Une nature morte de Jan van de Velde III pour la National Gallery of Art

Alexandre Lafore
1. Jan Jansz. van de Velde III (1620-1662)
Nature morte au pichet de grès, 1650
Huile sur bois - 35,9 x 27,9 cm
Washington, National Gallery of Art
Photo : National Gallery of Art
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12/8/19 - Acquisitions - Washington, National Gallery of Art - C’est un petit tableau (ill. 1) qui attirait tous les regards des amateurs de peinture ancienne au printemps 2018 dans les salons du cabinet Turquin : cette précieuse nature morte, vendue aux enchères à l’hôtel Drouot quelques semaines plus tard pour un prix record, vient tout juste d’être acquise [1] par la National Gallery of Art de Washington auprès du marchand anglais Richard Green, qui l’exposait à l’édition 2019 de la TEFAF Maastricht. Peinte en 1650 par le peintre Jan Jansz. van de Velde III, elle synthétise dans un format réduit tous les éléments d’un genre précis de nature morte hollandaise, que l’on peut traduire par « tabagie » ou toebackje en néerlandais. On y admire, peints avec une grande économie de moyens, le bout d’une table en bois où sont disposés un nécessaire de fumeur (une longue pipe en terre, probablement fabriquée à Gouda, un sachet de tabac et un petit brasero où l’on distingue un bloc de charbon incandescent) et un grand pichet en grès. Ce type de pichet armorié ou wapenkruik en néerlandais est un produit d’importation, très certainement produit dans la région allemande du Westerwald. Le pichet représenté sur ce panneau est orné des armes de la ville d’Amsterdam et se trouvait très probablement dans l’atelier du peintre puisqu’on le retrouve dans une composition (ill. 2) très proche, conservée au musée de Budapest.


2. Jan Jansz van de Velde III (1620-1662)
Nature morte au pichet de grès, vers 1650
Huile sur bois - 43,4 x 32,4 cm
Budapest, Musée des Beaux-Arts
Photo : Musée des Beaux-Arts de Budapest
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3. Jan Fris (1627-1672)
Nature morte au pichet de grès, 1665
Huile sur bois - 48,9 x 41,9 cm
Londres, Galerie Richard Green
Photo : Galerie Richard Green
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Né à Haarlem dans une famille d’artistes, Jan Jansz. van de Velde III est contemporain d’autres peintres de natures mortes comme Pieter Claesz et Willem Claesz. Heda mais ce tableau évoque surtout d’autres « tabagies » comme celles de Jan Trek et surtout Jan Frits. La plupart de ces tableaux adoptent peu ou prou le même parti pris, les mêmes objets de la vie quotidienne et le même format vertical. Pour les amateurs déçus de n’avoir pu acquérir le panneau désormais exposé à Washington, la galerie Richard Green propose d’ailleurs une œuvre (ill. 3) fort proche signée Jan Frits, qui appartenait au XIXe siècle au célèbre critique Paul Mantz. Ces toebackjes étaient manifestement la spécialité de Jan Jansz. van de Velde III, dont on connaît actuellement une quarantaine de peintures, celle-ci étant la première à intégrer les collections du musée de Washington. Ce type de tableau semble avoir été mis à la mode à Haarlem par Pieter Claesz dans les années 1620, qui correspondent aux débuts de la consommation du tabac dans les anciens Pays-Bas. Outre la « tabagie », on y retrouve souvent un pichet ou un paquet de cartes, comme dans le tableau de Budapest : cela sonne comme une leçon à méditer avant de multiplier ses addictions. La palette sombre et la lumière douce qui caractérisent ces œuvres raffinées expliquent leur succès et l’acquisition de ce petit chef-d’œuvre par le musée américain.

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