La collection Rosenberg ira finalement à Saint-Cloud, pour un projet enthousiasmant

Ce ne sera donc pas Les Andelys, mais Saint-Cloud [1]. Ce ne sera pas Guillaume Kientz, parti vers des aventures outre-Atlantique, mais Alexandre Gady. Ce ne sera pas Poussin, mais le Grand Siècle !


Caserne Sully à Saint-Cloud
Photo : CD92/Jean-Luc Dolmaire
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Le département de l’Eure a donc finalement renoncé à recevoir chez lui, dans le bel hôpital des Andelys, au bord de la Seine, la donation de la collection et de la documentation de Pierre Rosenberg (voir les articles). Les choses étaient mal enclenchées depuis un moment (voir la brève du 29/1/19). Peu d’enthousiasme des politiques locaux qui reculaient face au coût du projet, un faible soutien du ministère, tout le monde semblait s’accorder pour que rien n’avance. Heureusement, Patrick Devedjian est arrivé. On le sait peu, mais cet homme politique est l’un des rares à s’intéresser réellement à l’histoire de l’art, et notamment au XVIIe siècle, au point de posséder une importante collection de dessins et de bien connaître les artistes de cette époque [2]. Président du Conseil départemental des Hauts-de-Seine, il a donc proposé à l’ancien président-directeur du Louvre d’accueillir sa collection et son centre de documentation. Le lieu était tout trouvé : la caserne Sully entre le parc de Saint-Cloud et la Seine. Ce grand et beau bâtiment a en effet été acquis par le département en 2016, ce qui nous avait d’ailleurs quelque peu inquiété pour des raisons que nous expliquions dans cet article. Or, l’installation des archives ayant été abandonné, en raison de la future fusion des Yvelines et des Hauts-de-Seine (les archives s’installeront finalement dans les Yvelines), l’édifice se trouvait sans affectation. Il sera entièrement consacré au nouvel établissement.

C’est donc Alexandre Gady qui va en prendre la tête. Professeur d’histoire de l’art à Sorbonne Université (ex Paris IV), grand spécialiste de l’architecture des XVIIe et XVIIIe siècles, et défenseur du patrimoine qu’on ne présente plus aux lecteurs de La Tribune de l’Art, celui-ci va donc diriger ce nouveau musée. Ces nouveaux musées devrait-on plutôt écrire car le projet est ambitieux. Il s’agira d’abord d’un Musée du Grand Siècle, un XVIIe qui n’avait pas encore de lieu dédié quand le Moyen Âge a Cluny, et la Renaissance Écouen. Si la collection Rosenberg est riche en dessins [3] et tableaux de cette période (notamment un magnifique tableau de Simon Vouet sous lequel s’assied le directeur honoraire du Louvre quand il reçoit dans sa maison parisienne mais aussi un très beau Champaigne et une toile importante de Charles Le Brun), on y trouve essentiellement des peintures de petit ou moyen format. Le musée ira donc bien au delà de ce fonds, puisque la décision a été prise d’enrichir la présentation, non seulement avec des acquisitions dont on espère qu’elles seront nombreuses, mais avec des dépôts.

Le monument construit sous Charles X, qui possède de belles façades, a été brûlé par les Prussiens en 1870, et fortement dégradé pendant son occupation par l’armée, au point qu’il n’existe pratiquement plus rien d’intéressant à l’intérieur, à l’exception d’un grand escalier qui sera conservé. Ce malheur sera un atout pour le nouveau musée, puisqu’il s’agit pratiquement d’une page blanche qui pourra être entièrement aménagée selon les besoins des collections. Il est donc prévu d’y présenter des grands formats, ce qui permettra de dérouler et de déposer de nombreuses toiles qui dorment dans les réserves de certains musées, sans aucun espoir d’y être exposées. On se réjouit d’avance de pouvoir ainsi, probablement, découvrir de grandes toiles qui n’étaient plus montrées au public depuis parfois plus d’un siècle. Le musée devrait pouvoir bénéficier ainsi de nombreux dépôts, et il est d’ailleurs accueilli depuis sa présentation aux responsables des autres institutions avec un grand enthousiasme.

