Un portrait d’Elisabeth Vigée le Brun pour le Brooklyn Museum

Julie Demarle

16/5/19 - Acquisition - New York, Brooklyn Museum - Le Brooklyn Museum s’est récemment vu offrir un portrait d’Elisabeth Louise Vigée Le Brun par six donateurs, Lilla Brown, Mrs. Watson B. Dickerman, A. Augustus Healy, Helen Babbott MacDonald, Charles H. Schieren et L.L. Themal. Il rejoint la collection de portraits historiques déjà conservée par le département d’art européen du musée et permet d’étoffer la représentation des femmes artistes au sein de la collection permanente. Il entre en résonance avec le Elizabeth A. Sackler Center for Feminist Art abrité par le Brooklyn Museum. Ce centre d’exposition et d’éducation, consacré à l’art féministe de la fin du XXe siècle à nos jours, présente de façon permanente une œuvre monumentale de Judy Chicago intitulée The Dinner Party (1974-79) qui mentionne le nom d’Elisabeth Vigée Le Brun parmi neuf cent quatre-vingt-dix-neuf autres noms de femmes mythiques ou historiques exceptionnelles.


Elisabeth Louise Vigée Le Brun (1755-1842)
Portrait de la comtesse Maria Theresia Czernin, 1793
Huile sur toile - 137.2 x 99.1 cm
New-York, Brooklyn Museum
Photo : Brooklyn Museum
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Artiste prolifique au succès fulgurant, Elisabeth Louise Vigée Le Brun réalisa de très nombreux portraits royaux et aristocratiques dont la rétrospective du Grand Palais, fin 2015 début 2016, a superbement rendu compte (voir l’article du 29/11/15). Le grand portrait dont s’enrichit le Brooklyn Museum représente la comtesse autrichienne Maria Theresa Czernin. Il a été réalisé en 1793, date à laquelle Elisabeth Vigée Le Brun est exilée à Vienne. En 1789, à l’instar de la famille royale, elle est contrainte de quitter Paris qu’elle ne retrouvera que treize ans plus tard. En Italie comme en Autriche puis en Russie, elle ne cessa de peindre l’aristocratie européenne, sa réputation n’ayant jamais faibli.

La comtesse Maria Theresa Czernin est représentée assise - le corps de trois quart et le visage de face - tenant ouvert devant elle un livre dédié à la Grèce antique. Ce dernier tout comme la pile de livres et la plume de calligraphie disposés à l’arrière sur la table recouverte de velours bleu soulignent l’érudition du modèle, caractéristique rarement mise en valeur dans les portraits féminins. Un mur, une chaise, une table, le décor resserré est très sobre. Une fenêtre ouvre à droite sur un paysage arboré et un ciel nuageux. La comtesse est vêtue d’un manteau de velours bleu marine dévoilant au niveau du col la robe de satin blanc portée au dessous. Ses épaules sont drapées d’un large châle retombant jusqu’au sol dont l’éclatante couleur rouge témoigne du grand talent de coloriste de l’artiste. Accessoire majeur introduit dans la garde-robe féminine à la fin du XVIIIe siècle, il est représenté dans de nombreux tableaux de l’artiste. Dans ses cheveux bouclés elle porte un pouf complété d’un chapeau de velours marine orné d’un ruban et de plumes rouges. Cette coiffure apparue au XVIIIe siècle fut popularisée par Marie-Antoinette qui l’arbore dans de nombreux portraits. L’œuvre acquise par le Brooklyn Museum s’inscrit dans une veine néoclassique qui rappelle François Gérard, Claude-Marie Dubufe ou Jean-Auguste-Dominique Ingres bien plus que Fragonard ou Greuze dont s’approchaient les portraits plus indolents de ses débuts.

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