Je m’écoute et je me convaincs ou l’anti-Philippe de Champaigne de José Goncalves


José Goncalvès, Philippe de Champaigne

Il y a quelques années de cela, en 1995, José Goncalves avait publié un petit ouvrage assez généreusement illustré, Philippe de Champaigne, ou le patriarche de la peinture. Aussi, malgré certains articles où transparaissaient déjà quelques affirmations souvent péremptoires1, évidentes sources d’erreurs, l’annonce puis la mise en ligne progressive d’une monographie du peintre pouvait laisser espérer que, malgré les incertitudes et les erreurs inévitables, s’y trouveraient réunis le sérieux et l’humilité du chercheur et la sensibilité de l’artiste-peintre (statut qu’il revendique dès son Avant-propos). Or, il faut constater que tous les défauts et les approximations de ses précédentes publications se trouvent aujourd’hui réunis, et démultipliés2, dans l’étude et le « catalogue » qu’il a mis progressivement en ligne, depuis deux ans3.

C’est parce que nous avons volontiers répondu à son invitation de lire intégralement cette publication, avec un maximum d’objectivité (nous ne sommes pas un spécialiste du peintre), que nous sommes en mesure de faire une série de constats et de remarques sur ce travail, entamé selon lui il y a plus de vingt-cinq ans mais qui se révèle, finalement, presque bâclé4 et, en même temps, figé depuis longtemps. Loin de renouveler comme il l’affirme la vision qu’on peut avoir de l’artiste, J. Goncalves l’enferme trop souvent dans des cadres ou, pour reprendre ses propres mots, des « images d’Epinal » : ces clichés de l’artiste5 et, plus généralement, de la peinture du temps,6, qu’on pouvait encore avoir au XIXe siècle ou au début du XXe siècle7. A d’autres endroits, sa vision de l’artiste, par ses références trop « modernes »8, lui permet d’autant moins de le comprendre et de lui rendre hommage que s’y retrouvent bien souvent le pire des interprétations « psychologiques »9 et, surtout, une série d’erreurs historiques et d’approximations, à partir desquelles il n’hésite pourtant pas à énoncer, affirmer, ou conclure10. Même s’il n’a pas toujours été bien servi par ses partisans, Philippe de Champaigne, « artiste maudit » de l’historiographie, mérite pourtant bien mieux que cette suffisance et ces impérities censées contribuer à sa gloire. Précisons tout de suite que la contribution d’un amateur (terme que l’on peut prendre dans son double sens de néophyte et de connaisseur), passionné par un artiste auquel il consacre de longues années d’étude, ne donne pas forcément des résultats critiquables a priori. Mais pour cela, il faut être en mesure de garder à l’esprit l’humilité qu’impose un travail qui doit davantage servir l’artiste que son auteur, et une prudence11 d’autant plus nécessaire quand trois siècles riches de destructions, de légendes et d’oublis, nous séparent du sujet étudié.

Malgré certaines emphases12, le premier alinéa de son Avant-propos laissait augurer d’un tel travail, sérieux et attentif. Toutefois, José Goncalves, dont on se rend très vite compte qu’il pratique aussi bien l’amnésie13 que la partialité, préfère alors multiplier les attaques personnelles, plus proches de l’insulte ou de l’injure que de la remarque constructive, contre d’autres historiens et spécialistes14, dont les travaux sont forcément imparfaits mais pas nécessairement négligeables15. Mais, comme cela arrive très souvent, on ne peut que constater combien chacun de ces reproches, formulés par une amertume manifeste, peut lui être appliqué, et pas juste ponctuellement16. Hormis sa posture d’autorité et de compétence supérieure17, aussi gratuite que souvent fausse, on aurait aimé, pour reprendre ses propres mots, trouver dans son travail « logiquement, quelque pertinence ou nouveauté »18. Or, les quelques constats et hypothèses assez intéressants qu’on y rencontre sont noyés dans un texte souvent plein d’emphases19 et de certitudes, où il finit par étouffer le peintre. Est-ce en 2009, qu’un supposé novateur écrit, dès ses premières lignes : « Philippe de Champaigne, parmi d’autres, a contribué à relever la peinture des affectations du Maniérisme comme des extravagances du Baroque, assainissant ainsi les bases indispensables à d’autres envolées » ou qu’il aurait abandonné « la tentation baroque de la narration au profit d’une recherche triomphante de monumentalité et de stabilité ». Qui peut encore aujourd’hui évoquer l’ « art coloré, léger et primesautier » de Simon Vouet, et affirmer que, dans la galerie des Hommes Illustres, Vouet aurait été « investi d’une collaboration accessoire », son « dynamisme superficiel » s’étant avéré « inapte » ! Ce qui est un véritable contresens historique.

De même, ses nouveautés annoncées voire claironnées comme autant de « coups de tonnerre » (sur l’importance du milieu précieux « comme vecteur de transformation » de l’art de Champaigne, sur son implication dans la Fronde ou sa – supposée - défense publique, notamment par ses œuvres, de Port-Royal, comme sur l’emplacement originel de certaines peintures) nous ramèneraient plutôt aux contributions « romanesques » des auteurs du XIXe siècle. De fait, ce n’est pas « la critique », terme assez générique mais qui recouvre trop souvent l’une ou l’autre de ses bêtes noires20, que l’on voit, au fil des pages, « prenant ses désirs pour la réalité ».

Nous pourrions aussi rappeler à José Goncalves, comme l’illustrent des exemples politiques récents, que la posture de victime s’accompagne souvent d’arrogance. Mais cela fait manifestement longtemps que notre auteur a pris l’habitude de se complaire21. Ainsi de ce résumé qu’il plaçait en tête d’un de ses articles, publié en 2002 : « José Goncalves s’impose comme un auteur de référence pour le peintre, non seulement par une connaissance approfondie de sa technique flamande et de l’adaptation de celle-ci aux exigences du goût français, mais aussi de l’analyse qui chez Philippe de Champaigne préside à l’élaboration de la composition, au choix et à l’interprétation des éléments figurés »22. Utilisant ici un style « parlé » qu’il affectionne23 et qui gêne souvent la lecture, nous ajouterons que la pauvreté des termes (pseudo-) techniques et des critères stylistiques qu’il utilise (nous en citerons plusieurs exemples), mêlés à de trop nombreux « clichés »24, donne souvent l’impression que José Goncalves sait sans doute mieux manier le poncif que les pinceaux.

Ainsi, plusieurs des erreurs et légendes qu’il colporte ou recrée, et l’articulation même des deux premières époques de la carrière de Champaigne (une première partie concentrée sur les commandes royales, suivie d’un repli causé par les drames personnels qu’il subit et - pour Goncalves - par l’échec de la Fronde) rappellent l’ouvrage presque « romanesque » qu’Augustin Gazier avait consacré à l’artiste en…1893. il pourrait assez souvent s’appliquer ce reproche d’un « esprit narratif qui procède du remplissage ». Alors même que son expérience personnelle d’artiste-peintre aurait pu justement nous apporter des éléments intéressants ou pertinents s’il l’avait utilisée de façon adéquate, au profit de son sujet - et de ses lecteurs. Au vu du résultat, on a surtout l’impression qu’il a cherché à reprendre à son compte l’une de ses aspirations : « la révélation de ce qu’ils [les peintres] peuvent être des penseurs, et non plus seulement des techniciens ».

Dans le cadre de ce compte-rendu, il n’est pas question, et ce serait un peu vain, d’énumérer les erreurs, les approximations, les contre-vérités et les invraisemblances qui parsèment la publication de José Goncalves25, et qui nous empêchent d’accepter la plus grande partie de ses conclusions et hypothèses supposées « iconoclastes »26 mais qui se révèlent surtout assez peu sérieuses. Nous préférons souligner ici, pour le texte proprement dit puis pour le catalogue, les plus importantes d’entre elles.

L’ESSAI :

Il y a tout d’abord ce que nous appellerons les erreurs de contexte. La plus minime serait son refus quasi systématique des influences italiennes dans l’art de Champaigne27. Malgré la présence d’artistes - et surtout - de tableaux italiens à Paris, que ce soit au Luxembourg, dans de nombreuses collections parfois illustres, et jusque dans certaines églises de la capitale, J. Goncalves affirme que le jeune Champaigne ignorait « tout » de l’Italie et que, plus tard, il n’aurait de l’art italien qu’une connaissance soit théorique (il oublie trop souvent les possibilités offertes par les gravures), soit que celle-ci passe nécessairement par le filtre de Duchesne28, de Rubens ou de Poussin. Ainsi, malgré la présence, à Paris, de nombreux chefs-d’œuvre, c’est Poussin qui lui aurait offert la plus fidèle transcription de Raphaël ! Ce n’est que très ponctuellement, ou très loin dans son étude, qu’il envisage le fait, pourtant avéré et confirmé par les sources contemporaines, que Champaigne ait notamment copié le maître29. Quant aux « poncifs » que sont la draperie, la colonne ou le petit muret (qu’il interprète parfois comme un véritable rebord de fenêtre permettant au modèle d’observer la rue !), souvent présents dans ses portraits, il va chercher des exemples aussi anciens qu’anachroniques alors que ces éléments ont été brillamment déclinés, notamment par les grands maîtres vénitiens du Cinquecento, que J. Goncalves, là encore, ignore ou feint d’ignorer. Mais ses autres erreurs de contexte sont d’autant plus graves qu’elles fondent bien souvent ses démonstrations. Surtout qu’il aurait pu très aisément les éviter tant se sont multipliés, depuis une quinzaine d’années, les travaux et publications consacrés soit aux deux Régences, soit à la diversité et la richesse de la peinture française du XVIIe siècle comme au métier de peintre et aux pratiques d’atelier ; la plupart étant accessibles au plus grand nombre, que ce soit en bibliothèque, ou en consultant les ressources d’internet.

Ainsi, à plusieurs reprises, José Goncalves fait preuve d’une méconnaissance presque inquiétante, dans un tel ouvrage, des méthodes de travail en vigueur dans un atelier de peintre au XVIIe siècle : selon lui, « l’emploi du temps du maître est partagé entre l’invention des compositions30 et leur défense auprès du commanditaires (activité de courtisan qui réclame beaucoup de temps) » ! A quelques exceptions près, ce serait seulement les membres de l’atelier qui se chargeraient de la réalisation effective31. Quand il s’agit de répliques, celles-ci se feraient, le plus souvent, à partir des tableaux achevés et non d’après des dessins ou des études de détail32. Comme Champaigne disposerait selon lui d’une « banque de motifs », (« compilation personnelle (sic) de gravures et de dessins de provenance variée »33), il n’aurait donc presque pas besoin de recourir, dans l’élaboration de ses tableaux, à un ou plusieurs dessins34, ou à des études peintes35. Selon lui, Champaigne cherche d’abord la solution sur la toile avant de la conforter, éventuellement, par un croquis, mais seulement de la composition d’ensemble. Face à ce genre d’assertions, on se demande bien pourquoi l’Académie Royale, dont Champaigne fut l’un des membres éminents, a fondé son enseignement sur la pratique du dessin ou du motif toujours recommencé ?! C’est ainsi qu’à âge égal, son neveu Jean-Baptiste ou Nicolas de Plattemontagne étaient mieux formés que le jeune Champaigne. Dans l’esprit de notre auteur, les « poncifs » (éléments de draperies, de mobilier, membres ou visages) et les calques qui peuvent resservir durant plusieurs années, tous ces éléments qui facilitent l’exécution comme la répétition, par les élèves et les collaborateurs du maître, des sujets les plus courants ou les plus demandés, n’existent guère. C’est d’autant plus regrettable que J. Goncalves considère justement ces détails stylistiques (drapés, éléments d’architectures ou détails du paysage) comme des éléments fiables de datation36.

De la même façon, son approche du Champaigne dessinateur est carrément restrictive. Comme il le fait ailleurs, J. Goncalves met sur le même plan des artistes (Vouet, Jouvenet, Mignard, Poussin, Le Lorrain, etc.) dont les pratiques - et le devenir des fonds d’atelier - sont fort différentes et n’attache d’importance qu’à sa propre vision (ex. : « singulier improvisateur » (sic), Philippe de Champaigne, est « dessinateur moins par tempérament que par nécessité », « il ne construit pas par le geste mais par le modelé », le dessin est donc chez lui « occasionnel » …). De fait, sans doute persuadé que répéter, ici ou ailleurs et sur plusieurs pages, ses arguments les rendraient plus convaincants, J. Goncalves prend souvent, pour les dessins comme pour les peintures, les choses littéralement à l’envers : il part des vestiges existants pour extrapoler une pratique, dont il méconnait les réalités. Sans être forcément un dessinateur infatigable, Champaigne a certainement dessiné beaucoup plus de feuilles que celles qui sont conservées aujourd’hui. Mais, comme beaucoup d’artistes du temps, la plupart devaient être justement des dessins de travail ou d’étude, utilisés et réutilisés jusqu’à l’usure. Il n’est donc guère étonnant que J. Goncalves refuse le statut d’étude à de nombreux dessins, parmi ceux que l’on conserve ou que l’on a identifiés37. Or, la plupart de ces feuilles, souvent des études de détail ou d’attitude38, ne peuvent être autre chose, quand on connaît les pratiques d’atelier de cette époque.

J. Goncalves manifeste une ignorance, elle aussi inquiétante, des hiérarchies sociales39 et des fonctions d’un artiste rattaché au souverain. Selon notre auteur, le Peintre du Roi est une fonction - plutôt qu’un titre - qui cantonnerait pendant des années Champaigne aux seuls travaux pour le couple royal, la régente40, ou son principal ministre41, et ce malgré les troubles politiques, fréquents dans la première moitié du siècle42, qui l’ont sans doute amené à chercher d’autres clientèles43. J. Goncalves insiste si souvent sur la supposée étroitesse d’esprit de l’aristocratie et de la Cour, et sur son isolement44, qu’on ressent très vite plus qu’une impression gênante. Cet a priori idéologique45, qui prend souvent l’allure d’un ressentiment de classe, digne de temps assez lointains, se voit très explicitement confirmé dans le chapitre qu’il consacre à la Fronde46. De la même manière, J. Goncalves se croit en mesure de pouvoir lire, dans plusieurs œuvres de Champaigne, le reflet du climat social et politique qui aurait baigné différentes périodes, notamment l’avant ou l’après-Fronde47, y faisant avant tout ressortir ses propres préjugés ou certitudes. Mais si certaines de ces interprétations « psychologiques » peuvent faire sourire48, n’est-ce pas se servir du peintre ou faire étalage de ses possibles manques ou névroses personnelles que d’évoquer sa « trouble inclination à se placer sous l’autorité paternaliste de ses plus proches aînés. [La] protection de Marie de Médicis puis de Richelieu est aussi efficacement mise à profit que confusément désirée, avant que les « Messieurs de Port-Royal » ne prennent le relais [ :] La suite des portraits des Solitaires de Port-Royal n’est autre que le journal [(sic)] de sa propre et « tardive émancipation ».

Sans donc tenir compte de la réalité des pratiques, des lacunes des sources ou de la perte probable de pans entiers de sa production49, J. Goncalves pousse même sa « logique » jusqu’à répartir le type d’ouvrage réalisés par Champaigne selon une évolution chronologique : commandes et portraits officiels, puis premiers tableaux d’églises (car selon lui « le monde conventuel est pendant toute la période Richelieu, une entité vague pour l’artiste » !), suivis des portraits de Jansénistes et de tableaux de dévotion50, enfin les derniers portraits d’apparat précédant les œuvres ultimes. Or, reprenant l’un de ces parallèles qu’il affectionne avec des peintres modernes, le déroulement de la carrière de Champaigne n’est malencontreusement pas aussi « catégorisable »51 que chez Courbet. Toutefois, comme son sujet est un peintre actif au XVIIe siècle, certaines erreurs ou ignorances sont plus préjudiciables au sérieux dont il se targue. Ainsi J. Goncalves recrée bien souvent les décors et ensembles auxquels le peintre à participé, selon ses vues52, et ne tient compte de la destination des œuvres53 que pour les problèmes d’éclairage latéral. Surtout si cela lui permet, moyennant certaines « acrobaties » et assertions gratuites54, de justifier (c’est nous qui soulignons) l’emplacement dont il s’est persuadé55, comme l’illustrent ses pages sur le Luxembourg ou les tableaux du Val-de-Grâce (un de ses sommets), où, d’en réfuter d’autres56. Déjà, dans un chapitre précédent, on le voit postuler que l’oratoire de Marie de Médicis au Luxembourg, pièce par essence privée, est à la fois grande, compte tenu du statut prestigieux de la Reine-mère, et librement accessible aux visiteurs57, ce qui lui permet d’y replacer des tableaux qui ne pouvaient s’y trouver, comme L’Adoration des Mages du Mans. De façon plus générale, J. Goncalves ne tient presque jamais compte ni de la hauteur à laquelle pouvait se trouver ces tableaux ni de l’éventuelle structure dans lesquelles on pouvait les insérer58 : lambris pour les parois, compartiments pour les plafonds, prédelles, etc.

1. Philippe de Champaigne (1602-1674)
L’Apôtre Saint Philippe
Huile sur toile - 117 x 89 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : RMN / Daniel Arnaudet

Il manifeste hélas la même ignorance du contexte institutionnel59 : l’Académie Royale de Peinture et de Sculpture - dont Champaigne ne serait pas l’un des fondateurs (Goncalves le remplace par Van Mol !), aurait été établie sur le modèle « déjà rôdé depuis treize ans » de l’Académie Française, les Salons sont, dès l’origine, organisés avec régularité (simple rappel : avant 1724, on en compte trois : 1673, 1699, et 1704), le don par Champaigne de son Saint Philippe (ill. 1) à l’Académie Royale, « inaugure » les Morceaux de réception60, etc. Quant au développement sur la perspective, « l’une des plus remarquables inventions corporatistes de la Renaissance, […] qui n’est en définitive que le plus arbitraire et le plus tyrannique des procédés d’école » [(sic)], on y voit notre auteur mêler allégrement éléments théoriques et pratique au jour le jour, ramener celle de Philippe de Champaigne au niveau des Primitifs et conclure que ses seuls rudiments proviendraient des spécialistes bruxellois du travail « en petit » (notion que J. Goncalves traduit de façon restrictive sinon fautive par « miniaturiste ») qui furent, semble-t-il, ses premiers maîtres.

Assurant que la perspective conserve « toute son actualité – ailleurs qu’en France »61, J. Goncalves ignore ou feint d’ignorer qu’elle est alors enseignée à l’Académie Royale de Paris, ou que Champaigne possédait notamment les œuvres de Girard Desargues dans sa bibliothèque. Tout à sa « démonstration », de la supposée singularité de cette « indifférence de l’artiste » à la perspective, alors qu’on sait que les cieux baroques d’où s’échappent quantité de personnages n’étaient guère favorisés en France62, J. Goncalves, qui commet une nouvelle confusion (le reproche rapporté par Félibien porterait sur sa trop grande « exactitude »), oublie un peu vite que c’est justement son attachement à cette pratique qui aurait été à l’origine de son départ de l’atelier de Lallemant. Champaigne n’a, de fait, besoin de la perspective que pour mettre en scène sa composition, et il n’est pas le seul artiste à se passer des règles de vraisemblance : il n’est évidemment pas question de « bâtir » en dur les constructions visibles dans ses tableaux ! Quant à vouloir le comparer, encore une fois, à Claude Lorrain, ou au Mignard du Val de Grâce et au Lemoyne de Versailles, c’est lui donner un statut, celui d’un parfait maître des compositions plafonnantes que seul J. Goncalves lui attribue pour mieux le nier. Il n’est donc pas surprenant qu’avec ses a priori et sa vindicte contre L. Pericolo, il conteste au passage le dispositif, pourtant visible au premier coup d’œil63, de l’Homme au chien de New-York, tableau ayant appartenu à un passionné des merveilles de l’optique, Louis Hesselin (1602-1662).

L’étude du Champaigne portraitiste est justement une autre « occasion manquée ». Malgré sa certitude de pouvoir les répartir « en noyaux fortement personnalisés et distincts », les portraits sont éparpillés - sauf pour les « Jansénistes » - à différents endroits de son texte. C’est surtout la partie de son étude où J. Goncalves conjugue, plus fréquemment qu’ailleurs, les deux sens du mot « poncif » : ils se retrouvent, nombreux, dans son expression64, et c’est à partir de tels éléments65, pourtant réutilisables, qu’il justifie systématiquement ses datations. La myopie déjà évoquée ailleurs se remarque ainsi à propos d’une effigie où il croit reconnaître Jacques Lescot « sur la base d’un dessin fort approximatif » (dont la référence en note, pleine de points d’interrogation, reste inconnue) : outre ses certitudes (le « creux de l’œil », qui apparaît comme l’un des points faibles du tableau, est « un détail généralement occulté par d’autres peintres », « l’aboutissement formel [d’une copie] l’eut noyée en un compte-rendu atone », etc.), il laisse libre cours à son style très particulier (la « légère inclinaison de la ligne des yeux en guise de contrepoint à tant d’austérité… cette force contenue, presque frustre, cet aplomb abrupte de l’analyse », « le savoir faire l’emporterait sur la fébrilité de l’enquête »). Or, derrière ces affirmations, et comme pour beaucoup de ses attributions, cette effigie assez basique, mais qui a sans doute souffert, ne ferait vraiment pas honneur au peintre, qui est sans doute l’un des plus sensibles portraitistes du XVIIe siècle.

