Deux tableaux de Kristian Zahrtmann pour Stockholm et Faaborg

12/2/20 - Acquisitions - Stockholm, Nationalmuseum et Faaborg, Faaborg Museum - Toujours aussi dynamique dans ses acquisitions, le Nationalmuseum de Stockholm vient de s’enrichir d’un Adam au Paradis (ill. 1) aussi puissant que dérangeant, peint en 1914 par le grand artiste danois Kristian Zahrtmann. On y admire avant tout un superbe nu masculin : Adam prend place dans le Jardin d’Eden, devenu sous le pinceau de Zahrtmann un paradis botanique aussi coloré que luxuriant où le modèle semble comme immergé. Seul un brin de feuillage vient cacher sa nudité pendant qu’il désigne de la main son flanc gauche, sans doute pour rappeler que c’est de la cote d’Adam que Dieu fit naître Eve.


1. Kristian Zahrtmann (1843-1917)
Adam au Paradis, 1914
Stockholm, Nationalmuseum
Huile sur toile - 82,5 x 69 cm
Photo : Anna Danielsson
Voir l´image dans sa page
2. Kristian Zahrtmann (1843-1917)
Adam au Paradis, 1914
Collection particulière
Huile sur toile - 125 x 106 cm
Photo : Ole Akhøj
Voir l´image dans sa page

Plus connu pour ses peintures d’histoire, notamment ses très nombreuses représentations de Leonora Christina, fille du roi Christian IV, Kristian Zahrtmann réalisa également un ensemble de tableaux clairement érotiques, jugés provocants à leur époque, dont beaucoup gagnèrent rapidement l’obscurité de collections particulières. Cette acquisition du musée de Stockholm permet donc de faire réémerger cette peinture au regard du public.

Un deuxième tableau (ill. 2) sur le même thème et avec le même modèle - qui adopte cependant une posture légèrement différente - fut également réalisé par le peintre en 1914 : toujours conservé en collection privée, il constitue actuellement la vedette de la grande exposition Kristian Zahrtmann. Queer, Art and Passion qui vient d’être inaugurée à la Collection Hirschsprung de Copenhague après avoir été présentée successivement au Ribe Kunstmuseum et au Fuglsang Kunstmuseum l’année dernière. On sait par ses écrits que l’artiste fit poser pour son Adam un soldat rencontré dans un train, comme en témoigne une photographie (ill. 3) où l’on devine en noir et blanc une partie des fleurs qui composent le décor de la toile finale, véritable explosion de couleurs qui fait songer aux toiles expressionnistes de la même époque. Le serpent qui viendra introduire la discorde dans le Jardin d’Eden n’est clairement visible que sur le second tableau : la Bible mais aussi la mythologie ou l’histoire antique servirent de prétexte à Zahrtmann pour introduire des nus masculins dans sa peinture, comme en témoignent par exemple son Socrate et Alcibiade (ill. 4) de 1911, conservé au Statens Museum for Kunst de Copenhague.


3. Kristian Zahrtmann dans son atelier, 1914
Photographe inconnu
Collection particulière
Photo : Jakob Skou-Hansen
Voir l´image dans sa page
4. Kristian Zahrtmann (1843-1917)
Socrate et Alcibiade, 1911
Huile sur toile - 36,8 x 37 cm
Copenhague, Statens Museum for Kunst
Photo : SMK (domaine public)
Voir l´image dans sa page

Dévoilé en 1914 lors de l’exposition de l’association Den Frie Udstilling [1] à Copenhague, Adam au Paradis fut fraîchement accueilli et l’acquisition de cette toile plus érotique que biblique était alors impensable pour les collections publiques. Il fut donc conservé en collection particulière pendant plus d’un siècle. Passé en vente chez Sotheby’s en 2008 puis en 2019, le tableau a été acquis par les Nationalmusei Vänner (Amis du Musée) de Stockholm auprès du marchand danois James Bauerle.

Pour Carl-Johan Olsson, conservateur en charge des peintures du XIXe siècle au Nationalmuseum de Stockholm, il s’agit d’un tableau parmi les plus audacieux de la peinture danoise de l’époque. S’il fut jugé inacceptable par la critique du début du XX siècle, c’est à la fois à cause de ses couleurs flamboyantes, de la moue boudeuse du modèle qui semble s’ennuyer et qui est clairement peint pour exciter le désir du regardeur. A la fin du XIXe siècle, la Scandinavie fut bouleversée par le sædelighedsfejden, ou débat sur la morale sexuelle, impliquant de nombreux intellectuels et artistes. Les tableaux peuplés d’hommes nus que Kristian Zahrtmann produisit à la fin de sa vie ne pouvaient que scandaliser les gardiens de la morale par leur traitement provocateur assorti à la palette éclatante de l’artiste.


5. Kristian Zahrtmann (1843-1917)
Adam et Eve, 1892
Huile sur toile - 66 x 55 cm
Faaborg, Faaborg Museum
Photo : Bruun Rasmussen
Voir l´image dans sa page

Si Eve est bien absente des deux tableaux peints en 1914, on la retrouve cependant dans une version antérieure de ce thème, peinte en 1892 et récemment passée en vente chez Bruun Rasmussen à Copenhague. Ce tableau (ill. 5) vient également d’être acquis par un musée, danois cette fois, le Faaborg Museum, dédié à l’importante colonie d’artistes établis là dans les années 1880 après avoir étudié auprès de Kristian Zahrtmann dans la capitale. En rupture avec l’art académique du XIXe siècle danois - le Siècle d’Or - Zahrtmann s’impliqua fortement dans l’enseignement, travaillant à la Kunstnernes Frie Studieskoler, une école libre souhaitant combattre l’enseignement de la Kunstakademiet qui joua un rôle décisif dans le développement de l’art moderne au Danemark.

6. Gertrud Hvidberg-Hansen
Photo : Robert Wengler
Voir l´image dans sa page

Signalons enfin que Gertrud Hvidberg-Hansen (ill. 6) qui dirigeait le Faaborg Museum depuis 2013 vient tout juste d’être nommée directrice de la Ny Carlsberg Glyptotek à Copenhague, où elle prendra ses fonctions à partir du 1er mars. Ouverte en 1897, fondée par Carl Jacobsen, fils du fondateur de la brasserie Carlsberg, la Ny Carlsberg est l’un des plus importants musées danois aux côtés du Statens Museum for Kunst. Son ancienne directrice, Christine Buhl Andersen, devient présidente de la New Carlsberg Foundation qui assure le support financier de l’institution. De son côté, Gertrud Hvidberg-Hansen a suivi une formation d’histoire de l’art et de français à l’université d’Aarhus puis a commencé sa carrière de conservatrice en 1998 au Trapholt Museum de Koldging, dédié à l’art moderne et au design danois - il possède notamment le fonds Arne Jacobsen - avant de travailler au Funen Art Museum d’Odense, qui possède une importante collection d’artistes danois du XIXe siècle, puis au Faaborg Museum, consacré à la colonie d’artiste des années 1880.

Vos commentaires

Afin de pouvoir débattre des article et lire les contributions des autres abonnés, vous devez vous abonner à La Tribune de l’Art. Les avantages et les conditions de cet abonnement, qui vous permettra par ailleurs de soutenir La Tribune de l’Art, sont décrits sur la page d’abonnement.

Si vous êtes déjà abonné, connectez-vous.