Une sculpture du Monastère royal de Brou retrouve sa tête

Julie Demarle

10/4/19 - Restauration - Bourg-en-Bresse, Monastère royal de Brou - Depuis l’hiver 2016-2017, le monastère royal de Brou connaît d’importants travaux de restauration et d’aménagement conduit par le Centre des Monuments Nationaux en accord avec la ville de Bourg-en-Bresse qui en partage la tutelle. Ils sont l’aboutissement de la politique de valorisation du monument entreprise il y a vingt ans avec la restauration du grand comble et de la toiture vernissée de la nef de l’église. Après les appartements de Marguerite d’Autriche et la salle des Etats, restaurés et aménagés respectivement en centre d’interprétation et en section du musée abritant les collections de beaux-arts et d’arts décoratifs des XVe et XVIe siècles dévoilés en juin 2018 et en février 2019, les collections des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles nouvellement accrochées seront présentées au public le 18 mai prochain.


1. Les tombeaux princiers
De gauche à droite,
le tombeau de Marguerite de Bourbon,
le tombeau de Philibert le Beau
et le tombeau de Marguerite d’Autriche
Bourg-en-Bresse, monastère royal de Brou
Photo : David Bordes
Voir l´image dans sa page

Cette réorganisation du parcours des collections participe à une refonte plus globale de la visite du monastère. Au sein de l’église, l’état primitif du mausolée peut désormais être évoqué par le réaménagement complet du chœur. Celui-ci concentre tout le faste du gothique flamboyant, tandis que la nef reste d’une grande sobriété. La première étape a concerné les tombeaux princiers de Marguerite d’Autriche, de Philibert le Beau, son mari, et de Marguerite de Bourbon, sa belle-mère, restaurés en 2018. Le lutrin a été replacé entre les stalles et cinq statues d’albâtre, jusqu’alors conservées au musée, viennent de retrouver dans l’abside leur destination initiale. Réalisées avant 1522, elles étaient à l’origine destinées aux autels du chœur, le Christ et saint Antoine pour les chapelles latérales - chapelle de Gorrevod et chapelle d’Antoine de Montecuto - tandis que les trois autres ornaient le maître-autel originel. Elles représentent saint Augustin, sa mère sainte Monique - patrons de l’ordre monastique qui desservait Brou - et saint Nicolas de Tolentin - patron de l’église.


2. Atelier de Loys Van Boghem
Avant 1522
Les cinq statues d’albâtre réinstallées dans l’abside
Bourg-en-Bresse, monastère royal de Brou
Photo : Carine Monfray
Voir l´image dans sa page

Leur historique est tourmenté. Le maître autel orné de ces statues, certainement installé avant même la consécration de l’église en 1532, ne reste en place que jusqu’en 1574. Il est remplacé par une grande table en pierre surmonté d’un retable peint - qui sera remonté dans la chapelle de Gorrevod à la Révolution - puis par un autel néo-gothique en marbre en 1825 - démonté et vendu en 1939 et aujourd’hui installé non loin dans l’église du Sacré Cœur de Bourg-en-Bresse. Au XVIIe siècle, les cinq statues sont placées sur la balustrade du jubé, l’un des rares encore conservés en France aujourd’hui, avant d’être déposées en 1892 puis réinstallées en 1953. Elles en furent définitivement retirées en 2006 pour restauration et sont depuis conservées dans la salle des sculptures du musée installée dans l’ancien réfectoire. Si elles sont issues de l’atelier qui a réalisé le jubé sous la direction du maître d’œuvre bruxellois Loys Van Boghem, rien n’indique qu’elles aient été exécutées par Conrad Meit, le sculpteur des tombeaux princiers.


3. Atelier de Loys Van Boghem
Avant 1522
La statue de saint Augustin restauré
Bourg-en-Bresse, monastère royal de Brou
Photo : Carine Monfray
Voir l´image dans sa page
4. Atelier de Loys Van Boghem
Avant 1522
Détail de la tête de saint Augustin
Bourg-en-Bresse, monastère royal de Brou
Photo : Carine Monfray
Voir l´image dans sa page

Des cinq statues, Saint Augustin a subi le plus vivement les ravages du temps. Il perdit successivement sa tête, entre 1840 et 1870, puis son livre - symbole de ses nombreux écrits - et ses mains au cours du premier tiers du XXe siècle. Son cœur figurant sa conversion au christianisme, volé en 1947, a pu être repositionné en 2005. Si le livre et la main gauche ont été retrouvés dans les réserves du musée de monastère royal de Brou, la tête avait, elle, rejoint les collections du musée du Louvre en 1916 lors du don de la collection de la marquise Arconati-Visconti. A l’instar de la Sibylle de Cumes du tombeau de Philibert le Beau qui a retrouvé en janvier dernier sa tête décapitée en 1831 grâce au transfert de propriété entre le musée de Saint-Omer - qui la conservait - et l’État, le dépôt exceptionnel du Louvre a permis à la statue de saint Augustin de retrouver son intégrité. Sous la conduite du restaurateur Benoît Lafay, la tête, la main gauche et le livre ont été refixés, la mitre venant compléter le costume épiscopal dont est vêtu le saint. Reste à retrouver la main droite tout comme, pour le tombeau de Philibert de Savoie, les têtes de trois sibylles - l’Agrippine, la Phrygienne et la Delphique - sur les huit décapitées, qui demeurent à ce jour non localisées .

Vos commentaires

Afin de pouvoir débattre des article et lire les contributions des autres abonnés, vous devez vous abonner à La Tribune de l’Art. Les avantages et les conditions de cet abonnement, qui vous permettra par ailleurs de soutenir La Tribune de l’Art, sont décrits sur la page d’abonnement.

Si vous êtes déjà abonné, connectez-vous.