Parmi les a priori auxquels il essaye trop souvent de faire correspondre le peintre66 et ses œuvres, J. Goncalves se fait une conception toute moderne67 de l’artiste, tel qu’il n’apparaît qu’au XIXe siècle : libre de choisir ses commandes68, et développant une relation quasi d’égal à égal avec sa clientèle.69 Ainsi, il imagine « des relations sans doute plus conviviales que strictement professionnelles » avec un Bouthillier70 et, surtout, avec Richelieu71, (« unique dans l’histoire de l’art [quid, par exemple, de Titien et Charles-Quint ?] est la surprenante complicité entre le peintre et Richelieu, entre le flamand d’origine et l’ennemi de la politique espagnole ») qui serait donc venu poser en personne, à chaque fois ! Il en extrapole une répartition aussi catégorique que souvent contestable des différentes effigies du ministre que nous conservons, jusqu’à voir un portrait posthume dans celle de Versailles. De même, J. Goncalves se lance, plus loin, dans une « reconstruction » du double portrait des frères Anguier, exposé par Champaigne au salon de 1673, mais dont on ne sait rien ou presque, ce qu’il admet. Il le recrée pourtant sur plusieurs pages, assimilant là encore de nombreux « poncifs » à des singularités, à l’image de la présence éventuelle de têtes sculptées, qu’il voit comme des vanités, alors qu’en plus des exemples issus de la Renaissance, elles apparaissent déjà dans de nombreux morceaux de Réception de l’Académie Royale, où sont représentés des sculpteurs.

2. Philippe de Champaigne (1602-1674)
Le cardinal Richelieu
Huile sur toile - 222 x 155 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : RMN / Christian Jean

3. Philippe de Champaigne (1602-1674)
Le cardinal Mazarin
Huile sur toile - 205 x 144 cm
Chantilly, Musée Condé
Photo : RMN / Harry Bréjat


J. Goncalves n’hésite guère non plus à vouloir déceler, dans les différents portraits d’apparat exécutés par l’artiste, une différence de qualité et de « véracité » selon les éventuelles affinités de Champaigne avec leur modèle : ceux de Richelieu étant à l’opposé de ceux de Mazarin (ill. 2 et 3), lequel est « évidemment » peu aimé de Champaigne - et de Goncalves, d’où le contraste violent, sombre, presque désincarné qu’offriraient ses effigies72. A ceux forcément conventionnels et sans vie73 des souverains ou de la Cour, répondent ceux si puissants et si fins des personnages dont Champaigne partagerait les opinions, qu’elles soient politiques (la noblesse de robe Frondeuse) ou spirituelles (les jansénistes). Pour arguer du « frémissement du modèle et du retour à la surface » de ses derniers portraits, il ne se contente pas de relativiser l’influence des grands vénitiens, et surtout de Van Dyck, sur la manière dont Champaigne traite ce genre d’effigies trop souvent conventionnelles, mais qu’il a parfois transfiguré. En effet, J. Goncalves décrète (le mot n’est pas trop fort) qu’il n’existerait, alors, aucun peintre parisien susceptible de l’égaler : « quel autre maître de cette époque sait user à ce point d’un modelé alliant solidité de l’analyse et luminosité des glacis », affirmation reprise de façon assez similaire à propos de la Petite fille aux mains jointes du Louvre, dont l’autographie est pourtant contestée : « Enfin quel autre peintre hormis Champaigne pouvait peindre en ces années une telle effigie ? ». Or, il y eut à Paris, « dans ces années », en dehors de Mignard, Le Brun et des Le Nain (ce sont, avec Pourbus ou le plus tardif Lefebvre les seuls noms qu’il cite, mais toujours pour en diminuer les talents), un certain nombre de très bons portraitistes (à commencer par ses compatriotes les Elle) dont J. Goncalves feint d’ignorer l’activité.

Autre méconnaissance désormais presque inexcusable dans un travail qui se veut sérieux : celle du statut de l’artiste de l’époque par rapport à son commanditaire74, de son éventuel rôle politique75 (implication que J. Goncalves, hors de toute réalité historique, s’obstine à octroyer à Champaigne76), comme celle des processus même de la commande77. La systématisation que J. Goncalves fait des termes du contrat et de leurs conséquences sur l’élaboration d’un tableau78 constitue, à elle seule, un modèle d’assertion détachée de toute réalité, qui correspond, plus généralement, à l’idée qu’il s’est fait, depuis longtemps du contexte historique et social79. A commencer par sa description des Pays-Bas du Sud au moment de la naissance de Champaigne et des différences « fondamentales » qu’elle implique avec Rubens80, où transparaissent avant tout ses a priori et son interprétation psychologique de l’évolution et de la carrière du peintre81. S’il ne cesse d’affirmer l’indépendance et le génie de Champaigne, J. Goncalves le présente parfois comme « ce fils d’artisan [qui] a grandi dans le respect d’un travail consciencieusement répétitif plutôt que dans l’œuvre d’exception » ou comme un artiste « opportuniste ou seulement docile à la tournure des événements ». Outre son insistance sur cette « constante volonté d’intégration » qui caractériserait Champaigne alors qu’il reçoit, dès 1629, ses « lettres de naturalité », il a la même vision, quasi-idéologique des rapports de Champaigne avec les régentes successives, Marie de Médicis puis Anne d’Autriche, comme avec le Cardinal-ministre. Son attachement à Richelieu est non seulement déterminant pour cette période d’activité jusqu’en 1642, mais il préparera sa fidélité au milieu parisien et à la subjectivité janséniste ». Souvenons-nous qu’il évoque ailleurs « sa défiance instinctive vis-à-vis des dogmes de l’Église autant que du pouvoir ». Pourtant, selon J. Goncalves, « Nul doute que le caractère affable de l’artiste, son dédain de l’intrigue, ne lui ait durablement acquis l’intérêt puis l’amitié [sic] de Richelieu ». Car, selon lui, Champaigne ne saurait être « ce protégé de Richelieu, auquel il devrait rendre compte comme Le Brun au chancelier Séguier ». ..

Parmi les erreurs, plus secondaires, qui découlent forcément de cette approche, il y a le long développement que J. Goncalves présente fièrement, dans son Avant-propos, comme l’une des grandes nouveautés de son ouvrage : l’influence probable qu’aurait eue le courant précieux sur l’évolution personnelle de l’artiste jusqu’à Port-Royal82. Encore faudrait-il que sa vision corresponde à la réalité historique de ce milieu, précisée par de nombreux travaux récents, dont il a manifestement fait l’économie. En effet, il y interprète l’instauration des Salons et la liberté des sujets qui y sont abordés (la politique n’y aurait pas sa place !) comme une réaction de la bourgeoisie au carcan de la noblesse et de la Cour ! Or, il ne s’étonne même pas de ne pouvoir citer que des aristocrates parmi les principales figures de ce courant, qui participerait d’une ambition, celle de « lever toute barrière de quelque ordre que ce soit, y compris surtout la hiérarchie sociale » (sic)83. Hélas, loin de la vision idéalisée et ouverte qu’il s’en fait84, la « convivialité » y est d’autant mieux partagée qu’on y est entre gens du même monde - aristocratique. Les gens de basse extraction n’y trouvent place que quand on en prend fantaisie ou qu’ils manifestent, non pas de la culture (argument de Goncalves), mais un véritable talent littéraire ou didactique85. Mais qu’importe la réalité (J. Goncalves mélange allégrement Concini et Richelieu, Pascal et Bossuet) puisqu’à la manière d’un historien fantaisiste du XIXe siècle, J. Goncalves n’hésite pas à présenter la construction et la décoration du palais du Luxembourg86, le « rêve de Marie de Médicis d’une opulente demeure parisienne » (sic), comme une tentative résultant de sa rivalité avec la marquise de Rambouillet !87

Le chapitre sur ce décor, épisode pourtant capital, constitue un autre modèle du genre : tout à ses certitudes, notre auteur multiplie approximations88 et erreurs89, n’hésitant jamais, ici comme ailleurs, à se contredire à quelques pages, ou parfois quelques lignes, d’intervalle90. Certaines de ces erreurs, déjà constatées dans de précédentes publications, confirment sa « surdité » aux arguments divergents, même les plus rationnels. Ainsi, malgré de nombreux exemples dont le plus illustre sera, plus tard, celui de Versailles, J. Goncalves persiste à considérer que l’occupation par Marie de Médicis de ses appartements, dès le mois de mai 1625, correspond forcément à l’achèvement des travaux de décoration91. On remarque déjà, dans ce chapitre, l’usage de certains raccourcis hasardeux92, et de rapprochements pour le moins légers93, qui vont se multiplier. Tout à sa démonstration, il va même jusqu’à littéralement recréer, hors de tout réalisme, l’intervention de Poussin sur ce chantier94 (pourtant assez mineure et sans doute comparable à celle de Vouet qu’il omet), ce qui l’amène à minorer l’apport de Champaigne95, et à rabaisser, comme au XIXe siècle, les qualités de Rubens96. En comparaison, le trop court développement qu’il consacre à ce qui fut, sans doute, l’une plutôt que « la » principale activité de Champaigne au Luxembourg, les paysages « à la manière flamande », nous fait (presque) regretter qu’il n’ait pas consacré plus de place à cet aspect de son œuvre.
Hormis ceux du Val-de-Grâce, les paysages de Champaigne bénéficient d’un traitement particulièrement sommaire. J. Goncalves avance d’abord, sur ses seules convictions, que l’absence de paysages attribuables à ses vingt premières années d’activité « s’explique moins par leur improbable destruction complète que parce que vraisemblablement dépourvus d’originalité ». Affirmer ensuite qu’il peint d’abord des paysages signés par Fouquières, lequel a plusieurs élèves (dont l’un pourrait être l’auteur du Paysage acquis par Lille - voir brève du 11/08/08), puis évoquer presque en passant les paysages « à la flamande » pour le Luxembourg n’apporte rien, sinon l’impression de la facilité et du poncif. J. Goncalves introduit ensuite dans son catalogue, un paysage très secondaire et manifestement tardif (conservé à Bernay), auquel il aurait pu consacrer le développement dont bénéficie celui, un peu moins discutable, en tout cas dans l’influence flamande, acquis par le musée de Lille (sa notice, virulente, correspond manifestement à une lettre envoyée au musée ou à une revue …).

4. Philippe de Champaigne (1602-1674)
Les enfants de Habert de Montmor, 1649
Huile sur toile - 122,5 x 186,4 cm
Reims, Musée des Beaux-Arts
Photo : RMN / Agence Bulloz

Mais c’est sans doute dans le chapitre consacré à la Fronde que J. Goncalves expose le plus clairement sa vision des faits et des rapports sociaux, plutôt que d’étudier objectivement son sujet. Son obstination à vouloir faire de Philippe de Champaigne non seulement un témoin mais un partisan des Frondeurs voire même un acteur de cette réaction par l’ « analyse » qu’il donne de la composition de certains de ces tableaux97, ferait presque sourire. Mais ses a priori et sa vision de la circulation des informations (la Révolution anglaise ou la Guerre contre la Triple Alliance aurait ainsi été suivie quasiment « en temps réel », et par une large partie de la population…) fleure trop souvent le cliché démodé : la royauté - qui survivra encore 150 ans - y est à bout de souffle, l’aristocratie sclérosée et brimée98, tandis que la bourgeoisie active qui s’est rebellée, et bénéficie évidemment du soutien des masses, préfigure les bouleversements des siècles suivants. Enfin, le XVIIe siècle serait celui de la prise de conscience de l’individu99… Le fait que les effigies qu’il cite, pour opposer leur brio et leur vivacité à celles, tellement plus « conventionnelles » de la royauté et de l’aristocratie, appartiennent non pas à la bourgeoisie mais à la noblesse de robe, qui cherche alors bien plus à défendre ses privilèges récents que le « peuple », ne semble pas lui poser de problèmes. Quant à voir dans le très beau portrait d’apparat des Enfants Montmort, qui sublime toutes les conventions du genre, un manifeste de la Fronde100

Outre ces graves erreurs socio-historiques, dont participe son ignorance manifeste des conséquences artistiques du Concile de Trente101, notamment la nouvelle importance donnée aux images « démonstratives » ; on constate très souvent qu’en lieu et place de véritables arguments, J. Goncalves choisit de mêler ou de comparer des choses qui n’ont rien à voir entre elles102. Certains de ses rapprochements ou appariements peuvent là encore faire sourire (la Pentecôte dont le modèle formel serait… le Paradis de Tintoret, la Remise du collier du Saint-Esprit au duc de Longueville mise en parallèle avec une Annonciation, ou le Vœu de Louis XIII - dont les personnages sont, pour lui, « tassés » - qu’il rapproche de L’Adoration des Mages ou d’un saint Luc peignant la Vierge103). Toutefois, il s’en dégage, à la lecture et par la répétition, ce que l’on doit bien appeler une véritable « méthode » : il commence souvent d’un trait, d’une phrase ou d’une remarque parfois sarcastique, et trop souvent réductrice104, ou par dénoncer la faiblesse des éléments qui ont conduit à un supposé consensus critique, ou par contester toute pertinence à des opinions déjà exprimées. Il s’efforce ensuite de faire rentrer, comme « au chausse-pied », tous les arguments qu’il juge susceptibles d’appuyer ses hypothèses105. Il accorde ainsi, bien souvent, aux gravures une exactitude qu’elles n’ont que trop rarement106, ou il va donner plus de poids à des mentions révolutionnaires, dont on connaît depuis longtemps les erreurs et les confusions107, plutôt qu’à des mentions contemporaines de l’exécution des œuvres108. Souvent, ces affirmations catégoriques donneraient presque l’impression que c’est lui et non, par exemple, Félibien ou Guillet de Saint-Georges, qui était présent et peut donc témoigner109. De même, quand J. Goncalves pense avoir trouvé un argument qu’il juge particulièrement pertinent ou valable, il le ressort plusieurs fois110, à l’image du motif de la base de colonne à qui il donne les rôles les plus variés.

Parmi les affirmations les plus spectaculaires, mais dont la justesse échappera à beaucoup, on peut citer l’exemple du Gaston de Foix de la Galerie des Hommes Illustres du Palais-Cardinal. Déjà, avec sa fréquente méconnaissance des principales sources (Sauval ne lui sert qu’à évoquer « sa discrétion naturelle liée à sa situation d’étranger » (sic)) comme des travaux récents, mêlée à ses a priori idéologiques111, il ne voit, dans ce décor, qu’une volonté du Cardinal d’« impliquer la peinture, contrainte dans l’apologie individuelle [d’un souverain], comme instrument fédérateur d’un pays en pleine mutation ». Ensuite, José Goncalves fait comme si nous ne connaissions pas aujourd’hui le probable modèle (Giorgione au travers de la copie Saint-Simon-Orléans conservée à Londres112) du Gaston de Foix, et arguant de l’influence « chevaleresque » des milieux précieux, il propose tout simplement d’y reconnaître l’un de ses premiers Autoportraits (« il semble que le peintre lui ait donné ses propres traits »)… Ce qui reviendrait donc à imaginer que le jeune Philippe de Champaigne se serait représenté en guerrier, dans une effigie grandeur nature, prenant place dans une galerie d’apparat à la signification hautement politique (mais pas celle que J. Goncalves lui attribue), réalisée pour la résidence parisienne du cardinal de Richelieu... Quelle que soit la réalité, sans doute plus hiérarchisée et formelle qu’empathique, des rapports entre le cardinal-ministre et « son » peintre, nous sommes ici proches d’une véritable science-fiction historique. On peut encore citer la Translation des saint Gervais et Protais, où Champaigne, oubliant presque son sujet (sic) se serait concentré sur la foule113, ayant ainsi inventé « le fait social et préfiguré le Serment du Jeu de Paume de David » …

Venons-en à l’usage que J. Goncalves fait de son expérience de peintre. Outre l’image qu’il s’est fait d’un Velasquez ou d’un Rubens114, on constate chez lui une véritable myopie115 - ou parfois un déni - qui l’empêche notamment de voir l’usage que le peintre fait des raccourcis116. Mais il semble véritablement incapable de reconnaître des détails pourtant très symboliques117, ou de jauger correctement l’âge d’un modèle féminin, comme de distinguer des expressions différentes sur une feuille représentant trois études de têtes, ou de constater des différences physiologiques pourtant évidentes entre deux portraits118. On aimerait voir la conséquence de l’un de ses préjugés plutôt que de la mauvaise pratique quand, à partir d’une gravure, J. Goncalves extrapole des caractères stylistiques non pas seulement d’un artiste mais même parfois d’un mouvement, en l’occurrence le maniérisme bellifontain119. Nous avons notamment apprécié cette assertion vigoureuse mais assez grotesque : « le point de vue abaissé qui juxtapose l’horizontalité des meubles et du sol à la verticalité de la figure est apostrophe, il impose une image, une évidence ».

C’est justement la pauvreté des arguments techniques120 ou stylistiques121, souvent à la limite du verbiage122, ou de la leçon123, qui navre et épuise le lecteur. Est-ce un « praticien » depuis plus de vingt ans qui use de tels simplismes : « ombres noires » et « orthogonalité » caractériseraient la peinture de Champaigne, l’ « huile noire » et les trois couleurs primaires seraient propres aux artistes italiens ? On a même parfois l’impression qu’il prend ses lecteurs pour des enfants en bas âge : « le choix de la couleur [est] conditionné notamment par les ombres noires « , « afin de ne pas déborder et salir dans ces zones avec une couleur opaque, il est indispensable de la limiter précisément », etc. Est-il nécessaire d’évoquer « une tendance à la dilatation horizontale » pour expliquer le réagencement d’une composition similaire dans un format différent ? De même, est-ce véritablement la singularité du « principe harmonique » qui concentre des « foyers de couleurs intenses » dans « une plage à dominante neutre » ?! Le long passage sur les tapisseries de la Vie de la Vierge, où Goncalves ignore, sans doute volontairement, les derniers travaux et expositions qui font le point sur cet ensemble124, en est un parfait exemple. Surtout quand ce sont, là encore, le coloris125 et le traitement des drapés qui deviennent, de façon quasi systématique, les meilleurs éléments d’une datation126, ou d’une attribution. Non sans oublier cette désormais fameuse base de colonne qui n’apparaîtrait, selon le modèle, qu’en 1644 ou à partir de 1648127... Outre des croquis presque enfantins qu’il présente comme des reconstitutions probantes, voir notre artiste-peintre utiliser généreusement le terme de « fresques » (notamment pour le décor de la Sorbonne ou celui de l’église de Pont-sur-Seine128), alors qu’il s’agit, à chaque fois, de peinture à l’huile sur enduit, ou ceux d’ « ombres noires », d’ « orange indispensable » et de « verticales impérieuses » ferait là encore sourire.

La confrontation qu’il fait des Anges Musiciens d’Ambroise Dubois à Fontainebleau et de ceux, désormais au Louvre, qu’il pense pouvoir ainsi attribuer à Nicolas Duchesne, qui fut peut-être le collaborateur du premier, constitue, sans doute, un modèle du genre :

« les affinités sont telles qu’elles impliquent une autographie commune : thème identique ; une même façon de mettre un bras dans la lumière et l’autre dans l’ombre ; la ligne droite du drapé tendu entre les genoux ; l’affleurement du corps sous les tuniques (pointe des seins, nombril) ; les pieds sans reliefs vu de dessous ; la rondeur des genoux ; le dessin et la taille des ailes ; la parenté des attitudes ; le choix et la ressemblance des deux instruments ; la composition d’ensemble avec des figures au premier plan qui encadrent un groupe lointain dans la lumière ; [seule différence :] le panneau bellifontain ne compte pas un seul visage de profil » 129.

Or, c’est justement le détail d’un ange de profil (profil « perdu » mais cela reste un profil) qu’il prend à Fontainebleau pour appuyer sa démonstration, et dont la comparaison avec le tableau du Louvre suffit pour constater qu’ils n’ont rien à voir l’un avec l’autre130. Il est donc normal « qu’aucun commentateur n’ait établi ce rapprochement ».

Est-ce un praticien « tout au long de l’année » avec la sensibilité et la connaissance qui devraient en découler qui use, ailleurs, de tels simplismes : « les glacis brillent davantage que les opacités », « ligne d’horizon située au niveau des yeux, composition en frise impliquant la même échelle pour toutes les figures, rythmes verticaux et statiques, opposition didactique entre face et profil, entre figure debout et figure agenouillée ». Surtout si c’est pour énoncer que ces caractères sont « les principes formels de la nouvelle peinture d’histoire » qui apparaît après la mort de Duchesne et le retour de Champaigne à Paris, en 1628… Aussi, quand J. Goncalves évoque, notamment, « l’échelonnement en profondeur des plans [qui] aboutit à une plus grande lisibilité de l’action », un « partage ombre-lumière par l’arête du nez », ou « une composition construite quasiment sur deux plans, celui de l’action se découpant sur celui du paysage », ce n’est pas dans la perspective de faciliter au lecteur néophyte la technique picturale (ce qui aurait pu justifier ce langage assez sommaire), seulement de lui faire la leçon de sa science (pré-)supposée.