Le musée sera consacré au XVIIe siècle (au sens large, de 1580 à 1720) dans tous ses aspects artistiques : les dessins et les peintures donc, mais aussi les arts décoratifs et la sculpture, un peu le grand projet dont a longtemps rêvé Marc Fumaroli. Alexandre Gady aimerait insister beaucoup sur ce dernier art qui n’est pas toujours réellement mis à la place qu’il mérite. Quant à l’architecture, un sujet auquel le nouveau directeur tient forcément beaucoup, elle sera présente à la fois sous la forme de dessins, plans et gravures.
Il est évidemment impossible de créer de toute pièce un musée encyclopédique qui pourrait montrer tous les artistes ou qui voudrait rivaliser avec le Louvre ou Versailles. La présentation sera donc plutôt thématique, mêlant souvent les différentes techniques, afin de dérouler une histoire du XVIIe siècle par l’intermédiaire de l’art.

Mais à ce musée s’en ajoutera un autre : le musée des collectionneurs. On y trouvera le reste de la collection de Pierre Rosenberg, qui va du XVIe au milieu du XXe siècle, et à terme ce musée aura pour vocation de montrer d’autres collections privées, car il est probable que cela suscitera d’autres vocations. L’objectif est ainsi de montrer ce que sont les collectionneurs, pourquoi ils réunissent de tels ensembles, d’évoquer la présentation des œuvres telles qu’elles peuvent être faites dans leurs appartements, permettant ainsi de les accrocher de manière plus serrée (et donc d’en montrer davantage) que dans un musée classique. Des expositions relatives à ces deux thématiques (le Grand Siècle et les collections) seront bien sûr également au programme dans des espaces dédiés.
Dernier aspect de cet ensemble : la documentation de Pierre Rosenberg qui est certainement une des plus complètes au monde pour le XVIIe siècle français et italien, et qui sera ouverte aux chercheurs sous le nom de « Centre Nicolas Poussin ». Un accord de coopération est en cours de finalisation avec Nanterre afin d’y créer une chaire d’histoire de l’art. Une médiation importante sera prévue pour les collèges du département, un aspect pédagogique auquel Patrick Devedijian tient particulièrement.

La surface disponible est très importante, même si celle-ci devrait se réduire : Alexandre Gady, grand défenseur du patrimoine ne peut en effet se contenter d’occuper un tel monument sans le mettre en valeur. Des verrues sans intérêt architectural ajoutées au bâtiment d’origine au cours du XXe siècle seront supprimées. Un grand jardin contemporain sera créé. La caserne, qui appartenait au domaine de Saint-Cloud, retrouvera une cohérence avec celui-ci en lien avec le Centre des monuments nationaux qui en est affectataire.

Il s’agit donc d’un programme très ambitieux, davantage encore que celui qui devait voir le jour aux Andelys, même si de nombreuses idées étaient déjà en germes dans le projet qu’avait écrit Guillaume Kientz (notamment celle d’attirer d’autres collections). La surface est plus importante, et surtout les moyens financiers des Hauts-de-Seine sont sans commune mesure avec ceux de l’Eure. Le chantier devrait commencer d’ici un an et demi, après l’organisation d’un appel d’offre, et l’ouverture est prévue en 2024. Il s’agit assurément d’un projet enthousiasmant, dont nous suivrons de près l’avancement. Espérons, en guise de conclusion, que le bel hôpital des Andelys, classé monument historique, pourra également trouver un usage respectueux qui assurera sa pérennité.

Didier Rykner

Notes

[1L’information circulait déjà de manière officieuse depuis plusieurs mois.

[2Voir son interview par Louis-Antoine Prat.

[3Toutes époques confondues, il y a dans la collection environ 3 300 dessins.

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