d’écrin à l’un des chefs-d’œuvre de l’exposition, où l’on admire tout particulièrement le rendu virtuose des textures : le portrait du jeune Frederik de Vries par Hendrick Goltzius. Cette estampe (ill. 3) constitue un gage d’amitié pour le grand artiste néerlandais, qui représente le fils du peintre Dirck de Vries, qui vivait et travaillait à Venise. Goltzius a souhaité montrer à son ami resté en Italie à quoi ressemblait son jeune fils, qu’il avait ramené aux Pays-Bas. Très éloignée des portraits formels d’enfants, cette brillante effigie reste particulièrement vivante, notamment grâce au coup d’œil malicieux que le garçon lance au spectateur. Le gros chien, dont le pelage est rendu presque palpable, remplit aussi une fonction allégorique, symbolisant la vigilance et la fidélité qui évoquent la tâche de Goltzius, à la fois tuteur et mentor de Frederik de Vries.


4. Jan van Noordt (1623/1624-1676/1686)
Portrait d’Annetje Jans Grotincx, épouse de Jan van de Cappelle, vers 1653
Huile sur toile - 75,3 x 57,8 cm
Paris, Fondation Custodia - Collection Frits Lugt
Photo : Fondation Custodia
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5. Gerbrand van den Eeckhout (1621-1674)
Portrait du peintre Jan van de Cappelle, 1653
Huile sur toile - 75,5 x 57,7 cm
Amsterdam, Amsterdam Museum
Photo : Fondation Custodia
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Le travail de restauration mené par les équipes de la Fondation Custodia a également permis d’ôter un ancien repeint sur l’un des portraits féminins de la collection et de confirmer son attribution au peintre Jan van Noordt, autrefois considérée comme douteuse. Ce tableau (ill. 4) représente Annetje Jans Grotincx, épouse du peintre Jan van de Cappelle, spécialisé dans les marines et les paysages d’Amsterdam. Cette heureuse redécouverte est célébrée par une seconde réunion de famille : le temps de l’exposition, ce tableau retrouve son pendant (ill. 5), peint par Gerbrand van den Eeckhout et conservé au musée historique d’Amsterdam. Les roses disposées autour de l’effigie de l’épouse laissent imaginer que leur mariage fut très probablement à l’origine de la commande. Entre ces deux portraits, la Fondation Custodia en profité pour glisser son beau Paysage d’Hiver de Van de Cappelle, qui a également bénéficié d’un récent nettoyage et d’un nouveau cadre du XVIIe siècle.


6. Cadre de style auriculaire (kwab)
Paris, Fondation Custodia - Collection Frits Lugt
Photo : Alexandre Lafore
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7. Gabriel Metsu (1629-1667)
La Leçon de musique, vers 1665
Huile sur bois - 38,4 x 32,2 cm
Londres, National Gallery
Photo : National Gallery
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L’institution a aussi profité de cet accrochage pour dévoiler un superbe cadre (ill. 6) en bois sculpté et doré, de style auriculaire – ou kwab, en néerlandais – acquis il y a tout juste quelques mois. C’est un spectaculaire enrichissement pour les collections de la Fondation Custodia, les cadres de style auriculaire étant particulièrement rares. L’exposition que le Rijksmuseum d’Amsterdam consacrait l’an dernier à ce mouvement en rassemblait quelques exemples, généralement conçus pour encadrer des portraits. Son très riche catalogue, dans lequel un essai est consacré aux cadres de style auriculaire, explique que les cadres furent justement l’un des principaux moyens de diffusion du style kwab : on pouvait en retrouver dans les intérieurs néerlandais de l’époque, avant qu’ils ne passent de mode. Plusieurs œuvres en témoignent encore, comme ce tableau de Gabriel Metsu (ill. 7) conservé à la National Gallery de Londres, où l’on reconnaît un cadre de ce style dont les motifs des montants évoquent irrésistiblement celui dont vient de s’enrichir la Fondation Custodia.


8. Jan Cossiers (1600-1671)
Portrait de Jan François Cossiers, 1658
Pierre noire, sanguine, plume et encre brune, lavis brun - 311 x 204 mm (détail)
Paris, Fondation Custodia
Photo : Alexandre Lafore
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9. Govert Flinck (1615-1660)
Enfant endormi, 1643
Plume et encre brune, lavis brun clair - 165 x 148 mm
Paris, Fondation Custodia - Collection Frits Lugt
Photo : Fondation Custodia
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Si cet accrochage ne prétend ni viser à l’exhaustivité ni apporter un nouvel éclairage sur la représentation des enfants dans l’art du Siècle d’or hollandais, il s’accompagne cependant de la publication d’un excellent catalogue en ligne, consultable sur place et à distance, où toutes les œuvres bénéficient d’une notice détaillée. Les tableaux vont regagner les salons de l’hôtel Turgot dès la fin de l’exposition, et les œuvres graphiques leurs portefeuilles : il ne reste donc plus que deux semaines pour admirer le splendide portrait (ill. 8) du fils aîné du peintre anversois Jan Cossiers, représenté à l’âge de seize ans, ou la touchante vision (ill. 9) d’un enfant endormi, saisie par Govert Flinck. L’artiste a profité du sommeil du garçonnet pour le dessiner tranquillement à l’aide de quelques souples traits de plume, avant d’ajouter par endroits une touche de lavis brun pour donner un effet de volume.

Avec ses dizaines d’effigies enfantines, où l’espièglerie voisine avec l’innocence, c’est l’exposition idéale pour les grande vacances, même si la jeune fille cueillant des raisins (ill. 10) de Johannes Mijtens semble déjà annoncer l’automne, que la Fondation Custodia dédiera au peintre Willem Bastiaan Tholen (1860-1931) en accueillant une exposition organisée en collaboration avec le Dordrechts Museum.


10. Johannes (Jan) Mijtens (1613/1614-1670)
Portrait d’une jeune fille cueillant des raisins, vers 1638-1640
Huile sur toile - 50,2 × 40,5 cm (détail)
Paris, Fondation Custodia - Collection Frits Lugt
Photo : Alexandre Lafore
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Informations pratiques : Fondation Custodia, 121 rue de Lille, 75007 Paris
Ouvert tous les jours sauf le lundi, de 12 h à 18 h. Tarif : 10 € (réduit 7 €).

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