Autre exemple de cette méthode « stylistique », les rapports qu’il systématise ou simplifie à l’extrême entre des tableaux autographes et d’autres qu’il attribue au Maître. Il suffira d’évoquer ici le cas des tableaux de Lerné, la Remise du Rosaire et la Résurrection du Christ auxquels, malgré son affirmation (« le nom de [Champaigne] est ici avancé pour la première fois »), il a déjà consacré un article, en 2002, étude qui se retrouve quasiment copiée-collée ici131. Après avoir rappelé que le château de Lerné [Chavigny] était, comme celui de Pont-sur-Seine, l’une des résidences de Bouthillier, il affirme, à propos de la Remise du Rosaire, que « sa principale différence avec l’illustration du même sujet à Pont-sur-Seine est l’absence des donateurs ». Pour la Résurrection, il constate qu’ « un soldat qui se prend la tête entre ses mains a la même physionomie que le Gaston de Foix (1636) [auj. à Versailles] tandis qu’un autre rappelle, avec sa tunique verte assortie d’une écharpe blanche, le saint Philippe peint par l’artiste en 1649 ». Avec de tels critères, la conclusion ne peut-être qu’évidente : comme la Remise du Rosaire, cette Résurrection du Christ « est la seconde composition sur ce sujet, après celle de Pont-sur-Seine, qui nous soit parvenue de Philippe de Champaigne ».

On pourrait encore évoquer sa vision très arrêtée des rapports132 - ou des différences133 - avec Poussin dont Champaigne aurait eu l’insigne privilège de connaître les théories. Poussin, dont J. Goncalves évoque ailleurs « la force de persuasion », et dont, malgré le silence des sources, il est selon lui « indéniable » que Champaigne l’a de nouveau fréquenté lors de son séjour parisien134. Ce qui l’amène à conclure, à propos des projets pour la grande Galerie, que « élève et compagnon de voyage » de Fouquières, mais « ami » de Poussin, Champaigne « n’a pu rester indifférent à leurs querelles ». C’est surtout l’éventuelle influence de Poussin sur Champaigne qu’il met un peu partout : « [elle] se traduit par une composition en frise orthogonale, par des couleurs primaires qui détachent nettement les figures d’un milieu gris-vert » (variante : « les compositions frontales par orthogonales volontaires et les couleurs primaires renvoient à son art »135). Quand à l’inverse, lorsqu’il imagine que ce soit Champaigne qui ait inspiré Poussin pour leurs effigies respectives, il suffira peut-être de lui rappeler ce simple fait : Champaigne fut l’expert de l’inventaire de Pointel en 1660, où se trouvait l’Autoportrait que Poussin avait peint pour lui en 1649136 … Mais nous avons vu ailleurs, comment J. Goncalves avait déjà recrée l’expérience et donc l’apport de Poussin sur le chantier du Luxembourg.

L’exemple de Poussin illustre aussi la manière dont J. Goncalves accommode les sources et les références artistiques de Champaigne, qu’elles soient probables ou plus hypothétiques. Ainsi, affirmer comme il le fait que les tableaux de Poussin seraient « la » source de ses influences raphaëlesques comme, plus généralement, de ses compositions en frise alors que celle-ci vient des modèles de la Renaissance, eux-mêmes inspirés de l’Antiquité, peut déjà surprendre. Plus gênant est sa méconnaissance de la peinture italienne, hormis quelques références anecdotiques137 ou des clichés, notamment sur l’art du Caravage. Cette manipulation se traduit aussi par sa recherche systématique de modèles très éloignés138 du peintre (Fouquet, Van Eyck, Memling, Ghirlandaio, Pontormo, Tintoret, etc.), même s’il omet, sauf exception, l’usage de la gravure pour la diffusion des œuvres139. Cette recherche de modèles anachroniques apparaît souvent comme un cache-misère, car il se garde bien de renvoyer à d’autres exemples plus récents ou plus immédiats qui démonteraient ou contrediraient ses assertions140, où l’amèneraient à reconnaître sa méconnaissance de la peinture française de l’époque141, hormis quelques noms-alibis142.

Après avoir évoqué le renouveau des dernières années de Champaigne, feux du couchant que Rembrandt ou Titien n’auraient pas connu (sic), les pages finales de son essai, se présentent comme une sorte d’écho délayé de son premier article (1987). J. Goncalves y invoque la nécessité d’un tel « phare » face à l’absence de repères de nos périodes actuelles, puisque sa peinture « déploie au regard des siècles suivants cette ascendance que l’homme recherchait si fébrilement auprès de ses prestigieux contemporains ». Nous sommes hélas bien loin de la vérité du peintre et de son art.

LE CATALOGUE143 :

Tout d’abord, une remarque générale : au vu de la forme et du contenu de ses notices, on peut se demander, une nouvelle fois, si la paresse de J. Goncalves, si prompt à donner des leçons de rigueur et de sérieux, est seulement intellectuelle144. Sinon, comment expliquer qu’ayant consacré toutes ces années à l’étude de l’artiste et à la constitution de ce catalogue, ses notices témoignent à plusieurs endroits d’un état qu’on pourrait, aimablement, qualifier d’ébauche145. Ainsi de la bibliographie à géométrie variable146 : il y manque le plus souvent les dates et numéros de lot des ventes publiques, la pagination, ou le renvoi au numéro de catalogue, y compris pour ceux de l’ouvrage de référence de Bernard Dorival, qui sont souvent restés en blanc. Outre des notices sans bibliographie147 ou sans aucun texte148, le format des œuvres manque à plusieurs reprises, pour ne rien dire de l’absence d’illustrations ou d’un renvoi à celles qui sont insérées dans l’essai. Or, le principe même du de « catalogue raisonné », terme volontairement choisi par notre auteur, veut que les œuvres supposées les moins discutables y soient toutes illustrées, comme devraient l’être les plus importantes de celles présentées comme « inédites ». Autre exemple de cette paresse : il ne suffit pas de poser en préalable qu’on renvoie le lecteur aux « études plus approfondies (sic) et démonstrations (re-sic) d’attributions » de l’essai, sans en donner les pages correspondantes dans les notices, surtout que l’on constate combien certaines de ces notices s’apparentent justement à des démonstrations, notamment celles de la partie « Duchesne ». Renvoyer son lecteur aux ouvrages de B. Dorival (cités sans cohérence ou systématisme) pour le « détail complet des ventes, expositions et de l’historique » n’est pas plus sérieux : J. Goncalves est suffisamment bien placé pour savoir que la bibliographie relative au peintre ne s’est heureusement pas arrêtée en 1992.

De façon assez générale, dans le texte de ses notices, où traînent encore quelques copiés-collés, J. Goncalves n’abuse guère des modérateurs et se contente bien souvent d’une phrase sans conditionnel, qui laisse trop souvent croire que l’attribution ou la provenance des tableaux sont de vraies nouveautés149. Or, sans revenir sur la valeur souvent discutable de ses arguments, une simple phrase de l’auteur (« le plus bel exemplaire des 4 connus », « la plus sous-estimée… », « attribution inédite », etc.) ne saurait suffire à valider son attribution. Plus gênant, comme il l’a fait dans l’essai, J. Goncalves aime souvent se présenter comme étant le premier à faire tel ou tel rapprochement, ce qui est parfois carrément mensonger150. C’est assez savoureux de le voir constater, dans au moins un cas, qu’on a gommé son apport151, tant il ne se prive guère de le faire pour d’autres. En effet, certaines contributions se retrouvent curieusement mentionnées dans le corps du texte, sans être citées dans la bibliographie152. De même, en dehors du livre de B. Dorival, les références153 aux prédécesseurs (nous parlons des dates de parution) de J. Goncalves y sont soit le plus souvent absentes, soit ne sont mentionnées que lorsqu’elles viendraient corroborer les hypothèses de l’auteur154. Il y à même des notices où il prête à certains des propos qui sortent tout droit de son imagination155.

5. Philippe de Champaigne (1602-1674)
L’Adoration des Bergers, vers 1628
Huile sur toile - 390 x 246 cm
Lyon, Musée des Beaux-Arts
Photo : Musée des Beaux-Arts de Lyon

Sur le fond, et compte tenu de ce que nous avons constaté pour l’essai, le contenu du catalogue proprement dit ne peut qu’accentuer et amplifier les défauts du texte. On pourrait, là encore, lui appliquer ce qu’il critique chez d’autres : « l’hypothèse tenant lieu de conclusion et vice versa, c’est assez dire l’arbitraire qui a précédé à l’établissement du catalogue » de ses peintures. La première partie, où J. Goncalves s’efforce de restituer à Nicolas Duchesne, qui fut surtout un décorateur, compétent et donc recherché, à une époque où la capitale en manquait - et un chef d’équipe156, un certain nombre d’importantes compositions religieuses, notamment la conception d’ensemble et les premières œuvres pour l’église du Carmel du faubourg Saint-Jacques, ainsi qu’un portrait de Richelieu157, et la plus grande partie des copies de maîtres italiens inventoriées en 1674, constitue, de ce point de vue, un contre-modèle absolu de rigueur scientifique158. Avant tout basée sur la date supposée d’achèvement des travaux du Luxembourg en mai 1625, préalable aussi erroné qu’arbitraire, et la connaissance directe de la peinture italienne dont bénéficierait Duchesne mais qui manquerait alors à Champaigne159, J. Goncalves lui restitue, sans véritablement envisager d’alternative160, et avec des arguments toujours aussi fragiles161, qu’ils soient stylistiques162 ou techniques163, et ces a priori contestables164 auxquels nous sommes désormais habitués, toute une série de toiles, parfois importantes, mais jugées par lui d’inspiration maniériste165 ou italianisante166, et donc incompatibles avec son idée, très arrêtée voire figée, « du » style de Champaigne167, qui bien évidemment ne peut être passé par des phases de recherche. Parmi celles-ci, se trouvent L’Adoration des Mages du Mans168 (pourtant plus près des Flandres que de la Méditerranée…), la Vierge de Pitié de Metz169, L’Adoration des Bergers (ill. 5) de Lyon170, les Assomption du Louvre et de Gréoux171, et, de façon évidemment « indiscutable », l’Annonciation de Caen172, qui ressemble « tellement » aux Deux Anges musiciens du Louvre ! Or cette dernière réattribution constituait l’un de ces « coups de tonnerre » annoncés dans l’Avant-Propos, mais qui ressemblent davantage, après lecture, à des « pétards mouillés ».

Dans son catalogue, comme dans son essai, J. Goncalves aime évacuer l’opinion ou l’hypothèse d’un de ses prédécesseurs de façon péremptoire173 ou péjorative (« avec complaisance à défaut d’arguments », « indûment exclu par M. Dorival », « il est permis de douter de la pertinence [de leur] jugement », « conclusion aberrante », etc.). Mais, hormis ses certitudes personnelles174, il n’apporte rien de probant175, souvent même aucun argument « solide »176 pour justifier sa sentence177, imitant souvent en cela ce qu’il reproche à d’autres178. J. Goncalves aurait pourtant gagné - et Champaigne avec lui - à manier plus souvent la nuance179. Surtout quand il se contente de renouveler, comme dans le texte proprement dit, une véritable litanie d’arguments simplistes180 ou de clichés181, parfois pendant plusieurs paragraphes, sans que cette répétition les rende plus pertinents. Outre la systématisation des éléments stylistiques182 (notamment draperies183 ou base de colonne184) pour confirmer ses datations185, J. Goncalves cherche souvent, comme dans l’essai, à compliquer les faits186 ou ses phrases187 (jusqu’à parfois se contredire188), pour les faire correspondre à son hypothèse189 : il n’y a bien souvent, à le lire, et compte tenu de ses « critères », qu’un emplacement possible pour telle ou telle peinture190, certitude d’autant plus savoureuse qu’il reproche bien évidemment cette méthode à ses prédécesseurs.

Les éléments par lesquels, à plusieurs reprises, il distingue à coup sûr l’original de sa réplique191 ou, à l’opposé, il réfute192 la possibilité de reconnaître, dans telle ou telle composition, une œuvre d’atelier, sont si sommaires193 (le traitement des draperies194 ou du paysage195) et si équivoques (l’artiste n’aurait pu reprendre à l’identique telle ou telle composition puisque celle-ci ne peut se placer qu’a une certaine date196), qu’on pourrait les retourner comme un gant197. De la même manière, J. Goncalves se juge en mesure de déterminer, avec une force d’évidence198 qui lui éviterait donc toute possibilité d’erreur, si tel ou tel tableau, parfois connu en plusieurs exemplaires, correspond ou non à la mention similaire dans l’inventaire de l’artiste ou dans celui de son neveu199. Les notices consacrées au Christ mort du Louvre200, et à celui de Saint-Médard, aux répliques de l’Adam & Eve de Vienne201, ou aux différentes Cène202 sont, de ce point de vue, exemplaires de sa méthode. Même dans le cas d’œuvres parmi les plus illustres, comme le Christ mort, il est tellement occupé à confirmer son hypothèse qu’il n’hésite pas, à l’occasion, à diminuer paradoxalement les qualités ou le génie du peintre203.

On a déjà pu constater dans l’essai l’absence de certaines vérifications pourtant aisées204, et a contrario la fréquence d’invraisemblances205, qu’elles soient historiques206 ou qu’elles portent sur la destination ou l’utilisation de certains tableaux207. On y a déjà vu à l’œuvre sa lecture « pseudo- psychologique »208 et ses a priori « idéologiques », notamment vis-à-vis de la religion209. On les retrouve au fil des notices, avec toujours ce style assez personnel. Ainsi, dans Le Sermon sur la Montagne de Dijon (cat. 208), « bien que l’on cherche ici aussi à se rassembler autour du chef, curieusement la sauce ne prend pas, la figure la moins convaincante est justement celle de Jésus, et l’œuvre se borne à une juxtaposition d’individualités ».

Comme dans l’essai, les portraits attribuables à Champaigne, dont on pourrait souhaiter qu’ils constituent à eux seuls le sujet d’une exposition, concentrent comme dans un creuset tous les clichés, les insuffisances et les erreurs de la méthode Goncalves. Les portraits de Richelieu en fournissent plusieurs exemples : dans celui, assis, de Chantilly (cat. 12), la main gauche et les yeux en amande traduiraient le modèle de Duchesne auquel il attribue celui du Quai d’Orsay, et, en partie, celui de Chaalis, tandis que « la relative discrétion et la conformité », ne lui donnent qu’une seule localisation possible, le Petit-Luxembourg, car situé dans l’environnement immédiat de la Reine. Celui d’une collection particulière, qui en donne une version en pied, obéit à une « gestuelle convenue du fait que Richelieu est encore coiffé de la barrette [ce qui] indique une date précoce » …

La notice qu’il consacre au portrait présumé de la femme de l’artiste, conservé au Bowes Museum (cat. 30) est sans aucun doute l’archétype de la [non] méthode Goncalves, appliquée au portrait : style écrit contourné (« l’existence même de cette inscription sur le dessin participant d’une volonté manifeste d’informer qui la légitime, nous pouvons déduire de son silence contradictoire quant à l’identité de « la femme de M. Champaigne » que son auteur n’en connaissait pas le nom »). Or cette inscription prend tout son sens si, comme il le réfute ou, plutôt, ne l’imagine même pas, il s’agit d’un cadeau du peintre à un familier ou un parent, qui fut ensuite pieusement conservé par ses descendants. Vient ensuite sa myopie, particulièrement prononcée devant un modèle féminin210 : « il est difficile de reconnaître une jeune femme de 23 à 25 ans dans cette figure d’aspect nettement plus mature ». Or, contrairement à son affirmation, ce visage porte justement des traces de fatigue, correspondant peut-être aux grossesses successives de Charlotte Duchesne. Nous passerons sur les rapprochements simplistes des traits qu’il juge caractéristiques des Richelieu, et du parallèle qu’il fait avec un portrait « autrement plus fiable » (sur quels arguments ?) de la duchesse d’Aiguillon dont les traits « plus âgés mais aisément reconnaissable[s] » ne laisseraient pas « le moindre doute sur l’identité du modèle », pour finir, avec lui, sur cet argument magistral : « signalons…qu’une lettre seulement distingue « duchesse » (d’Anguillon) de « Duchesne » (Charlotte) ».

Plutôt que de multiplier les (contre-)exemples dont fourmille son catalogue, nous conclurons avec deux œuvres envisagées pour l’église du Val-de-Grâce, l’une bien réelle et toujours en place, l’autre résultant d’ » une hypothèse », qui constituent sans doute le condensé du raisonnement « scientifique » de J. Goncalves.

Pour la lunette de la Communion des Anges (son cat. 189), la « sage réserve » de Dorival et de la plupart des auteurs anciens (Félibien, Sauval, Guillet et Brice) qui l’attribuent à Jean-Baptiste, serait infirmé par l’œuvre même : « l’invention des figures et le style font irrésistiblement penser à Philippe, l’ange principal à gauche rappelle le Adam des Ames du Purgatoire, son vis-a-vis a un bras musclé caractéristique, le geste de Jésus [sera] repris dans les Pèlerins d’Emmaüs de Gand, absence de perspective plafonnante, etc. » Autant de détails qui correspondraient tout aussi bien à la formation du neveu par son oncle et à leur proximité. Mais, « il serait bien singulier que le peintre confiât à son atelier une commande aussi prestigieuse pour le Val-de-Grâce, et d’autant plus pour son église » …

L’hypothèse concerne la Visitation de Genève (cat. 110), où J. Goncalves ne peut se résoudre à voir un tableau autonome : « il serait étrange qu’entre deux campagnes assez confidentielles (sic) [le réfectoire des religieuses et l’Appartement de la Reine], il n’ait rien peint pour l’église même… ». Il répète ses certitudes, déjà évoquées dans l’essai, dans lesquelles il s’enfonce sans davantage convaincre : « Et quand bien même la Fronde aurait différé toute commande, l’artiste n’aurait-il pas été invité à travailler pour l’église dès la reprise des travaux en 1655 ? Qu’Anne d’Autriche lui ait très certainement parlé d’une Visitation pour la chapelle dédiée à sa patronne est plus qu’évident… En dépit du silence des contemporains, il semble hors de doute, en regard de la sollicitude de la reine à son égard, que des ouvrages de Philippe de Champaigne aient décoré ce sanctuaire…. La patronne de la Reine d’une part, puis le fait qu’il s’agisse d’un monastère de religieuses, imposent une représentation de la Visitation… C’est d’un tel tableau que la toile de Genève porte les prémices de grandeur… « 211. Nous ayant ainsi ramené un siècle ou plus en arrière, J. Goncalves conclut : « toutes les peintures qui furent destinées à cette [abbaye] sont étudiées dans ce catalogue comme autographes ».


Moana Weil-Curiel, vendredi 5 février 2010


Notes

1. Voici les lignes d’introduction de son premier article, en 1987 : « Relégué une fois pour toutes au rang de grand peintre religieux et l’un des plus grands portraitistes de tous les temps, avec l’assurance d’avoir tout dit sur le sujet…la critique n’a a sa disposition [que] les incontournables documents d’histoire… Quand donc décidera-t-on d’un [tableau de] Champaigne parce qu’on y perçoit sa philosophie ? Parce qu’on ressentira sous l’extrême pudeur de la forme la chaleur du propos ? « (cf. J. Goncalves, « Le Christ mort de l’église Saint-Médard à Paris, un point de vue », Gazette des Beaux-Arts, t. CIX, janvier 1987, p. 35-38). Le même article de 1987 se termine sur cette affirmation : « L’attribution du Christ mort de St-Médard à Philippe de Champaigne ne semble avoir rien de prématuré ni de fantaisiste, puisqu’elle est fondée sur des observations et déductions à partir de trois domaines distincts, le formel, le symbolique et le témoignage personnel [comprendre : sa vision de la psychologie du peintre, plutôt que l’usage de sources fiables] ».

2. Celles-ci étaient moins perceptibles dans son premier ouvrage puisque, selon la conception de cette collection (les Poche Couleurs), assez pratique, l’illustration l’emportait sur le texte. De même, l’humilité et le sens de la nuance encore présents en 1987 ("le maître seul, me semble-t-il, eut pu inventer une telle œuvre") ont désormais quasiment disparus. J. Goncalves aurait pu, aurait dû, plus souvent s’appliquer cette mise en garde, écrite à la suite d’une première comparaison fragile et biaisée entre Champaigne, Rembrandt et Velasquez : « Il faut cependant prévenir que l’enthousiasme excessif n’aveugle l’esprit critique ».

3. Même si nous avons édité et consulté (lecture et retours sur le site) son texte et son catalogue sur un certain laps de temps depuis mars 2009, nous sommes conscients de la liberté que laisse, à l’auteur, une diffusion par Internet pour corriger opportunément certaines des erreurs ou des affirmations évoquées ici. Car, nous démarquant de ses méthodes, nous avons pris le parti d’appuyer nos constats par de nombreuses citations, nous permettant juste de souligner en italique certaines expressions ou assertions.

4. Même ses notes, placées à la fin de chaque chapitre, ressemblent davantage à des ébauches qu’à un travail finalisé et réactualisé. En voici deux ou trois exemples qui suffiront sans doute : pour une citation, sans nom d’auteur, sur la perspective, la note est ainsi rédigée : « commentaire sur la perspective du XVIIe « , un autre renvoi porte juste « Les ordres religieux ». Comme dans le catalogue, les références aux contributions de Bernard Dorival y sont à géométrie variable (pagination, année, n° de catalogue apparaissent ou disparaissent). Enfin, dans ce travail entamé depuis longtemps, on appréciera ce simple oubli : « Mazarin devient gouverneur de Vincennes en ? Vérifier date » et cette recréation d’un intitulé « voir l’Art au temps de Mazarin, cat. exposition, Le Mans « [N. B. : il s’agit de Éloge de la clarté. Un courant artistique au temps de Mazarin (1649-1661), Dijon - Le Mans, 1998].

5. « Célèbre autant que méconnu, le peintre est entouré d’une légende trop taillée sur mesure pour être exacte… sa gloire est d’abord celle du janséniste », Champaigne « demeure le mal aimé de son siècle », « Toute la peinture de Philippe de Champaigne participe de la volonté de se distinguer du vulgaire » [assimilé au baroque, ce qui est un autre poncif dépassé], sa « conception radicale et incroyablement épurée [est] la plus radicale de son temps », etc. Ailleurs, il s’étonne de la confrontation qui serait faite « entre [l’œuvre] réservée et spécialisée des uns et celle, découverte depuis peu [sic], immense et variée, du peintre de Port-Royal » …

6. Qui peut encore écrire, en 2008, que « L’art du XVIIe siècle est issu du desserrement du joug culturel sous lequel l’éclat de la Renaissance italienne avait tenu l’Europe. Profitant de la perte de vitesse d’un souffle créateur… les peuples voisins prennent brusquement conscience de leur propre individualité ». Est-ce aujourd’hui qu’un supposé iconoclaste peut, dès ses premières lignes, écrire ceci : « Philippe de Champaigne, parmi d’autres, a contribué à relever la peinture des affectations du Maniérisme comme des extravagances du Baroque, assainissant ainsi les bases indispensables à d’autres envolées ». Mettant sur le même plan Velasquez, Rembrandt et Champaigne, il considère que leur tardif séjour (Velasquez) ou non-séjour (Rembrandt, Champaigne) en Italie pourrait être une justification de leur « commune et précoce élimination de l’inspiration baroque au profit d’un même souci exigeant de réalisme ». N’étant pas à une contradiction près, il juge, ailleurs, que ceux qui se sont tenus à distance de l’Italie, « Vermeer, Hals, Rembrandt…se comportent en imagiers… assujettissant le discours et la forme à la sensation »

7. A propos des effigies de Richelieu qui auraient permis à Champaigne de « prendre doucement, progressivement conscience des potentialités de son art », il conclut : « le résultat final qui ouvre sur une définition inédite de l’homme d’action est totalement original [ :] on ne saurait longtemps parler de courtisan zélé devant cette effigie recréée par le souverain pouvoir de l’artiste, ce Richelieu que nous ne voyons plus que par les yeux de Philippe de Champaigne [sic] et qui n’est pas moins autonome que tel Grand Masque Tragique par lequel Bourdelle entendait atteindre Beethoven ».

8. Ses comparaisons portent plus souvent sur David, Ingres, Géricault, Van Gogh, Picasso, voire Henri Rousseau ou Mies Van der Rohe, que sur les grands contemporains, qui seraient pourtant les plus proches par leur métier et leurs œuvres (mais démentiraient bien souvent ses affirmations) : Rembrandt, Rubens, voire Frans Hals ou Vermeer, Zurbaran (rapprochement épisodique qu’il pose comme une généralité) et, surtout, Vélasquez, servent plutôt de repoussoirs, ou sont utilisés pour des comparaisons assez peu pertinentes (Les syndics des drapiers de Rembrandt ou les banquets de Frans Hals sont comparés au portrait du Prévôt et des Echevins ou à la Remise du collier du Saint-Esprit, etc.).

9. L’ensemble de ses portraits constituerait « un véritable sismographe de l’état d’esprit de l’homme », et leur « quasi-inexistence dans sa production des années 1654-1660 est à mettre au compte de l’humeur du peintre [ :] lassitude ou manque d’enthousiasme » ! De la même manière, « Le Richelieu [est] en passe de nous révéler ce qu’il confesse d’un artiste, ses convictions et sa sensibilité » et les trois Cène « marquent ainsi une adhésion progressiste de l’artiste aux idées jansénistes, depuis la curiosité jusqu’à l’enthousiasme ». J. Goncalves avait déjà posé en préambule que « de nombreuses contradictions qui accompagnent toute sa vie s’éclairent à la relation des événements et des conséquences ambiguës qui ont précédé sa naissance et conditionné son enfance… »

10. Ainsi, Zurbaran ou La Tour manifesteraient « une disponibilité contemplative, bien étrangère au souffle irrépressible dompté par la volonté constructive caractéristique de Philippe de Champaigne ». Le fait de rejoindre le chantier du Luxembourg serait « significatif de la ténacité du peintre, [et] le montre relevant le défi, prenant le « taureau par les cornes », lui le circonspect, le scrupuleux… ». J. Goncalves écrit ailleurs qu’il aurait peint l’Ex-Voto dans une « fiévreuse désinvolture qui se joue des règles, de tout carcan » ou que le rétablissement de sa fille aurait « réveillé sa curiosité et sa disponibilité » …

11. Le lecteur, même le plus attentif, ou le plus patient, cessera vite de relever ou de souligner les innombrables « jamais », « toujours », « définitivement », « indubitablement », « sans doute possible », et autres manifestations de ses certitudes absolues, dont les bases se révèlent hélas trop souvent fragiles ou contestables.

12. J. Goncalves y évoque « une œuvre immense et variée, la seule du siècle à couvrir en cinquante ans d’activité trois règnes… Philippe de Champaigne est le plus pertinent interprète de l’autorité, mais son adhésion spontanée, désintéressée aux valeurs de l’opposition [sic] procède néanmoins d’une indépendance de pensée et d’une lucidité d’esprit uniques en son siècle… Partisan de la tradition mais créateur du premier tableau d’histoire de la peinture française ». Comme il s’agit du célèbre Vœu de Louis XIII, auquel J. Goncalves réserve un traitement très particulier, nous cherchons encore la raison et les éléments de cette supposée opposition. A quoi bon présenter Champaigne comme indépendant et ferme quand J. Goncalves argue ensuite de « la docilité avenante de son caractère « , vision qu’il n’hésite pas à reprocher ensuite à ses prédécesseurs : « docilité du portraitiste, docilité du théologien prétendument égaré…, docilité du peintre…docilité enfin de l’homme…que de poncifs et d’erreurs d’appréciation ! ».

13. Considérer que la rétrospective de Lille et Genève, organisée en 2007, était la « première » du genre, c’est faire bien peu de cas de celle, pionnière, organisée par Bernard Dorival en 1952, qu’il cite pourtant en note. De même, Nicolas Sainte Fare-Garnot a consacré, en 2000, un Cahier du Dessin Français à l’atelier du Maître (cité ensuite dans quelques notices) mais omis à dessein dans l’Avant-Propos. Ailleurs J. Goncalves fait mine d’ignorer l’acquisition par Lille du tableau de Stella pour l’oratoire de la Reine au Palais-Royal (sujet d’un article de Lorenzo Pericolo) ou les travaux récents (auxquels a contribué N. Sainte Fare-Garnot) sur la tapisserie de la Vie de la Vierge commandée par Michel Le Masle, ce qui l’amène à beaucoup d’assertions erronées sur ces deux ensembles.

14. Nicolas Sainte Fare-Garnot, Lorenzo Pericolo et Dominique Brême y sont particulièrement visés. Cependant Louis Marin et même Bernard Dorival que J. Goncalves déclare admirer, reçoivent aussi leur lot de fiel. Dès l’essai, on le voit, à plusieurs reprises, reprocher des lacunes imaginaires à ses prédécesseurs (comme à propos de l’état d’inachèvement de l’effigie de Mazarin conservée à Chantilly). Ayant notamment affirmé que « lorsqu’une hypothèse n’est pas fondée, son auteur ne peut prétendre l’étayer qu’en multipliant les arbitraires jusqu’à s’aveugler », c’est donc en expert que J. Goncalves reproche à D. Brème, à propos du Val-de-Grâce, d’ignorer certains faits parce qu’ils vont « à l’encontre de sa datation [et] de son attribution ». Pourtant, c’est bien J. Goncalves qui « tout à sa certitude » veut voir une « démonstration », une « prétention affichée », là où D. Brême offrait une hypothèse pleine de suppositions et de conditionnels, toutes choses dont notre auteur fait trop souvent l’économie.

15. J. Goncalves critique les 20 ans, de travaux de N. Sainte Fare-Garnot, affirmant que lui-même aurait plus écrit en « moins de temps ». Or, il évoque souvent « ce livre qui m’a coûté 25 ans de travail constant », et, doit-on le rappeler, son premier article date de 1987. J. Goncalves reproche encore au même d’avoir surtout écrit des « textes de circonstance » lors de colloques ou d’expositions. Or, ses « huit études » intègrent des comptes-rendus et des doublons (puisqu’elles correspondent parfois à de simples conférences). Enfin, cette publication en ligne offre plusieurs exemples de « copié-collé » de ses précédents articles, sans aucune remise en cause ou correction. De même, il a tendance à oublier de préciser qu’il a, entre temps évolué ou désormais contredit ses précédents écrits...

16. Ce sont hélas l’essai et le catalogue de J. Goncalves qui comportent de trop nombreux tableaux « attribués abusivement au maître », des « attributions forcées » et des datations « arbitraires » ou parfaitement fantaisiste[s] », des notices « sans arguments », des conclusions « ahurissante[s] » qui sont « autant d’approximations inexcusables », nourries de dates « [qu’]il décrète ». On ne compte plus les cas où J. Goncalves « accumule les erreurs historiques », avance « des attributions ou des historiques parfaitement incongrus », et « se borne à aligner une suite de lieux communs sur le sujet ». C’est bien sa publication qui « donne lieu à trop de complaisances au détriment du plus élémentaire esprit critique ». Sans oublier la plus « élémentaire prudence dont [il] n’a daigné s’encombrer », car bien souvent son hypothèse personnelle doit avoir force d’évidence…

17. « Des lignes de force naissent du rapprochement judicieux de plusieurs tableaux : encore faut-il savoir où chercher ceux-ci », « La relecture systématique de ses œuvres m’a amené à des révisions de fond », « la plus grande vigilance a été apportée à présenter une datation fine et cohérente », « toutes les Annonciations existantes sont ici identifiées et localisées, tous les portraits [de Richelieu] attribués, datés et localisés », « seul, parmi ceux qui ont abordé le sujet [les saint Benoît], j’ai tenté une localisation et répartition sur plan… dans la salle que j’ai identifiée », etc. J. Goncalves affirme aussi dénoncer « par quels moyens approximatifs, sur quels minces indices improbables, ces chefs d’œuvre ont acquis la réputation qui est la leur », ce qui constituerait une autre manifestation de la « désinvolture inexcusable de la critique » … Lune dit le Soleil.

18. C’est le rôle pourtant capital de l’Italie à cette époque qui bénéficie des plus nombreux clichés : « L’Italie attire les artistes flamands parce que son art prend de plus en plus les accents d’une charte de la profession [sic] », « Les artistes vont chercher en Italie la révélation de ce qu’ils peuvent être des penseurs, et non plus seulement des techniciens », « C’est dans la tradition du voyage d’Italie que le peintre d’histoire fonde ses racines », « le répertoire italianisant est essentiellement fondé sur l’allégorie », « L’Italie [avait] doté Rubens des armes contestables de son insertion dans le patriarcat anversois ». Ailleurs, on apprend que Rome est le « siège arrogant d’une religion conquérante ». Cette dernière emphase, venant assez tôt dans son essai, annonce l’a priori dogmatique que l’on retrouve, ensuite, au fil des pages. Surtout, nous aimerions savoir en quoi le passage par Paris et la vallée du Rhône n’est pas la « voie la plus directe et la plus sûre » vers l’Italie, puisque, dans les faits, c’est celle qui est alors empruntée par la majorité des artistes et voyageurs du Nord. Ce n’est certainement pas « une route dont on ne sait rien à Bruxelles » …

19. Quelques exemples autour d’une composition somme toute modeste, les Trois Âges, peuvent donner une idée du sort réservé par J. Goncalves à d’autres œuvres plus illustres : « Dès ses débuts, Philippe de Champaigne adopte le parti d’une lecture multiple de chaque forme », « légitimité de l’artiste, qui avait pleinement conscience de la richesse de ce modeste panneau », « le registre flamand de la scène de genre avec son réalisme populaire incitait à de plus grands égards envers le contenant, le milieu spatial et social », « cette tendance à inclure la dimension contemporaine [est] une volonté manifeste d’opposer l’héritage flamand aux poncifs italianisants », etc. Ce qui ne l’empêche pas de lui attribuer les très faibles effigies de saints de Pont-sur-Seine ni de rapprocher de son œuvre, d’autres tableaux, comme le Guillaume du Vair de Versailles, dont les similitudes sont, malgré ses affirmations (« l’ordonnance caractéristique de la composition par éléments distincts et juxtaposés, le tuyauté de la tenture plissée ; la sobriété de l’attitude et sa verticalité, la palette forte limitée aux blancs, noirs et rouges sont autant de traits constants [sic] chez Philippe de Champaigne ») plus que superficielles.

20. De la même façon, évoquer ailleurs un « consentement passif de la critique », doit être une nouvelle définition du consensus scientifique. Mais quels sont donc ces « historiens [qui] par devoir [sic], incapables d’en dire davantage » placeraient le peintre « dans le ’peloton de tête’ de la peinture française du XVIIe siècle : le cinquième » ? Admirons, au passage, la précision du classement.

21. A l’entendre, « des bases solides, des faits incontestables, associés à la connaissance matérielle et a l’exercice pratique et régulier de la peinture [me] permettent d’apporter à la connaissance de Philippe de Champaigne de nombreux développements non moins fiables… ». Il est donc regrettable que la lecture du texte et du catalogue démentent des affirmations aussi orgueilleuses, comme lorsqu’il évoque ce « minimum de réflexion qui permet de rendre au maître des répliques égales », ou ces « prises de positions si nombreuses et si inattendues jusqu’à bouleverser ce que l’on croyait acquis depuis près de trois siècles ».

22. Cf. « Philippe de Champaigne : œuvres de jeunesse à Pont-sur-Seine « , L’Estampille-L’Objet d’Art, n° 366, 2002, p. 48-57.

23. J. Goncalves fait un usage immodéré d’expressions toutes faites : « langage habituel », « sans autre forme de procès », carrière « hors des sentiers battus « , ou la période « exercice de style » des années 1654-1661, qui vont parfois jusqu’au contresens : « le saint Léonard aux résolutions affermies et exemplaires parce qu’il obligeait à prendre parti [stylistiquement] ». Ailleurs, il se juge suffisamment familier du peintre et de ses principaux commanditaires pour supprimer, comme il le fait des historiens modernes, l’initiale de leur prénom et surtout abréger leur patronyme : Longueville, [Hardouin de] Péréfixe, etc.

24. Affirmer qu’il est le premier à aborder un thème aussi original que « peinture et politique », même si c’est à propos de Champaigne, ferait plutôt sourire. Évoquer, dès l’Avant-Propos, le « prodigieux portraitiste, ami des jansénistes » et ajouter qu’ « au temps de la raison qui connut le déchaînement aveugle des passions, le rouge fut la couleur fétiche du plus singulier représentant de l’idéal classique », comme l’idée qu’il se fait, et qu’il donne, plus loin, des cénacles précieux, n’est-ce pas user des « clichés du romantisme le plus rétrograde » ? J. Goncalves aime aussi évoquer une contestation hypothétique (le Dorival qui ne serait pas un ouvrage de référence, le triple portrait de Lyon qui n’a rien à voir avec les Montmort, la « dextérité » du peintre dont [on] s’est « toujours refusé » à le créditer, etc.) qu’il ne peut que démentir. C’est un exemple significatif de ces remplissages, où l’auteur se complait à ses affirmations, comme lorsqu’il multiplie l’usage de deux contraires (« richesse de ce modeste panneau », « solennité » réunie avec « agitation » ou « familiarité amène », etc.).

25. On aurait aimé qu’il ait usé, avec la même fréquence, d’un correcteur d’orthographe ou pratiqué un certain nombre de vérifications pourtant aisées : la répétition de plusieurs erreurs de noms ou de vocabulaire, qui s’ajoutent aux erreurs factuelles, dépassent largement la simple « coquille ». Il y a même à certains endroits du texte des noms et des dates laissés en blanc, ou couverts de « xxxx ».

26. Ce n’est pas le seul exemple où J. Goncalves épouse la vision des auteurs du XIXe siècle : cherchant à conformer le déroulement de sa carrière et les pensées du peintre à l’idée qu’il s’en fait (Goncalves se pense capable de décrire, à plusieurs reprises, la psyché de l’artiste), méprisant le document d’archive ou le témoignage contemporain, caricaturant maniérisme et baroque, faisant assez peu de cas de la réalité historique...

27. Puisque selon J. Goncalves « l’influence italienne manifeste dans les arts et la culture… oriente tout naturellement le choix des héros », cette carence se retrouverait dans l’absence complète, dans son œuvre, de thèmes mythologiques, puisqu’il lui faut bien admettre, du bout des lèvres (« sans toutefois exclure que… »), ce qui a été confirmé depuis longtemps : c’est Jean-Baptiste qui est l’auteur des tableaux de l’Education d’Achille des Tuileries. De même, il n’aurait consacré au nu, « promu à l’autonomie dans tout le bassin méditerranéen » [sic], que ses représentations de la Passion du Christ, non sans embarras. Prompt à se contredire, J. Goncalves affirme ailleurs que « cette méconnaissance profonde » de l’art italien, est « [la] cause première, véritable, du changement radical d’inspiration de l’artiste au début de la Régence », ou d’observer par exemple, « une accentuation de l’élément italianisant (patent dans la Cène de Lyon [et] exacerbé dans la Petite Cène) ». Quant à conclure que si Champaigne avait séjourné en Italie, il ne se serait pas « intéressé » à cette bourgeoisie cultivée, ces hauts magistrats, dont il extrapole qu’ils sont « majoritairement acquis à la morale exigeante du jansénisme ».

28. Chez Duchesne, il aurait eu « l’irremplaçable opportunité de se frotter à l’art d’inspiration italienne, non pas à son vocabulaire formel, mais il s’est familiarisé avec ses principes de composition et sa technique » ce qui est pour le moins extrapoler. De même que de voir dans le style « approximatif » des effigies de divers saints de Pont-sur-Seine, un manque d’enthousiasme « à user de l’improvisation, la manière des italiens et d’une technique appropriée qui ne le satisfait plus ». Ainsi, selon J. Goncalves, ses portraits à « la note très flamande » participent d’une « volonté d’équilibrer l’influence italienne, voire la contrer dans une progressive affirmation [de] sa propre identité, par l’admission des peintres de tradition nordique ».

29. J. Goncalves conteste l’autographie de sa copie de la Vierge au Palmier, dont le peintre avait expressément reçu commande pour Port-Royal, et celle des autres copies présentes dans l’inventaire du peintre. Dans son catalogue, il regroupe la plupart de ces copies dans l’ensemble qu’il croit pouvoir restituer à Duchesne. Il faut donc une lecture attentive pour repérer, au détour d’une page ou d’une notice, ces maigres contredits : « La Présentation de la Vierge au Temple se réclame du classicisme très conscient, constructeur, de Raphaël qui correspond au tempérament de Philippe de Champaigne », ou « les emprunts à Raphaël, évidents ici [Le Sermon sur la Montagne de Dijon] sont fréquents dans la décennie 1650 » …

30. J. Goncalves n’hésite pas à avancer que Champaigne aurait peint de sa propre initiative, certaines grandes compositions (comme la Vierge de douleurs du Louvre) sans aucune commande préalable, ou que la réplique exacte qu’il aurait fait - ou fait faire, permettrait au client, visitant l’atelier, de jauger d’une œuvre devenue forcément inaccessible après sa livraison ou son installation. Ailleurs, il avance que les tableaux de dévotion constituent le « champ privilégié où put s’exercer quelque apprenti, sur le modèle fourni par le maître préoccupé ailleurs par des projets plus mobilisateurs. Répliques ou copies doivent ainsi coexister, là plus qu’en d’autres registres, avec des œuvres originales ». Conclusion toute « goncalvesienne » : « Philippe de Champaigne en est à n’en pas douter l’auteur, partiellement sinon totalement, par l’esprit sinon par l’exécution », car « ce serait une fausse piste que de prétendre traquer la faiblesse, la faute de dessin ou l’approximation » …

31. Un passage résume à la fois ses convictions (et ses clichés) sur le travail de l’atelier et sa méthode (hypothèse mutée en certitude) : « Irréprochables du point de vue du dessin, les œuvres dues à l’atelier sont aussi d’une neutralité de bon aloi [sic]. Ce rôle de correction de l’équipe est favorisé par la probable absence d’études dessinées, méthode à laquelle serait préférée celle plus efficace de la mise en place de la composition à la craie sur la toile définitive ». Ailleurs, il envisage quand même que Champaigne « ne refuse pas, a priori, une commande, jusqu’à multiplier les répliques à la demande… ». N’étant pas à une contorsion près, on le voit postuler, dans la même notice (celle de la Vierge à l’Enfant de Munich, cat. 62) qu’on aurait tendance à « couper l’inventeur de l’exécutant », avant de reconnaître que « les collaborateurs de l’artiste participent à tous les ouvrages ».

32. Ainsi, « l’exact mimétisme similitude du dessin d’enfant avec le même détail de la Présentation au Temple de Bruxelles fait naturellement songer à une copie attentive d’après le tableau ». Il faut attendre le neuvième chapitre (sur douze) pour que J. Goncalves envisage l’utilisation de dessins d’études, forcément mis au carreau, et la répétition des compositions les plus courantes, parce qu’ « il ne s’agit pas tant de dupliquer que d’archiver » que « la réplique a vocation à être le seul original visible, présentable, démonstratif et, à ce titre, d’une qualité irréprochable ». Face à ces « répliques égales », il va de soi que « l’éventualité d’une copie n’ [est] donc pas prioritaire, mais simplement envisageable » …

33. Il faut comprendre derrière cette expression non pas de possibles carnet(s) de croquis mais, plus banalement, les recueils de gravures des grands maîtres inventoriés chez Champaigne après sa mort. Ce qui est le cas de très nombreux artistes.

34. J. Goncalves pratique souvent l’assurance non du praticien mais du témoin direct, mêlée de clichés : « Arrêter la structure d’une toile nouvelle demandait à Philippe de Champaigne et Velasquez (dont les dessins sont rarissimes) aussi peu de temps qu’à Rembrandt qui se suffisait tout au plus de deux brèves esquisses… Tous trois s’engagent dans le combat quotidien, d’emblée gagnants ». Pourtant, contrairement à sa certitude, la similitude d’une des têtes dans les tableaux de Montigny-Lencoup, de Lille et le Jésus retrouvé de Senlis ne participe pas d’un « hasard extraordinaire » mais plus certainement d’un dessin du maître ou de son collaborateur, réutilisé d’une composition à l’autre.

35. L’existence des études peintes que l’on pourrait mettre en rapport avec le décor du Carmel résulterait de « la situation exceptionnelle » des tableaux, et de « la nécessité de guider les exécutants ». De fait, J. Goncalves place presque systématiquement les petits formats après l’exécution du grand tableau, non sans parfois se contredire. Après avoir affirmé que « C’est un automatisme que de mettre dans une relation d’étude ou de réplique une œuvre monumentale et une ou plusieurs versions plus modestes » et contestant le fait que l’Adoration des bergers de Rouen, « compterait ainsi trois tableaux satellites », point de vue « qui ne résiste pas à l’examen », il confirme ailleurs le rapport de deux de ces satellites au grand tableau, le troisième (conservé au musée de Rouen) étant une copie exécutée localement. De même, on le surprend, plus loin à constater que si « le format du petit Christ en Croix du Louvre (cat. 129B) ne correspond pas aux habitudes de Champaigne en pareil cas, il s’agit probablement d’une étude pour le [grand tableau] » …

36. Voici, sans doute, un des plus jolis exemples en creux de sa méthode : « ne serait-on tenté d’assigner une date commune aux deux sainte Madeleine en prière, en raison des nombreuses affinités qui l’emportent sur quelques différences mineures, s’il n’y avait la certitude de documents irréfutables confirmant des datations distinctes ? ». Quand on constate le côté assez systématique de cet attributionnisme « stylistique », on apprécie d’autant mieux de telles affirmations : « il est illusoire de désigner l’empreinte d’un individu sur des œuvres qui relèvent manifestement de [l’] atelier » ou « [cette attribution] d’après de vagues ressemblances de style n’est à ce jour que subjective et hautement improbable ».

37. Voir, à ce propos, la très fructueuse mise au point de Frédérique Lanöé, offerte par le catalogue de la récente exposition Trois maîtres du dessin (Magny-les-Hameaux, Musée National des Granges de Port-Royal, mars-juin, 2009), Paris, 2009 (voir la recension sur ce site).

38. Vouloir y retrouver une exactitude qui serait spécifique à un seul motif ou à une seule œuvre serait commettre une grossière erreur. J. Goncalves y succombe quand il réfute le rapprochement, effectué par L. Pericolo, au cycle de saint Benoît du dessin du Fogg puisqu’il ne représente « pas même un bénédictin ». Mieux encore, comme « ce n’est pas davantage un chartreux ni un carme, clients privilégiés de Philippe de Champaigne, ni franciscain, dominicain ou hyeronimite [sic] », il en conclut que « toute relation avec l’école de Philippe de Champaigne est des plus hasardeuses » …

39. Mettre sur le même plan, le Vœu de Louis XIII, et la Réception du duc d’Anjou, le Sacre de Napoléon de David ou La Liberté guidant le peuple de Delacroix, qui seraient autant de tableaux « fédérateurs », est presque aussi comique que d’imaginer « un esprit analogue » entre le Vœu et l’illustration du Massacre de la Saint Barthélémy, ce « savoureux tableau de genre évoquant Brueghel » ! Ailleurs, J. Goncalves proposant de reconnaître la reine Marie de Médicis dans la Vierge de l’Adoration des bergers de Lyon, met en rapport cette éventualité avec le goût du travestissement des souverains qu’aurait développé l’École de Fontainebleau, le cycle des tableaux du Luxembourg montrant, selon lui, que Rubens n’a pas échappé « à cette vogue » !

40. Sans doute obnubilé par ses a priori, ce n’est qu’en passant qu’il constate qu’en dehors de tableaux exceptionnels comme le Vœu de 1638, les fonctions d’un peintre du Roi (ou de la Reine) sont avant tout « domestiques ». De même il reconnaît alors « l’immense pouvoir d’argent de la Cour », juste avant d’affirmer que ce constat ne serait valable que pour « les artistes de la génération suivante ».

41. Après la mort de Richelieu, l’artiste se sentirait donc assez fort pour prendre ses distances « avec le monde clos de la Cour, qui n’offrait [à] son art que la piètre glorification d’une personne ». Préjugé qu’il reprend, par exemple, à propos des Ames du Purgatoire de Toulouse, et alors même que les Jésuites sont très proches (c’est un euphémisme) des souverains : « la mort de Louis XIII et de Richelieu le rendait disponible et allait l’orienter vers une nouvelle clientèle distincte des cercles fermés de la Cour ». Toutefois, comme il le fait fréquemment, il se contredit lui-même, évoquant ailleurs, « les nombreuses commandes que lui vaut la faveur de la Cour et des ordres religieux » dans les années 1636 à 1640…

42. A l’encontre de tout ce qu’ont pu établir les travaux, parfois sans nuances (mais nous ne sommes plus à l’époque de Dimier), de ses prédécesseurs, J. Goncalves affirme qu’au moment où Champaigne va rejoindre Paris, « la capitale de la France promet du travail, la sécurité, et des possibilités innombrables de promotion sociale ». ... De même « [Elle] pouvait lui apporter [l’Italie] sur un plateau [sic], avec l’influence effective exercée à la cour et dans les Arts, par Marie de Médicis et sa suite », affirmation courante mais prometteuse de nouveautés, démentie par son étude du Luxembourg. On pourrait encore évoquer ce présupposé selon lequel le Portrait du Prévôt et des échevins de 1611, « rend[rait] compte enfin de la dimension sociale du peintre », reconnaissance que l’Académie Royale, fondée 37 ans plus tard, mettra un certain temps à obtenir….

43. J. Goncalves affirme notamment que « Philippe de Champaigne ne travaillera jamais directement pour les églises et les couvents durant les années Richelieu, mais à la demande de la noblesse ». Or, c’est bien elle qui fournit l’essentiel de ce genre de commandes, c’est elle et non une « bourgeoisie en pleine possession de ses moyens » [sic] qui dote effectivement les établissements dont elle facilite l’installation ou le déploiement dans le royaume. De même affirmer que « la bourgeoisie n’est pas consommatrice de mythologies, la peinture décorative ne l’intéresse pas plus que l’allégorie », c’est nier la multitude d’exemples offerts par les inventaires comme par les sources imprimées, priver virtuellement d’activité des dizaines de peintres et marchands, uniformiser les intérieurs parisiens déjà très variables dans leur opulence.

44. Selon lui, « la cour et l’église revendiquent justement avec des arguments différents et parfois opposés, leur nette séparation du monde et lui réclament des œuvres inspirées par cet esprit de retrait et devant le cautionner. Aucune curiosité pour les différentes classes, le monde paysan pas davantage que la bourgeoisie ». Or J. Goncalves confond allégrement la noblesse de robe avec cette dernière. Il regrette même que cette peinture officielle, « exclusivement apologétique et, sur ce plan, immature » [sic] ne dise rien « des événements qui secouent l’actualité », ce que font pourtant de nombreuses gravures, medium bien plus adapté à cette « actualité ». L’exemple qu’il en donne, celui des « derniers développements de la politique espagnole contre son pays d’origine », annonce comment il va ensuite vouloir à « lire » des échos de la Fronde dans certains tableaux du peintre.

45. Mêlant ici comme là des choses qui n’ont rien à voir, il n’hésite pas à affirmer que « Champaigne exalte des valeurs de caste par l’illustration de grands ensembles commémoratifs et des scènes du Nouveau Testament qui ne peuvent se départir d’un formalisme un peu vain ». De même ses a priori l’amènent à envisager que, pour certains portraits officiels, Champaigne « se borne, dans un premier temps, à une simple juxtaposition de structures préexistantes » avant d’y apporter plus tard des solutions novatrices, alors qu’il continue, de fait, à respecter les conventions du genre. De même, « devoir satisfaire une clientèle privée [ce qui aurait été le cas chez Lallemant !]…implique une ouverture sur le monde et témoigne d’une variété d’approche que l’on rechercherait vainement dans la période suivante » [sic], sauf dans les portraits de Richelieu, où Goncalves s’obstine à ne pas y voir « la simple reprise, et adaptation [parfois sublimée, comme chez Van Dyck] des formules du passé ». Ailleurs, J. Goncalves va jusqu’à imaginer - le mot est faible - dès cette époque, une prise de conscience de l’individu (« Cette conscience aiguë de ses propres capacités est ce vers quoi tend l’effort du Grand siècle ») qui attendra de fait encore plusieurs décennies.

46. On peut déjà se demander où s’est arrêtée l’horloge idéologique de J. Goncalves, quand il écrit de la Vie de Marie de Médicis par Rubens : « la fougue de Rubens rallie sans peine tous les suffrages, et d’autant mieux que le sujet de ses œuvres reste, lui, bien pauvre – voire franchement rébarbatif si l’on prend conscience des moyens démesurés mis en œuvre si magnifiquement pour narrer les avatars navrants vécus par Marie de Médicis depuis son enfance idyllique jusqu’à ses prétendues infortunes avec son fils. Rubens cautionne magistralement [le] conformisme naïf de la commande », ajoutant que « ce n’est pas une génération qui sépare Philippe de Champaigne de Rubens, mais aussi l’idée que chacun se fait de la peinture, autant que des buts assignés à celle-ci par les Sociétés qui les suscitent ». Ailleurs, il définit la Réception du duc de Longueville comme « un sujet somme toute anecdotique et futile ».

47. Ainsi, « Il y a dans la toile de Toulouse une véhémence didactique, sinon un prosélytisme militant, bien en accord avec l’esprit conquérant et extraverti des années précédant la Fronde qui ne correspondent aucunement en revanche à l’atmosphère désabusée et amère, introvertie de l’après-Fronde ». A propos du Portrait de trois enfants de Lyon (son cat. 164) : « Ce défaut de liaison entre les différents éléments n’est pas moins significatif, qui participe du repliement sur soi et du doute qui voit l’érosion des grands idéaux collectifs », ou, dans la notice du saint Arsène (son cat. 168) : « sa datation, sa référence littéraire, son esprit militant [dédoublé par un pendant non localisé, Arsène quittant la Cour] », dont il déduit que son commanditaire appartenait aux cercles jansénistes. Nous espérons que ce ne soit pas ce « quittant la Cour » qui ait nourri cette hypothèse.

48. En voici quelques exemples : « Dénué de cet intellectualisme souverain [et] plus vulnérable en cela que Poussin, préservé des tentations du monde par une impérieuse quête messianique ou théorie esthétique », « après la majesté voyante et accrocheuse de ses débuts, la franchise abrupte des couleurs trahit un changement d’état d’esprit… la fermeté du dessin ou l’ancrage pyramidal des figures, l’absence de mouvement ressortent de l’état de siège [sic] », puis « toute vigilance s’émousse, l’engourdissement revient, l’esthétisme vain s’immisce dans son travail jusqu’au prochain coup de semonce » [comprendre un événement tragique]….

49. On le voit ainsi expliquer la production inégale de certaines périodes par la possibilité que « le temps a alors pu être occupé à peindre des répliques », hypothèse évidemment plus pertinente que celle de « la perte de certains tableaux ». De la même manière, « l’absence d’un groupe [de] tableaux de dévotion dans les années Richelieu, comme sa désagrégation brutale au lendemain de la Fronde » trouverait sa source non pas dans l’ignorance que nous avons d’autres œuvres, mais dans « un repliement effectif, matériel ou psychologique »

50. D’une façon générale, J. Goncalves a une approche assez méprisante de la peinture religieuse de l’époque, usant allégrement de clichés et de facilités. Ainsi, pour justifier la « logique » d’une juxtaposition Madeleine - Joseph dans l’inventaire du peintre, en 1674, « il n’y a qu’un pas » qu’il franchit allégrement : « [l’attitude] agenouillée de la pécheresse inspirant certainement un charpentier courbé sur son travail et ses outils » ! Au moment de la Réception du duc de Longueville, « défi de taille qui place Champaigne au pied du mur » (!), le peintre n’a encore peint que « de grands ensembles à vocation religieuse, soit toute une imagerie narrative et conventionnelle, cantonnée pour l’essentiel dans le registre limité du décoratif et de la parade ». Ailleurs, il affirme que « le tableau de dévotion témoigne de la forte emprise sociale sur un individu qui l’exhibe comme une bannière ». Prompt à généraliser, il affirme que ce sont des « tableaux de décoration d’intérieur pour se donner bonne contenance », que la « fade exemplarité de ces vénérables figures passe-partout illustre les valeurs et les vertus les plus communément vantées » ajoutant que « parmi les valeurs les plus prisées, il y a la convivialité, qu’expriment parfaitement le portrait des Apôtres ou [du] Christ pendant la Cène » [sic].

51. Voici l’un des passages où, dans ce style si particulier, il cherche à justifier sa répartition : « il reste une moyenne de 7 tableaux par an dans la production de la décennie 1650, ce qui tout en étant insuffisant est cependant acceptable, et 10 dans la décennie précédente, tout aussi acceptable et non moins insuffisant dans une période de grande activité. [Sinon] les grands tableaux religieux à vocation collective seraient improbablement absents à l’entrée de cette période faste… ». Ainsi, bien qu’il vienne après le décor du Carmel, et les tapisseries de la Vie de la Vierge, le Christ et les Ames du Purgatoire peint pour les Jésuites serait « l’occasion [qui] venait à point nommé pour l’artiste de faire état de ses facultés d’adaptation à un programme ». Ailleurs, il affirme tout aussi gratuitement que « Champaigne n’a guère peint de figures plus grandes que natures que dans la décennie 1630 » ….

52. La présence d’un modeste Christ prêchant, aux Ursulines de Québec (tableau qui pourrait de fait revenir à son atelier), lui fait extrapoler que sa contribution au décor du couvent parisien a du être plus conséquente. Pour le Louis XIII assis sur son trône du Louvre, à partir de « l’identité de certains plis du manteau royal du jeune Louis XIV » représenté dans le dessin de Chicago (qui renverrait à un tableau), il extrapole leur datation et leur utilisation commune dans un même décor : « jusqu’à preuve du contraire, il est raisonnable de supposer deux portraits se faisant face, l’un debout et l’autre assis, par souci de complémentarité ». Le Portrait du Prévôt et des Échevins de Montigny-Lencoup en offre l’un des plus beaux exemples. J. Goncalves se persuade d’un « souci de variété et de distinction » avec les deux autres versions de ce portrait collectif et officiel. Même si on ne possède « pas la moindre indication » sur la composition disparue, il envisage qu’elle comportait la figure de sainte Geneviève. A partir de là, il extrapole même l’existence d’une sainte Geneviève autonome qui aurait été « tirée du motif central » de ce portrait ainsi reconstitué. ..

53. Ailleurs, pour contester la « prétendue complémentarité » de la Cène de Detroit et du Sermon de Dijon, il préfère souligner la nette différence d’échelle des figures, évacuant leur facture et le format « presque identique », qui témoigneraient pourtant d’une possible destination commune. Autre exemple : malgré les mentions anciennes, c’est l’intensité du jaune, trop différent d’un tableau à l’autre, qui devient son principal argument pour réfuter le rapprochement, probable, de la Samaritaine de Caen et de la Cène à Port-Royal. De même, il argue des dimensions de l’Ange Gardien des Incurables pour refuser que la Fuite en Egypte qui y est mentionnée puisse être une toile de format plus modeste, comme celle de Senlis…

54. A propos de la Présentation au Temple de Ponce, et de la version de Bruxelles, il postule qu’elles offrent « une particularité significative : l’orientation de la lumière de la gauche vers la droite, soit à l’opposé de ce qui est requis traditionnellement pour un tableau d’autel » puis il fait mine de s’étonner que la peinture de Ponce « correspondrait par le plus grand des hasards à la configuration rare du lieu [l’Oratoire du Louvre] ». Pour conforter sa thèse, J. Goncalves, se montre ici étonnamment conformiste. Comme il n’y a pas de « hasard » dans l’exécution de ces tableaux d’église, il suffirait de lui rappeler les éclairages variables de ses Annonciation.

55. Ainsi, parmi les trois observations qui établiraient « définitivement » la localisation de l’Annonciation de Montrésor dans la chapelle de l’hôtel Bouthilier de Chavigny, J. Goncalves énumère l’orientation de l’éclairage « conforme à la réalité » du plan (l’ombre de l’ange correspondrait à la lumière provenant de la fenêtre, d’où il ferait irruption !) « la cheminée peinte au centre du tableau » qui répondrait, dans une « rime ternaire » aux cheminées des deux pièces précédentes (assertion modérée dans la légende de son croquis), et, sommet absolu de cette démonstration rigoureuse, « l’insistance sur le doigt levé de l’ange » qui prend ici « une résonance particulière » et accentuerait le « souci de vraisemblance [puisque] la chapelle était coiffée d’un lanternon » …

56. Le Christ et la Samaritaine de Caen en offre une sorte de synthèse : « œuvre malheureusement privée d’une analyse concertée et objective par sa célébrité justifiée mais annihilante. De fait, l’on peut s’interroger sur la validité et l’à propos de l’abondante littérature écrite à son sujet, fondée sur une relation avec le jansénisme qui reste à démontrer ». S’ensuit un florilège des éléments de datation utilisés par J. Goncalves : « cette composition harmonieuse, à peine altérée par l’échelle approximative des figures [n’est] pas dans le style de 1648-50, elle n’a pas la couleur de la Cène, ni la lumière cristalline du Moïse, ni la densité du Omer Talon, etc. [mais] bien des éléments l’apparentent aux œuvres de 1642-44. A commencer par la figure assise du Christ, un thème récurrent de ces années [ainsi que] les bras séparés du corps, un pied qui dépasse de la marche, la frontalité de l’attitude et la tête de ¾ ».

57. « Un tel sanctuaire, d’une longueur approximative de onze mètres se prête à la volonté de représentation dévolue à tout le pavillon », tandis que ce serait celui des Filles du Calvaire qui serait « voué à davantage d’intimité » … Ignorance de la réalité ? A priori ? ! On ne compte plus, dans les documents d’archive, le nombre de demeures où des « nudités » se trouvent au sortir d’un oratoire, lequel n’est certainement pas destiné recevoir « des fidèles » ni à la « célébration de l’office ». J. Goncalves place au maître-autel de l’oratoire des Filles du Calvaire, la Vierge de Pitié de Metz sur des critères fragiles à l’image de celui-ci : « le fort accent caravagesque patent dans l’éclairage contrasté et le type populaire des traits de cette sobre effigie contredit quelque peu son attribution à Philippe de Champaigne », mais justifiant la sienne à [son] Nicolas Duchesne. Au Luxembourg, il place la Déploration sur le Christ mort, connu par la gravure de Samuel Bernard, ce qui l’amène à décréter que Nicolas Duchesne y « suscite l’intérêt, comme il se doit pour le tableau majeur de l’oratoire et [donc] des Appartements royaux ». Simple extrapolation de la mention de Malingre évoquant, sur cet autel, « un fort riche tableau »

58. Ainsi, pour l’oratoire du Luxembourg, s’étant persuadé d’une longueur totale de 11 mètres, il imagine, plutôt qu’un plafond à voussures et compartiments, une voûte « très cintrée, suivant un symbolisme religieux évident » ! Comparant la disposition du tableau de Ponce (son cat. 146), avec celui qu’il semble préparer, ou répéter, aujourd’hui conservé à Bruxelles, il argue que « la frise des personnages, trop centrés » à Bruxelles « [tasse] les colonnes et multiplie d’autant plus inutilement les marches que l’emplacement de l’œuvre en dessus d’autel suffit amplement à exhausser la scène ». Ailleurs, J. Goncalves refuse toute possibilité à une composition en demi-figure (la Visitation Wildenstein, son cat. 104) d’appartenir à un décor (la chapelle Tubeuf à l’Oratoire) puisque « les autres tableaux sont en pied » …

59. Peut-on encore parler de poncif ou même de vision « romanesque » quand J. Goncalves « révise » à ce point les circonstances de la création de l’Académie Royale : « la nostalgie d’un monde idéal de nymphes et de ruines enveloppantes n’est finalement que l’adoption bourgeoise et picturale, la formulation définitive des idéaux de l’hôtel de Rambouillet. L’atticisme traduit la haute idée que les artistes se font de leur art, ce que concrétise la création de l’Académie : délicatesse, détachement poétique et références littéraires [sont] des mots d’ordre revendiqués surtout à fin d’identité pour se différencier de la conception artisanale de la peinture selon l’Académie de St-Luc qui s’illustre par la sensibilité burlesque, la scène de genre, le portrait et l’esprit baroque incarné par son président [sic] Simon Vouet ». Ailleurs, il affirme que « les idées indépendantistes de Poussin [et] son éthique artistique furent annexées par les artistes comme arrière-plan théorique pour leurs revendications corporatistes » …

60. De fait, ils sont cinq (outre Champaigne, ce sont Juste d’Egmont, Louis et Henri Testelin, et Louis Boulogne) sur les douze « Anciens » [membres fondateurs] qui décident d’offrir à la jeune institution, dans le droit fil des règles de la Maîtrise, un « chef-d’œuvre » qui ne deviendra Morceau de réception officiel, qu’après l’arrêté de 1663.

61. Ainsi, dans les peintures italiennes, la perspective, « telle que l’illustrent Poussin et les artistes formés en Italie » est un procédé qui est « devenu une incontournable figure de style », deux affirmations aussi sommaires qu’historiquement fausses.

62. De fait, comme l’a rappelé A. Schnapper, à cette époque, « les peintres français se sont élevés contre l’application stricte des lois de la perspective, contre les raccourcis systématiques qui détruisent les proportions du corps humain ». Leurs plafonds « vise[nt] si peu à prolonger vers le haut l’espace réel de la pièce décorée que l’on pourrait considérer les peintures comme de simples « tableaux rapportés » « (cf. A. Schnapper, « Noël Coypel et le grand décor peint des années 1660 », Antologia di Belle Arti, 1, mars 1977, p. 7-18, ici p. 15)

63. Selon J. Goncalves, malgré le raccourci accentué de la main, « aucune perspective ne suscite le moindre grossissement » (!). De même, il affirme qu’un tableau « accroché en face d’une autre glace qui en restituerait magiquement la vision naturelle » correspond forcément à une anamorphose. Or, dans ce dernier procédé, le miroir, cylindrique, est appliqué au centre - et non pas en face - de la composition à restituer. La « conclusion ahurissante » est plutôt celle de J. Goncalves qui y voit « un portrait classique et régulier ». N’étant pas à une contradiction près, il présente plus tard, dans son catalogue, cette effigie comme un trompe-l’œil…

64. Évoquant l’art de Pourbus, « dont l’ampleur des rythmes sauve ce que l’approche psychologique du modèle a encore d’extérieur et de convenu », il écrit ensuite que « densité de la forme et frontalité aboutissent à une conception originale du portrait d’apparat, hautain et intemporel, qu’il appartiendra a Champaigne de conduire à ses dernières conséquences… ». Que penser de ce genre d’affirmations : « Nul autre peintre ne pouvait donc à cette date [c. 1640] imiter une manière encore en pleine définition » ou, à propos du Lemercier du Louvre, « le costume noir refuse les complaisances où s’enlise souvent le savoir-faire de Rigaud », ce qui est encore mélanger deux artistes - et deux époques - difficilement comparables.

65. Ainsi, la base de colonne qui inclut « un anneau entre deux tores », que J. Goncalves présente ailleurs comme spécifique aux œuvres de 1644, devient, avec un autre « poncif » (la couleur du drapé « analogue au fond »), le principal critère qu’il retient pour dater de 1649 le Richelieu de Varsovie et conclure à sa localisation initiale dans l’église de la Sorbonne…

66. Après avoir argué que Champaigne ne pouvait espérer autre chose de l’aristocratie « que la seule sécurité matérielle » J. Goncalves prétend qu’il ne lui serait « guère évident, dans sa position, non seulement de se faire admettre d’une autre clientèle potentielle mais d’abord, simplement, d’en approcher les représentants les plus à même de lui en ouvrir les portes stratégiques », puisque qu’il ne peut s’agir que de mondes « largement différenciés ». Mais, derrière la fiction, l’idéologie réapparaît bien vite : « Jacques Lemercier était, tout autant que notre peintre attiré par un monde désœuvré qui se repliait par dépit dans une jouissance intellectuelle de ses biens, et par là même susceptibles de lui passer des commandes ».

67. Ce n’est certainement pas servir le peintre que de lui prêter une modernité presque fantasmatique. Ainsi, quand il fait de Champaigne, selon ses propres termes, le premier exemple d’une de nos « familles monoparentales ». Pour ne rien dire de ses dernières pages, quasi invocatrices d’un retour de l’artiste comme d’un phare pour nos temps présents ou règnerait la perte des repères (souhait exprimé, de façon heureusement plus succincte, dès 1987).

68. J. Goncalves envisage, à plusieurs reprises que Champaigne aurait exécuté, sans commande préalable, des compositions parfois de grand format, qui auraient donc ensuite attendu l’acheteur. Ainsi la Vierge de douleurs du Louvre, puisque selon « l’hypothèse la plus vraisemblable [du fait de sa datation], Champaigne [l’] aurait peinte sans objectif précis « [sic]. Ailleurs J. Goncalves affirme que ses portraits seraient, après la période Richelieu, « des commandes suscitées, privilégiées par l’artiste lui-même avec un sens aigu de l’unité », tandis qu’à partir de 1656, c’est sans aucun rapport avec les commandes que « le peintre s’intéresse davantage au groupe, à la dynamique collective, à l’intégration de l’unité dans l’ensemble [sic] ».

69. Oubliant (ou ignorant) qu’il est enseigné dans les collèges fréquentés par les enfants de la bourgeoisie, J. Goncalves n’hésite pas à évoquer « sa maîtrise du latin qui le place d’emblée en interlocuteur d’un Richelieu ou d’un Robert d’Andilly », alors que pour la plupart des aristocrates, un peintre n’est toujours qu’un artisan, qu’un prestataire. Plus loin, il imagine que le revirement stylistique qu’il croit pouvoir constater à Pont-sur-Seine, cette accentuation dans le rendu de la structure, découle de l’influence des « conceptions » de Lemercier, avec lequel il aurait eu « des rapports, une conversation dont rend admirablement compte l’impérieux portrait de l’architecte, fait en 1644 ». ...

70. Déjà, J. Goncalves ignore la notion même de portrait de convention ou de portrait flatté, quand le commanditaire appartient soit aux classes sociales les plus élevées, soit est réputé être proche de l’artiste. Toutefois, Claude Bouthillier l’inspire particulièrement : dans la Vierge au rosaire de Pont-sur-Seine (tableau qu’il place dans les années 1620), il imagine que le petit le chien à la torche, attribut de saint Dominique, pourrait être un témoignage éventuel du mariage des Bouthillier en 1606 (!) et de leur fidélité, puisque selon lui « l’attentive sympathie portée par l’artiste à son modelé va au-delà du simple énoncé ». Faisant de même à Lerné, il y annonce le traitement qu’il fera subir au chien des enfants Montmor et surtout, il illustre, ici comme ailleurs, tout ce qui sépare la recréation romanesque de l’étude sérieuse. De même quand, malgré « des différences remarquables », il refuse à l’atelier (« entraîné à des expressions de convention et à un art décoratif ») l’exécution de la version troyenne (saisie à Pont) de la Réception du duc de Longueville, il conclut, péremptoire : « non ce ne sont pas là des commanditaires à abandonner à quelque exécutant » !

71. « [Richelieu] aura été surtout sensible et disposé plus qu’aucun autre « protecteur » potentiel, au point même de se proposer comme unique sujet d’étude, puisqu’il confisqua presque littéralement à son profit les dons prometteurs du peintre » (assertion copiée collée et extrapolée plus loin : « le cardinal confisqua littéralement à son profit [ses] qualités de portraitiste « ), « Richelieu eut l’immense mérite de se prêter patiemment à l’enquête et de [la] susciter lui-même par de nombreuses commandes ». Citons encore, dans ce style si personnel : « Curieuse école ! Avec quel client Champaigne faisait-il ses gammes ! », Outre qu’il compare le cardinal-ministre, tel qu’il est représenté dans l’effigie de Chantilly, à « un bourgeois affairé », d’autres erreurs en découlent : « on ne soulignera jamais assez l’originalité autant que la conviction d’une appropriation basée sur une relation unique entre le peintre et son modèle, si bien qu’on ne saurait arrêter qui des deux est le plus disponible envers l’autre » [sic]. Ainsi Champaigne peut le « réinventer, avec une maestria plus grande que s’il s’était agi d’une création hors de tout contexte, dans la dernière et plus sublime effigie » soit, pour lui, celle de la Sorbonne.

72. N’étant pas à une contradiction près, il soulignait, dans un chapitre précédent « l’exceptionnelle qualité picturale et psychologique du visage » de l’effigie inachevée de Chantilly. Mais au moment d’évoquer la période de la Fronde, il préférera insister sur le « sombre donjon » de Vincennes », à l’arrière-plan, qui est pourtant en pleine lumière. De même, écrire que « Mazarin n’a pas de l’art les conceptions ambitieuses, patriarcales de Richelieu », c’est rester à une vision idéologique dépassée, et oublier son rôle de véritable « patron » romain, justement remis en lumière par de récents travaux. C’est ignorer l’idée que Mazarin se faisait de l’art et de la commandite comme vecteur de propagande et de faste, porté par lui puis par Colbert, qui fut son principal collaborateur, à un niveau jamais atteint ni même envisageable à l’époque de Richelieu.

73. José Goncalves oppose son portrait de Louis XIII, « auquel l’obligeait le titre envié de Peintre du Roi », qui serait une œuvre « protocolaire et distante, le souverain lui ayant toujours préféré Simon Vouet » (sic), aux différents Richelieu qui traduisent « l’harmonie toujours plus nette des rapports entre lui et le cardinal [ :] humilité et respect, docilité entendue autant qu’enthousiasme partisan, intime compréhension du modèle ou recréation inspirée ». Il va jusqu’à se persuader que, dans le dernier des grands portraits en pied, le peintre aboutit avec ce Richelieu à sa « chose » [sic] » puisque « sa seule raison d’être supplée à toute idée de propagande ». On en préfèrerait presque cet autre passage : « d’exceptionnels portraits nous rapportent les [traits] de Jules César, Alexandre, Louis XIV ou Napoléon, mais aucun n’approche de ce monde ou Ak[h]enaton, La jeune fille au turban et la Joconde accueillent le dernier en date, [le] Richelieu de la Sorbonne ».

74. J. Goncalves pose que Zurbaran, qui « se veut » peintre religieux, « exécute sans la moindre arrière-pensée et avec une docilité touchante des commandes dûment codifiées » alors que Champaigne « donne[rait] en chaque œuvre l’avantage à l’homme, sa place, son échelle, à l’encontre parfois de la doctrine à illustrer » [sic]. Il évoque ailleurs « sa défiance instinctive vis-à-vis des dogmes de l’Église autant que du pouvoir », affirmant que « l’extrême concertation idéologique [de ses œuvres] ne pouvait être le fait des seuls commanditaires et des amis de l’artiste ». Ailleurs, précédant de près d’un siècle la réalité, il considère que par l’instauration (plus laborieuse qu’il ne l’écrit) des Salons, « les artistes se donnent les moyens de créer des œuvres à leur idée. Le client n’est plus en amont mais en aval de l’œuvre » et Jean-Baptiste de Champaigne aurait été l’un de ces « partisan[s] des propositions, des avances, par l’intermédiaire du Salon » ….

75. L’interprétation qu’il fait de la galerie des Hommes Illustres et de l’étape antérieure que constituerait la Réception du duc de Longueville en 1634, puisque Champaigne serait à lui seul chargé de « donner une forme picturale à la politique d’affermissement de la monarchie conduite par Richelieu « , est d’autant plus savoureuse que tous deux étaient situés dans l’un de ces « lieux aristocratiques » et « confidentiels », que Goncalves critique, et donc loin du public auquel il les croit destinés. Outre le fait que les sources mentionnent, bien évidemment, plusieurs autres portraits commémoratifs dans la chapelle de l’Ordre, sise dans l’église des Grands-Augustins, ce n’est pas la réussite de ce tableau qui a offert au peintre « une faveur nouvelle et durable » et « les plus prestigieuses commandes ». Il n’est pas non plus l’illustration symbolique que Goncalves veut lui donner pendant plusieurs paragraphes, de l’expression d’un pouvoir et d’’une soumission symbolique à Richelieu sinon à sa politique.

76. Dès ses premières lignes on le voit ainsi affirmer : « Au repli superbe de Poussin répond l’engagement de Champaigne », puis « de rares anecdotes et témoignages anciens [non précisés mais extrapolés] imposent la singulière indépendance d’un artiste qui dès ses débuts accumule les refus délibérés et les prises de position », ce que les sources - et les faits - démentent largement. A propos du Richelieu du Louvre, il juge que Champaigne « apparaît enfin comme l’allié de carrure suffisante pour prêter main forte, par les moyens qui sont les siens, à l’homme politique qui eut l’intelligence de savoir attendre » [sic]. Plus loin, J. Goncalves considère que la Grande Cène est « au-delà de son exceptionnelle sérénité, une bannière revendicatrice [sic], qui précédait largement l’entrée en campagne de Pascal avec ses Provinciales ». Interprétation « active » qu’il reprendra à plusieurs reprises. Il est tellement attaché à vouloir donner une conscience et, surtout, un rôle politique au seul Champaigne qu’il feint d’ignorer le rôle diplomatique bien réel qu’a souvent eu Rubens.

77. Pour J. Goncalves, il est « logique » que Champaigne, déjà employé, avec Vouet, Stella et Poussin, au décor du Noviciat des Jésuites, soit ensuite sollicité « dans la foulée » pour leur église. C’est faire bien peu de cas du principal mécène du Noviciat, Francois Sublet des Noyers, alors Surintendant des Bâtiments, et ignorer que le choix d’un peintre n’a guère de rapports avec d’éventuels conflits idéologiques ou dogmatiques : Champaigne n’est pas aux yeux des Jésuites, le « peintre déclaré de Port-Royal » (cliché dont il abuse). C’est d’ailleurs, avec la même « logique », que J. Goncalves donne au seul Philippe l’ensemble des tableaux du Val-de-Grâce puisqu’il est - pour lui - « inconcevable » qu’ayant travaillé dans les appartements Royaux, Champaigne ne soit pas sollicité pour l’église. Ailleurs, il avance que là ou Rembrandt monologue, « Champaigne veut sympathiser avec le client anonyme », cette « disponibilité du peintre envers sa clientèle expliquerait que son prestige auprès du public comme de la critique ait été largement compromis ».

78. Quel dommage que cette vision rigide, erronée et presque fictive (car il existe des cas particuliers), soit démentie par la réalité des archives et les mentions, si fréquentes, de « desseins arrêtés entre les partyes » ou de la nécessité de soumettre une esquisse ou un modello, pratique bien réelle confortée, si besoin est, par les quelques dessins « de contrat » dont on dispose. De même, J. Goncalves tout à sa volonté d’imposer « son » hypothèse comme une réalité, est capable d’affirmer, à propos du Val-de-Grâce, que « le payement de 800 livres à l’artiste en 1656, pour diverses peintures, correspond certainement, pour l’essentiel à des ajustements » et non à des tableaux.

79. Champaigne « dans l’atelier de Lalleman[t], avait dû travailler en priorité pour des commanditaires privés [sic], qu’il aurait pu privilégier, avec le registre du portrait comme activité régulière, il n’en fit rien », et pour cause : même si les tableaux d’église restaient relativement mal payés, aucun peintre n’aurait pu survivre à l’époque avec comme seule activité celle de « tirer » des portraits… J. Goncalves n’y voit qu’une « préférence donnée au courant culturel d’inspiration italienne [au] lieu d’une veine sur laquelle l’aurait plutôt conduit son héritage flamand », concluant même que « cette voie royale n’était pas aussi sécurisante que la clientèle privée ».

80. Sa volonté de le dissocier de Rubens (« la défiance de Champaigne à son égard semble avoir été grande », « il semble avoir délibérément développé son œuvre [en] se démarquant délibérément d’un modèle incontournable », « le seul de sa génération qui se soit tenu volontairement [sic] à distance de l’attraction de Rubens ») évoque, encore une fois, l’ouvrage écrit par A. Gazier en 1893. Mais tout à ses démonstrations, il se contredit vite : Champaigne devient, un peu plus loin, « pas moins attentif à en recueillir les multiples leçons », puisque les tableaux de la suite de Marie de Médicis « développent aussi de manière combien grandiose et exaltante les aspects les plus positifs, les plus attendus, de la peinture italienne ». Ainsi l’ « écriture ondulante et les formes mouvementées » du Louis XIII couronné par la Victoire, « témoignent d’un long dialogue avec le cycle Médicis ». J. Goncalves fait de même avec le maniérisme qui lui serait « étranger » et dont il avait « fait le tour » en 1625 : il écrit ailleurs qu’il « restera longtemps fidèle à certaines de ses formules ».

81. « [Cette] sécurité toute relative des Pays-Bas méridionaux [au] prix de l’identité nationale, qui avait donc des allures de trahison vis-à-vis des provinces sœurs… n’a pu que laisser de profondes empreintes sur la psychologie complète de l’artiste ». Cette vision aussi pré-jugeuse que fausse teintera malheureusement beaucoup de ses raisonnements : « il faut voir dans cette exigence singulière pour les Écritures… l’expression d’une défiance inconsciente, instinctive, vis-à-vis d’un militantisme superficiel de l’Église, rendu d’autant plus suspect qu’il a servi d’alibi aux atrocités espagnoles dans les Pays-Bas ». A propos du Jansénisme ou de la Fronde, J. Goncalves évoque cette « sympathie immédiate, foncière du jeune artiste pour tout ce qui s’oppose au triomphalisme jésuite, dont il avait appris à se défier depuis son apprentissage à Bruxelles » ou affirme : « comment par exemple ne pas assimiler son engagement dans les événements de la Fronde à une condamnation implicite, a posteriori, de l’indécision opportuniste de Rubens envers l’autorité espagnole », « les jansénistes, présentés par le pouvoir comme des rebelles comme pouvaient l’être les indépendantistes des pays du nord, aux yeux des Espagnols, le parallèle s’impose », etc. On le constate jusque dans les dernières pages de l’essai et la signification qu’il donne aux Deux têtes coupées de Bayeux…

82. « Que la carrière prometteuse de l’artiste se soit développée dans l’environnement de la préciosité, que cet environnement social et humain l’ait accompagné jusque dans ses orientations de la maturité, ne fait guère de doute. [C’est] le principal et le plus décisif des outils d’intégration et d’ascension sociale qu’ait trouvé le peintre. Ils l’ont été pour Richelieu et pour Voiture, comme ils le seront, plus tard, pour Bossuet, Pascal, et La Fontaine ». Alors qu’importe si, derrière « un fort caractère de probabilité », « aucune source [ni] aucun témoignage contemporain ne le cite comme habitué de quelque cercle que ce soit » puisque, dans ses portraits, « il semble désormais sympathiser avec ses modèles » et qu’il « imitera leur exemple en plaçant ses filles dans le couvent de Port-Royal ». Cette vision assez fictionnelle ne tient aucun compte des travaux récents, même si J. Goncalves renvoie à la seule étude (citée sans date) de N. Aronson.

83. C’est sans doute cette même vision qui l’amène à qualifier le salon des Guénégaud à l’hôtel de Nevers « d’esprit déjà plus bourgeois » que celui de la marquise de Sablé, même si ses habitués, à l’image de Mme de Lafayette, sont eux aussi au sommet de la hiérarchie sociale ou le fait extrapoler sur « la place prise par les femmes dans la vie intellectuelle et politique [qui] est un autre aspect particulier de cette époque, une conséquence de cette évolution et qui en accuse par contraste les limites ».

84. Ainsi, « loin de constituer une société élitiste renfermée sur elle-même, ces salons se voulaient ouverts à toutes les bonnes volontés. Contrairement à la Cour où une étiquette pointilleuse avait pour fonction de préserver les barrières et les hiérarchies fondées sur la naissance, ce prestigieux salon [celui de Mme de Rambouillet] favorisait les mélanges sociaux : les affinités entre individus s’y déclaraient avec évidence et spontanéité, par des rapports sociaux fondés sur la convivialité et les loisirs, la culture et l’éducation. Aussi les plus humbles conditions trouvaient elles à s’y insérer ». Ce qui ne l’empêche pas, un peu plus loin de se contredire, en évoquant à leur propos, « une société élitiste ». Entre temps, à l’image de ses modèles du XIXe siècle, il conclut que « Cette érudition qui ne se limite pas à la seule connaissance des ouvrages en langue vulgaire, faisait de lui, à n’en pas douter, un digne participant aux réunions littéraires de la marquise de Vivonne ».

85. Ici comme ailleurs, J. Goncalves essaye de donner de la pertinence à des coïncidences ou à des éléments qui n’ont rien à voir : l’année où Vincent Voiture est introduit à l’hôtel de Rambouillet « est aussi celle, décisive, où le peintre quitte l’atelier privé [sic] de Georges Lallemant pour intégrer l’équipe du Luxembourg ; Richelieu est cette même année imposé par Marie de Médicis au Conseil du Roi. On le voit, le chemin qui mène à l’hôtel de Rambouillet était tout tracé pour le jeune peintre ». N’étant pas à un mélange près, le voila qui prétend que « Sa formation chez le maniériste Lallemant l’a aussi doté des armes nécessaires pour évoluer dans la société précieuse. Il a appris, à son exemple, le raffinement des matières et des couleurs, la noblesse des intentions et des gestes… Le maniérisme de Lallemant, l’italianisme de Duchesne sont d’autres échos de l’ascendance de la marquise de Vivonne qui a véritablement orienté et formé le goût artistique du début du siècle ».

86. Il y voit, d’ailleurs, le chantier de décoration « le plus enlevé, le plus désinvolte [sic] qu’il se peut trouver alors dans la capitale ». Un autre exemple de fantaisie historique le voit attribuer à Duchesne une composition gravée que sa lettre donne pourtant à son gendre. Outre son parti-pris erronée sur la chronologie du chantier du Luxembourg, possible destination du tableau, il considère même que le « Champaigne fecit » confirmerait « indirectement » sa nouvelle attribution, puisque « seul l’héritier des droits de Duchesne, son successeur et gendre pouvait reprendre à son compte la totalité des réalisations de celui-ci », ce qui inclurait donc des compositions expressément attribuées à son gendre et les attributions pour le moins fragiles de l’auteur.

87. « Champaigne pouvait d’autant moins ignorer les cercles précieux que le palais du Luxembourg qu’il décorait dans le même temps imitait pompeusement, à défaut de ne pas réussir à le concurrencer, l’hôtel de Rambouillet ».

88. Outre sa reconstruction de l’activité et de l’atelier de Duchesne à partir de la date erronée de mai 1625, on appréciera son extrapolation d’ « un autre ensemble décoratif [qui] se situerait au dessus de l’étage de Marie de Médicis : huit salles au moins qui, n’étant pas incluses dans le parcours officiel, n’ayant donc pas été décrites, n’en possédaient pas moins un inévitable décor de lambris et de peintures… ». Sa certitude leçonneuse n’étant jamais loin, il conclut que « les historiens ont donc concentré leur recherche d’œuvres de Champaigne » dans le seul espace du palais « où il ne pouvait s’en trouver aucune » …

89. Ainsi, inconscient des pratiques réelles, ne serait-ce, par exemple, que le temps de latence qu’impose le séchage des stucs, J. Goncalves affirme que « plus de quatre ans d’activité à décorer huit salles des appartements de Marie de Médicis et la future galerie devant recevoir les tableaux de Rubens, c’est plus de temps qu’il n’en faut à des corps de métiers complémentaires, [sans] devoir déborder sur la période » où il situe l’activité de Champaigne. Mélangeant des choses qui ne peuvent se comparer, il poursuit - et s’enfonce : « Rubens lui-même dut composer avec un délai de trois années pour mener à bien la décoration autrement complexe de la Galerie Médicis [,] la part des peintures dues à l’atelier de Duchesne étant donc limitée, il n’est pas concevable que les travaux de décoration aient dépassé le 16 mai 1625 [fiançailles d’Henriette de France, future reine d’Angleterre, célébrées au Luxembourg]. Félibien atteste indirectement de cet achèvement [sic] en attribuant à Poussin, parti pour l’Italie en 1624, la paternité de « quelques petits ouvrages dans certains lambris des appartements ».

90. Un bel exemple de ses contradictions est ce moment où J. Goncalves, après s’être efforcé de lui attribuer un certain nombre d’œuvres, tentatives qu’il multiplie, avec les mêmes fragilités et les mêmes erreurs, dans son catalogue, évoque « notre totale ignorance du style » de Nicolas Duchesne. Contradiction ? Hypothèse vite érigée en certitude ?! Duchesne travaille à Fontainebleau « vraisemblablement auprès, ou sous les ordres de Dubois » devenant, deux pages plus loin, le « collaborateur et successeur de Dubois à Fontainebleau ». De même, J. Goncalves n’hésite pas à affirmer qu’il rejoint, à son retour de Bruxelles, « un noyau déjà opérationnel » [sic] qui a été constitué « pour faire sinon du Duchesne tout au moins de la peinture italianisante ». Dès lors, Champaigne n’a pu influer « sur la force d’inertie » de cette équipe puisque sa direction se « limite à trois ans et demi [sur] les six années de son activité pour Marie de Médicis » …

91. Ainsi, à propos des œuvres de la période du Luxembourg, peintes « sans le moindre doute possible, avant son arrivée dans l’équipe de Duchesne » : « Il n’est pas concevable d’envisager que Marie de Médicis ait emménagé dans des pièces nues de toute peinture. […] La reine mère aurait habité des locaux en travaux, […] l’on voit ici l’artificialité de cette hypothèse », etc. Or, sur le site de la Tribune de l’Art, D. Rykner avait souligné, dès 2003, l’erreur que J. Goncalves commettait ainsi. De plus, ces espaces n’étaient pas vierges de toute décoration puisqu’on sait, depuis longtemps, que le décor du Luxembourg - comme celui du Val-de-Grâce, autre « grand moment » de son étude - ne se limitait pas aux seules peintures.

92. Par exemple, prétexter « une connaissance de l’art italien que Duchesne devait absolument posséder pour être investi en 1621 de la décoration du palais », alors que le décor du Palais du Luxembourg ne saurait être purement italien. Ou quand J. Goncalves affirme : « on prétend donner au seul Champaigne toute peinture touchant de près ou de loin au décor du Luxembourg », assertion démentie par les travaux récents, puisque d’autres auteurs ont notamment prononcé le nom de Mosnier pour les Anges ou celui de Juste d’Egmont pour certains vestiges de la Salle du Livre d’Or.

93. LAnge avec une harpe est, selon J. Goncalves, « la citation fidèle, identique jusque dans la simplification sommaire de l’instrument » d’un des Six anges musiciens d’Ambroise Dubois. Or, une rapide superposition des leurs reproductions, à quelques pages d’intervalle, dément immédiatement son affirmation, ne serait-ce que dans la position du bras, pour ne rien dire des différences stylistiques. De même, l’absence des caractéristiques qu’il prête à l’usage du support de bois (« dessin précis, couleurs lumineuse, et l’extrême subtilité du modelé ») indiqueraient que l’auteur des Anges musiciens « ne connaissait pas les potentialités de ce support spécifique » (ce qui permettrait d’écarter l’hypothèse « flamande » et donc Champaigne). Vouloir l’opposer à la « grande finesse d’exécution » de la Félicité Publique de Gentileschi, c’est surtout ne pas tenir compte de l’emplacement du tableau : un oratoire, pièce par essence privée et de dimensions réduites, où il était certainement intégré dans une architecture de bois.

94. Ainsi, parmi les décors remontés dans la Salle du Livre d’Or, « Le Triomphe de Neptune présente de si troublantes similitudes avec la partie gauche du Triomphe de Neptune & Amphitrite de Poussin [le chef-d’œuvre de Philadelphie], que ce serait là sa première œuvre connue [sic]. Selon J. Goncalves cela expliquerait aussi que le « profil festonné de la coupe au sol dans l’Adoration des Mages du Mans rappelle le même motif de la conque du Triomphe de Neptune ». Outre le simplisme de l’argument, ici comme ailleurs, nous chercherons encore longtemps de véritables similitudes.

95. Nicolas Poussin est « plus expérimenté pour être passé par l’atelier de Georges Lalleman[t] et chez le portraitiste Ferdinand Elle, [or] avantage non négligeable sur un chantier attelé [sic] à multiplier les références à l’art italien, il a déjà fait un premier et bref séjour dans la Péninsule. Quant à son admiration pour les fresques de Primatice et Rosso Fiorentino à Fontainebleau ; c’est là une communauté de vues susceptible de le privilégier sur tout autre membre de l’équipe [quid des compétences techniques ?]. Il n’y a aucune raison pour que Philippe de Champaigne se voie confier des tableaux aussi importants pour l’exécution desquels Poussin était mieux armé ». N’étant pas à une extrapolation près, le témoignage de Félibien attesterait de « la participation de Poussin aux seuls « petits ouvrages » des lambris qui nous sont parvenus ».

96. Parmi les tableaux que J. Goncalves cherche à restituer à Nicolas Duchesne, dont, malgré ses affirmations, personne ne conteste les talents de peintre (décorateur), il y a l’Adoration des mages du Mans. Surinvestissant le roi noir de ce tableau, il estime qu’à sa place, Rubens n’aurait fait qu’en « utilise[r] le pittoresque « [sic], tandis que son supposé Duchesne, le dote « d’un rôle structurel prépondérant ». Il va même plus loin puisque le mur de l’étable (que Rubens aurait doté d’un ordre corinthien « décoratif » !) qui signifierait « deux mondes », est « peut-être encore plus prophétique : n’a-t-il pas la fonction et la dimension même de la Croix… suggérant au moment de la naissance du Christ sa Passion ». A ce niveau, on ne peut même plus parler de myopie…

97. Discerner des témoignages politiques du soutien de l’artiste aux Frondeurs non seulement dans le Portrait des enfants Montmor (ill. 4), mais aussi dans la Translation des saint Gervais et Protais, comme de voir une manifestation publique de son soutien aux Jansénistes dans l’Ex-Voto, œuvre personnelle, intime, et restée - quoiqu’il essaye de démontrer - invisible du public, ferait presque sourire. Ailleurs, J. Goncalves, qui confond allégrement Etienne Chevalier et Etienne Marcel [sic] dans le tableau de Fouquet, conservé à Berlin, extrapole que les Deux Têtes coupées de Bayeux, tableau pourtant plus proche d’un Valdes Leal mais selon lui « incontestable », sont un témoignage de la mise à mort des frères De Witte, à La Haye en 1672… J. Goncalves y voit un témoignage de la solidarité de Champaigne avec le peuple batave révolté contre ses « oppresseurs » …

98. « Philippe de la Trémoille est un digne représentant de cette aristocratie à bout de souffle, doutant d’elle-même [sic] atteinte dans ses fondements sociaux et religieux par les vues absolutistes de Richelieu, et fuyant jusque dans le salon des Rambouillet les raideurs protocolaires de la Cour dont elle subit de plus en plus les contraintes sans en connaître les bénéfices ». Sommes nous ici en 2009 ou au XIXe siècle ?

99. Le traitement qu’il fait subir au Vœu de Louis XIII en offre un exemple parmi d’autres, où l’on passe des assertions gratuites (« une des raisons de ses sympathies envers le Jansénisme tient à la place de premier plan que celui-ci fait à Jésus-Christ, homme avant que d’être fils de Dieu ») aux erreurs de plus en plus sérieuses : « les hommes y gagnent d’aplomb jusqu’à soutenir un dialogue équilibré avec le Ciel », puis « Champaigne supprimant la hiérarchie jusqu’à lui admise, minimisant la puissance ou l’importance du divin et offrant d’autant une plus large liberté d’action à l’homme ». Ainsi, tandis que « ses illustres prédécesseurs avaient foi dans ce qu’il représentaient, et cautionnaient par leur art l’échelle des valeurs, [Champaigne] n’entend[rait] qu’une seule voix celle de l’individu ». Torsion anachronique et erronée qu’il fera notamment subir aux enfants Montmor comme à l’un des épisodes de saint Gervais et saint Protais

100. Contentons-nous de rappeler ces mots de bon sens : « L’œuvre du musée de Reims n’est pas un unicum dans l’art de son temps, son créateur connaissait certainement les aristocratiques portraits d’enfants de Van Dyck, et il est fort possible qu’il ait vu le portrait des enfants du duc de Bouillon, récemment envoyé de Rome par Pierre Mignard. […] Le monde des enfants Habert est à l’écart de la société des adultes » (cf. le catalogue d’exposition Philippe de Champaigne. Entre politique et dévotion, Lille-Genève, 2006-2007, p. 267-268, cat. 79 [notice de J-C Boyer]). Est-il besoin de rappeler que le chien si « protecteur » évoqué par J. Goncalves, à plutôt l’apparence d’une levrette qui cherche à jouer avec la tétine ou le hochet d’un de ses jeunes maîtres ?

101. Déjà, à propos de la Présentation au Temple de Dijon, J. Goncalves affirme que « la symbolique des couleurs se stabilise ici jusqu’à atteindre une formulation définitive : bleu et rouge pour la Vierge, jaune et bleu pour Joseph ». Or, pour lui, cette « affirmation du sens par la couleur [est] la conséquence de l’ampleur du programme [du Carmel] », pas celle du Concile. De même, le rapprochement de l’expérience mariale (la Mère Supérieure proche d’une Annonciation) et du message christique (la position couchée de la miraculée pouvant évoquer une Déploration), qui serait une singularité de l’Ex-Voto, correspond à l’une des dispositions primordiales de la Contre-Réforme adaptées à la sensibilité française par le cardinal de Bérulle. Rappelons, pour mémoire, que ce double dispositif avait été utilisé, une quinzaine d’années plus tôt, par Simon Vouet à la voûte de la chapelle Séguier, qui fut l’un des proches du cardinal.

102. L’un des sommets concerne la malheureuse sainte Julienne : « l’iconographie, exceptionnelle de la sainte Julienne qui recourt à la scène de genre [où] le contenant prend tout son sens [est] une des œuvres les plus hollandaises de Philippe de Champaigne… L’attitude de la sainte a aussi donné celle de la Régente dans Anne d’Autriche et ses enfants [sic] … Le motif architectural [modénature du pilastre et de la base de colonne] est inspiré de l’église de la Sorbonne [et] du même monument découlait d’ailleurs la fenêtre dans son état primitif ». Mais qu’attendre d’un auteur qui est ailleurs capable d’envisager que la Sainte Face, tableau de dévotion très privée, ait pu servir de » possible base de colonne d’autel en relation avec le Christ en Croix de Toulouse » …

103. Champaigne y superposerait « très consciemment » trois thèmes distincts : « la Descente de Croix, la Déploration sur le Christ mort par l’intermédiaire de l’angelot éploré, et l’Adoration des Mages » [sic]. Oubliant la singularité du thème, il voit l’origine de cette confrontation d’un personnage laïc et de deux personnes sacrées, dans les saint Luc peignant la Vierge, dont il ne cite que les interprétations de Roger Van der Weyden et Hugo Van der Goes, et juge que « les rôles de Marie et de Jésus y sont réduits au possible » ! Plus loin (chapitre 9), il s’étonne que le « paysage » du Vœu de Louis XIII » reste « vide », terme particulièrement anachronique alors que ce tableau, comme l’Ex-Voto, dont il critique ailleurs le « désordre perspectif » [sic], a vocation à être hors lieu, hors temps…

104. Les premières lignes de son développement sur Pont-sur-Seine offrent un assez bel exemple de ce mélange entre simplisme et leçon : « L’analogie des programmes iconographiques de la Sorbonne et de l’église Saint-Martin de Pont-sur-Seine mérite d’être soulignée comme relevant d’une paternité commune de conception, sinon d’exécution : des anges animent les voûtes [et] au niveau inférieur…rois et prophètes répondent aux Quatre Pères de l’Église. Ignorées, ces affinités furent ensuite combattues au moyen d’une datation arbitraire et irrecevable… » J. Goncalves fait ici référence (en note) au cours donné par N. Sainte Fare-Garnot à l’École du Louvre et n’oublie pas de citer les deux articles qu’il a successivement consacrés à cet ensemble, où se manifeste, d’une année à l’autre, son art du copié-collé, poursuivi dans ces pages.

105. Ainsi des Paysages du Val-de-Grâce : la violence qu’il manifeste pour tenter de ridiculiser l’hypothèse récente de tableaux alors placés à angle droit, puis le développement verbeux où il assimile son hypothèse à une évidence, soulignent simplement la vision simpliste qu’a J. Goncalves de l’utilisation d’un tableau comme élément de décor au XVIIe siècle. Un a priori déjà constaté pour le Luxembourg. Outre les mutilations et les traces de pliure que présentent ces paysages, il suffirait de les insérer dans un lambris pour qu’ils tiennent en place, et pour constater cela, « point n’est besoin d’être peintre ». Quant au plafond de format rectangulaire pour une salle de section carrée, outre de nombreux exemples de plafonds à caissons, nous rappellerons ici que dans la chapelle Tubeuf à l’Oratoire, dont la voûte est en arrondi, le tableau « plafonnant » de Champaigne avait été installé en biais afin de dissimuler, tout en le préservant, le premier plafond peint, toujours visible aujourd’hui.

106. Dans l’église de la Sorbonne, malgré le silence ou les contradictions apportées par les sources anciennes, le plan gravé de Bernard et le dessin des autels latéraux paraissent suffisants à J. Goncalves pour avancer des hypothèses de localisation pourtant peu probantes (Richelieu de Varsovie, Adoration des Bergers de la Wallace). Ce parti pris devient plus périlleux (euphémisme) quand il s’agit de contester, bouleverser et, selon lui, renouveler ce qu’on sait du décor de Port-Royal des Champs, à partir de ses critères et des gravures sommaires de Madeleine Hortemels. Parmi d’autres exemples, citons la disposition et la présence de « l’arbuste se découpant sur la porte de la ville », dans la Vierge de Pitié conservée à Leipzig, ce serait donc celle-ci « qui a été peint[e] pour la gravure de Edelinck ». Ailleurs, le fait que les personnages de la seule version gravée de la Fuite en Égypte portent une auréole [probable licence du graveur], comme dans [le cycle de] saint Benoît, « exclut définitivement de ce décor le tableau de Senlis ». De même, l’absence du Crucifix, dans l’estampe de la sainte Julienne, « certainement imputable à Philippe de Champaigne [sic] laisserait entendre que le graveur aurait travaillé d’après un modèle distinct, […] sans doute une peinture d’autel » dont ce tableau ne serait que l’étude, etc.

107. C’est encore le Christ et la Samaritaine qui en offre un parfait [contre-]exemple : « Deux des innombrables répliques et copies connues, en provenance l’une de Port-Royal et l’autre de l’église du Carmel, transitèrent par le dépôt révolutionnaire des Petits-Augustins, voilà donc l’origine de la confusion entre l’une et l’autre, entre l’original et la copie de même diamètre ». J. Goncalves ayant daté, avec sa « méthode » stylistique, la toile de Caen vers 1644, il « [lui] semble plus vraisemblable » qu’elle provienne de l’église du Carmel. De même, face aux deux versions de l’Ecce Homo, il décrète que la mention - révolutionnaire - de « grand tableau » ne s’appliquerait ici qu’à la figure, « grandeur nature », ce qui « laisse donc le champ libre pour reconnaître » le tableau des Barnabites dans celui aujourd’hui conservé aux Musée des Granges

108. Pour le tableau de Montigy-Lencoup, J. Goncalves prend prétexte du silence de Félbien et de Symonds, lequel « aurait fort bien pu rencontrer l’artiste » [sic] pour dénier toute valeur au « seul témoignage, singulièrement fragile, d’un homme de la fin du siècle : Guillet de Saint-Georges ». Or la collaboration entre Lallemant et Champaigne, qu’évoque Guillet vient d’être confirmée par la découverte du dessin de Lallemant pour la sainte Geneviève (que J. Goncalves a sans doute vu récemment exposé à Port-Royal). Ensuite, fort de son ignorance des pratiques d’atelier, et n’hésitant pas à se contredire sur la formation initiale du peintre et sur ses capacités, il y voit « le premier tableau de Philippe de Champaigne qui nous soit parvenu ».

109. Abordant les tableaux du Carmel de l’Incarnation, et malgré les nombreux témoignages de contemporains, c’est la seule différence de facture et de qualité des tableaux qui l’amène à corriger, trois siècles plus tard, la description et les arguments de Félibien, puisque « son information est incomplète » [sic] et qu’il « ne tient aucunement compte du fonctionnement d’un atelier » [parole d’expert…]. De même, il conteste la datation de 1637, récemment proposée pour le tableau de Lyon, aux seuls motifs qu’il a cru y reconnaître la reine Marie de Médicis dans la figure de la Vierge, et que cela ne pourrait correspondre avec la réalisation d’un cycle qu’elle a « projeté avant 1628 ».

110. Dès 1987, en même temps que le symbolisme qu’il attribuait alors aux marches présentes dans plusieurs tableaux (« expression d’une évolution spirituelle, d’un enrichissement progressif de l’âme »), apparaissait celui des balustrades : « en avant d’un portrait en buste [elles] n’en sont que la variante qui distingue deux mondes hiérarchisés dans l’ordre du divin », parallèle qu’il ressert fréquemment ici.

111. Mélangeant deux décors dont la destination et la signification sont totalement différentes, J. Goncalves écrit que Richelieu s’y serait servi du cycle Médicis comme d’un (contre) modèle, puisqu’il en condamnerait le « vide idéologique [et] l’enfermement social », et qu’ « en les exhortant à déborder des lieux aristocratiques de plaisir et des cercles confidentiels de quelques esthètes [sic], Richelieu ouvre aux Arts l’espace exaltant et mobilisateur d’un état largement désorganisé par les séquelles des guerres de religion [afin de] porter jusque dans les parties les plus reculés du royaume l’image du Roi et l’évidence indiscutable d’une seule et même personne qui veille au bien commun ». Or, c’est le rôle joué depuis longtemps par les gravures, statues ou médailles. Il va même plus loin : « aucun lien affectif avec le commanditaire du programme pour qui les hommes représentés ne sont que des soldats qui ont joué un rôle politique, militaire ou religieux », alors que ce décor est avant tout un manifeste orgueilleux célébrant de grands serviteurs du Roi : ce ne sont ni des « tableaux qui s’adressent à des gens de passage », ni « une ennuyeuse convocation au sommet d’illustres français, à seule fin de faire nombre » [sic]. Enfin, il n’y a pas que trois effigies qui ont « réchappé de la destruction du Palais-Cardinal », événement totalement imaginé par notre auteur.

112. Myopie ? J. Goncalves évoque précisément le tableau de Londres dans son catalogue mais loin de reconnaître ses rapports avec la Galerie des Hommes Illustres, il pense pouvoir le restituer à Duchesne puisque la plupart des copies d’œuvres italiennes qui sont dans l’inventaire de Champaigne ne sauraient lui revenir…

113. Selon lui « le sujet [en est] véritablement la foule… par la profusion des figurants sans aucune hiérarchie [sic]… Champaigne donne la préférence à la foule plutôt qu’aux saints… les deux corps des saints martyres paraissent anecdotiques et fragiles, et même menacés [sic] par la frénésie aveugle de la dévotion populaire… ». Outre l’aveuglement idéologique puisque J. Goncalves fait de Champaigne un partisan de la Fronde parlementaire, à laquelle renverrait cette scène, c’est aussi un nouvel exemple de sa véritable myopie : le tableau (reproduit dans le corps du texte), est très strictement hiérarchisé.

114. Sa volonté de minorer l’influence du maître anversois, et sa « désinvolture brouillonne », se retrouve quand J. Goncalves aborde, non sans verbiage, la technique de Champaigne. Celui-ci « va développer une plus large gamme d’opacités que Rubens, sans affaiblir celle des transparences. Si Rubens est donc principalement guidé par un principe d’homogénéité, Philippe de Champaigne mise sur la conjonction des contraires, avec une technique de l’émulsion portée à l’apogée de ses possibilités », affirmation complétée ailleurs par cette phrase : « le sens du volume propre à Champaigne [le] distinguera toujours de la perméabilité de Rubens ».

115. L’un des plus beaux exemples est fourni par la Déploration sur le Christ mort (perdue mais connue par la gravure de S. Bernard), dont le modèle est manifestement à chercher vers Bologne, et les Carracci, mais qui pour lui revoie forcément à la Grande Sainte Famille de Raphael [sic], qui était « d’autant plus utilisable » comme modèle, « que l’orientation de son éclairage correspondait à celle de l’oratoire » recréé par ses soins ! De même, J. Goncalves voit un sujet analogue entre le Christ et les Ames du Purgatoire de Champaigne et les Saints et la Vierge intercédant auprès du Christ peint par Rubens pour les Dominicains d’Anvers, aujourd’hui à Lyon, similitudes démenties là encore par leur simple confrontation.

116. Dans l’Apothéose de Marie de Médicis, qui fait partie des décors reconstitués dans la Salle du Livre d’Or, il juge, sans doute sur photo, que « le bras de Marie de Médicis est long et mal articulé, la main est maintenue dans une ombre injustifiée… ». Dans le Ravissement de la Madeleine, malgré les évidences visuelles, « la pose de la sainte est plus un stéréotype que véritablement adaptée au contexte spatial ». Il fait le même reproche à l’esquisse pour l’une des compositions de la Petite Galerie du Palais-Cardinal récemment acquise par le Louvre, ne tenant aucun compte de son format ou de son objet, celui d’une maquette, d’une « mise en place « , hors de son contexte définitif.

117. Quand il cherche à rapprocher chronologiquement et stylistiquement le Louis XIII assis dans son trône du Louvre (son cat. 218) de l’Apparition des saint Gervais et Protais, J. Goncalves mentionne notamment qu’on y retrouve « le même modèle de siège curule ». C’est là une de ses plus belles « perles », puisqu’il fait mine d’oublier le souci « archéologique » de Champaigne : le Roi est assis sur le trône de Dagobert qui fait alors partie des regalia et que J. Goncalves pouvait - ou pourrait - aller examiner au cabinet des Médailles de la Bibliothèque Nationale.

118. Parmi de nombreux exemples, la comparaison qu’il permet, dans son catalogue, entre la gravure de l’Autoportrait (perdu) et le Portrait d’homme de Clermont-Ferrand, où il croit donc reconnaître un autoportrait, est l’un des nombreux exemples où, paradoxalement ou inconsciemment, J. Goncalves fournit lui-même la preuve tangible de l’absurdité de certains de ses rapprochements. Myopie ? Déjà, croyant reconnaître le peintre dans le jeune homme de droite de la Présentation au Temple de Dijon, il prétend que « la correspondance des traits avec l’Autoportrait [gravé de 1668] est confortée par l’orientation logique dans une telle acception de la lumière » [sic] ajoutant même « cette identification est d’autant plus crédible que dans la version de Saumur, [il] ne pouvait être conservé tel quel : plutôt que d’actualiser ses traits, l’artiste a préféré le supprimer ».

119. Dans l’essai comme dans le catalogue, il se base sur La Vierge à l’Enfant couronnée par les anges, gravée par Charles David en 1632, pour, non seulement la restituer à Duchesne, mais affirmer que « l’organisation quadrillée de la surface du tableau [sic], la composition centrale et symétrique et le remplissage géométrique de la surface picturale en négligeant les références spatiales, la densité sculpturale des formes, et le drapé de la Vierge qui évoque Michel-Ange » procèdent du maniérisme bellifontain.

120. Est-ce lui rendre hommage que d’affirmer combien Champaigne « séparait nettement, dans leur consistance, les dessus des dessous » ?! De même que penser de ce genre d’arguments : un « rapport de 1,8 » entre les dimensions données par Paillet pour le tableau placé sur l’autel de l’oratoire du Luxembourg et celles - somme toute courantes - du tableau du Mans, « ajouter[ait] » à son appartenance au décor de l’oratoire du Luxembourg. Plus loin, au Val-de-Grâce, la composition du Repas chez Simon « partagée en deux groupes égaux correspond[rait] aux deux fenêtres qui lui font face » [sic]. Enfin, « la délicatesse des ajouts » au cycle de saint Benoît recourt nécessairement à la seule « technique du XVIIe siècle » …

121. C’est dans les « grandes plages oranges » de la Réception du duc de Longueville que Champaigne « retient la leçon de Vouet ». Dans le Sermon sur la Montagne du musée Magnin, « la composition construite quasiment sur deux plans, celui de l’action [qui] se découpe sur celui du paysage » serait le dispositif de ses autres paysages. De même, « la configuration des rochers à l’arrière-plan à droite [de l’Adam & Eve de Vienne] et leur ressemblance avec le même motif dans le Paysage avec Paphnuce délivrant Thaïs. […] confortent la datation, parfois mise en doute de l’un et l’autre tableau ». Ailleurs, c’est tout simplement « l’attitude qui « conforte l’hypothèse d’une même attribution » ou « l’expression identique et l’éclat de la lumière » [sic] qui lui font « postuler une datation commune, soit vers 1657-1660 » entre le saint Jean-Baptiste de Grenoble et le saint Jacques des Central Picture Galleries (son cat. 205), etc.

122. Que penser de ce genre d’affirmations, exprimées par un peintre : « le cadrage en pied implique des concessions à la narration », des figures en mouvement sont « un expédient incontournable, par souci de variété, dans une figuration en pied », « la modestie de format conditionne la partition de la surface entre [la figure] et le paysage ». Est-ce un praticien qui évoque ici ou là, « l’opposition voulue et significative entre la profondeur architecturale et la frontalité des figures ou « l’austère verticalité des figures » qui s’opposerait « à l’éclatant jaillissement de lumière » ? J. Goncalves écrit encore, parmi d’autres « perles » que, dans l’Ascension du Val-de-Grâce, « le paysage et les tonalités sont d’un décoratif italianisant », « La palette lumineuse recourt essentiellement aux couleurs secondaires par lesquelles l’artiste assimile les modèles italiens », « L’ordonnance régulière en trois plans colorés : brun, vert, bleu, hérité de la tradition flamande n’est pas moins typique de l’art de Philippe de Champaigne », « l’alignement des arbres et le surhaussement de l’un d’entre eux, en silhouette contre le ciel, sont des traits caractéristiques développés ultérieurement », etc.

123. « Ne parlons pas systématiquement de glacis, mot employé à tort et à travers : la finesse d’une couche ne suffit pas à définir les glacis ! ». Plus loin, à propos de la chapelle Tubeuf, après avoir affirmé que « les affinités du Songe de Joseph de Londres avec la Nativité [de Lille] attestent d’une datation et d’une provenance commune », il ajoute que « la confrontation des formats en projection axonométrique confirme la réalité d’un ensemble [composé] de ces quatre tableaux ». Outre le fait qu’ « une disposition plane de la série » n’est pas « la seule envisagée par la critique « , le simplisme des critères stylistiques communs à ces toiles rapproche plus le terme choisi (« axonométrique ») de la pédanterie que de la pertinence. De même, lorsqu’il affirme qu’ « on peut évaluer approximativement à la moitié de la largeur des tableaux l’intervalle dévolu à l’encadrement architectural ».

124. Dans la Visitation, épisode du cycle que J. Goncalves voudrait restituer à Champaigne, il dit du Joseph, pourtant en tension, qu’il aurait hérité des « attitudes flageolantes » du Céphale et Procris qui fut exposé à Blois et à Florence, avec un Céphale et Diane (d’où proviendrait le « contrepoint » debout-assis face-profil des figures féminines !). Hypothèse pour hypothèse, ces deux derniers tableaux pourraient justement témoigner de l’art de Nicolas Duchesne.

125. Sa recréation du corpus hypothétique de Duchesne et, dans une moindre mesure, de celui des peintures de Jean Morin, est un modèle du genre. Ainsi, les deux principales toiles de Pont-sur-Seine doivent être « rendues à Nicolas Duchesne [car] on ne s’explique pas autrement leurs relations avec le maniérisme bellifontain, avec Ambroise Dubois en particulier, patentes dans le pittoresque narratif, l’échelle modeste des figures nombreuses, l’agitation accentuée par la lumière vive, la gestuelle de l’ange aux élégantes jambes effilées, la multiplicité des figures et des actions, les tenues des soldats visiblement inspirées de la série de Tancréte et de Clorinte [sic] etc ». Toutefois, « l’exécution doit revenir à Philippe de Champaigne, il n’est pour s’en convaincre que d’apprécier, entre autres détails volontaires, la définition précise et ferme de la belle main du soldat à terre » …

126. On pourrait évoquer ce qu’il dit de la Présentation au Temple de Dijon (« la froide harmonie d’ensemble, les contrastes et les couleurs primaires permettent de [la] situer dans la décennie 1640 »), ou sa conviction que « l’esthétique des couleurs primaires et la frontalité radicale [sic] » n’apparaîtraient qu’après 1648. De même, « rondeur et douceur du modelé, aménité de l’expression et lumière contrastée sont des traits » des années 1650, etc. Mais, l’un des meilleurs exemples est ce qu’il écrit pour introduire une image composée de clichés de détail parfait exemple de sa méthode : « il est évident qu’un tel traitement répétitif du drapé implique une datation commune pour des peintures [Songe d’Elie du Mans, Songe de Joseph de Londres, Assomption de Cherbourg et d’Alençon et Ange Gardien de l’ex-hôpital Laënnec] qui à ce jour été diversement datées [ :] 1638, 1643, 1645, 1656, et 1662 ».

127. Dans la notice de son cat. 84 (Le Christ aux outrages de Magny-les-Hameaux), J. Goncalves écrit que « la base de colonne composée d’une gorge comprimée entre deux tores identiques est un motif propre aux œuvres de l’année 1644… », même si, plus loin, il se corrige légèrement en affirmant que c’est celui de « beaucoup de tableaux » de… 1649 ! Ce qui rejoint une autre de ses affirmations (cf. le cat. 146, La Présentation au Temple de Ponce) : « De fait le dessin de la base de colonne n’apparaît pas chez Philippe de Champaigne avant 1648 ».

128. Dans son catalogue où elles ouvrent sa « Période Port-Royal », J. Goncalves pratique exactement, à l’égard des décors de Pont-sur-Seine, ce qu’il reprochait en 2003 à L. Pericolo : chercher à réfuter la date inscrite sur une œuvre. En effet, la date de 1636 apposée par les restaurateurs du XIXe siècle, même si elle peut être mal lue, peut aussi rappeler une précédente date. La datation catégorique de J. Goncalves (années 1640 pour les « fresques », la décennie suivante plus tard pour les panneaux) n’étant pas plus probante.

129. J. Goncalves évoquait, un peu auparavant, pour appuyer « l’autographie commune » des Deux Anges Musiciens et de l’Apothéose de Marie de Médicis, ce genre d’arguments simplistes : « une composition identique affrontant en contre plongée deux personnages assis, un visage de profil et l’autre de trois quarts, [le] coloris, etc. L’identité des deux œuvres se traduit aussi par l’éclairage des bras : ceux de notre côté sont dans la lumière, les deux autres dans l’ombre… ».

130. Ailleurs, avec la même myopie et les mêmes certitudes, il juge que le Roi noir de l’Adoration des Mages du Mans se présente comme « une transposition inversée » de l’un des Anges du Louvre ou que les drapés de l’Annonciation de Caen présentent « une évidente similitude » avec le cycle de Tancrède et Clorinde de Dubois et renverraient donc à un artiste qui « fut l’incontournable trait d’union » entre l’art de Fontainebleau et celui de Philippe de Champaigne. Outre ses maladresses, les couleurs de ce tableau « comme délavées » [sic] sont d’ailleurs « celles-là même des fresques de Fontainebleau » …

131. On retrouve notamment sa certitude que bien qu’ « oubliée jusqu’à perdre son attribution », c’est forcément cette Résurrection qui à servi de modèle à Noël Coypel, pour son tableau exécuté en 1700, aujourd’hui à Rennes ! Hypothèse pour hypothèse, nous serions de ceux pour lesquels le nom de Nicolas Prévost comme auteur possible des tableaux de Lerné apparaît beaucoup plus envisageable. Mais nous demeurons d’autant plus prudents que nous n’avons pas encore eu la possibilité d’aller examiner directement ces tableaux.

132. Ainsi, J. Goncalves croit pouvoir affirmer qu’il est « peu vraisemblable [que] Champaigne ait été aussi perméable à l’art et au message de son vieil ami s’il avait séjourné en Italie », alors que la visite à l’illustre compatriote fut longtemps, malgré les difficultés, l’un des souhaits des jeunes artistes séjournant à Rome. De même, il veut croire que tout ce que Champaigne imagine de l’art italien, « il croit le trouver, il l’attende de cet ami, l’aîné, l’oracle » [sic], ou que « l’autorité morale de chacun suscitait la curiosité de l’autre ». Or, si « aucun autre artiste n’avait su énoncer aussi précisément la spécificité, sinon de l’art italien, du moins de l’idée qu’on pouvait s’en faire », c’est que Poussin en offrait déjà une vision tamisée et intellectualisée. Ce qui n’empêche pas J. Goncalves d’affirmer que « l’ascendance de Poussin est plus manifeste chez Champaigne que chez tout autre artiste », et que « son « aisance didactique sera toujours un modèle pour le peintre de Port-Royal jusqu’à vouloir le contredire sur son propre terrain » lors de sa Conférence sur l’Eliezer & Rebecca.

133. Entre autres assertions assez « gratuites », on peut lire « L’opposant à Poussin, l’individuel l’emporte [dans ses œuvres] sur le collectif ». De même, nous aimerions savoir en quoi la présence d’ « au moins six lignes d’horizon, et le double de point de fuite » dans l’Ex-Voto, serait « la plus définitive réponse à ceux qui voient en Philippe de Champaigne un artiste froid et didactique, qualificatifs qui s’appliquent, à tout prendre, plus volontiers à Poussin ». Que l’on choisisse, à titre personnel, de préférer l’un ou l’autre de ces très grands peintres, cette assertion cumule les clichés. Surtout qu’ailleurs J. Goncalves évoque « les pauses spatiales vivifiantes que sait orchestrer Poussin [et] ces diversions dans le rythme martial » pourtant absentes dans les œuvres où Champaigne aurait subi son influence.

134. C’est l’occasion de belles affirmations, parfois teintées d’idéologie : « des réalisations restreintes sur place, peu concluantes et d’un enseignement contenu dans des cercles privés et gagnés d’avance ». J. Goncalves fait manifestement un beau pataquès entre des commandes comme celle des Sacrements Chanteloup et celles bien plus prestigieuses pour Richelieu, le Roi lui-même ou le Noviciat des Jésuites, tableaux officiels qui font, malgré les défauts de perspective (autre démenti à notre auteur) du plafond destiné au Palais-Cardinal, depuis longtemps l’admiration.

135. Cette influence est de fait tellement tamisée dans ses œuvres qu’elle oblige J. Goncalves à des contorsions : a la Sorbonne « l’influence directe de Poussin [est] manifeste, en dépit des contraintes…dans leur assise « romaine » et la radicalisation du discours » [sic]. De même, « Il faut un certain effort pour reconnaître dans les violentes orthogonales de la Présentation au Temple et du Mariage de la Vierge, dans les couleurs réduites aux trois primaires, dans l’implacable logique de construction de la Cène, les lointains modèles de Poussin : nous sommes bien plus près de Mondrian » [sic].

136. Dans l’article que L. Pericolo consacre au possible Autoportrait du Fogg Museum (cf. « Philippe de Champaigne & the image of the artist », Apollo, septembre 2006, p. 44-49, référence manifestement omise par J. Goncalves), il insiste sur la stimulation que Champaigne avait dû ressentir devant cette effigie, arrivée à Paris en 1650. Il souligne aussi que le panneau aujourd’hui à Cambridge rend un bel hommage implicite à leur modèle commun, l’Autoportrait (perdu) de Giorgione, gravé par W. Hollar, nouvelle preuve, si besoin était, des influences italiennes réfutées trop souvent par J. Goncalves.

137. L’Assomption conservée à Gréoux-les-Bains « témoigne significativement de l’assimilation des principes décoratifs italiens, autant que de la technique, patente dans la matité de l’ensemble et le caractère de pastel des couleurs » [sic]. J. Goncalves n’hésite pas à se servir de cette vision étroite pour résumer le chantier du Luxembourg (« Le savoir-faire de Rubens comme exemple à suivre, et l’ampleur de la tâche à accomplir comme défi : seul, le médium italien permettait de telles prouesses ») ou celui du Carmel (« le nombre des toiles pour le Carmel, leur programme narratif et le format exigeaient la technique et l’esprit italiens »). Il l’accompagne d’une définition tout aussi sommaire : « en simplifiant beaucoup [c’est peu dire…], les Italiens sont parvenus à une méthode leur permettant de dessiner dans l’opacité à la pointe du pinceau, quand les Flamands devaient patiemment faire naître le motif, avec des couleurs transparentes, en alternant couches maigres et couches grasses… Le recours à l’huile noire, en complément de l’œuf, étoffée et allégée par la cire, stimule la gestualité sans nuire aux opacités… Les Italiens ne veulent pas privilégier une couche plus qu’une autre, sans doute par souci d’indépendance [sic], [l’] œuvre naît dans l’incessant et spontané entrelacement de gestes colorés… Rubens sera le relais européen de cette méthode qu’il portera à ses extrêmes conséquences » …

138. On sourit presque quand il évoque comme « source inattendue » de la réception du duc de Longueville, de nombreux bas-reliefs romans et gothiques, alors qu’il s’agit de formules picturales conventionnelles fixées de moins longue date. De même, quand J. Goncalves assimile le « métier flamand » d’un peintre du XVIIe siècle à la « grammaire de l’huile, issue de Van Eyck : des glacis successifs aux nuances infinies privilégient l’éclat de vitrail ou d’émail des surfaces » [sic], c’est à la fois user de clichés et faire assez peu de cas des progrès obtenus depuis cette époque dans la maîtrise et les possibilités du médium.

139. Contestant le rapprochement « trop restrictif » opéré par L. Pericolo, entre la Naissance de la Vierge et une gravure de Ghisi d’après Raphaël, il préfère souligner la « reprise littérale » qu’aurait opéré Champaigne de la composition d’Andrea del Sarto à la S. Annunziata de Florence. Or, ce serait ici par l’intermédiaire des gravures de Theodore Van Thulden reprenant les compositions de l’église - parisienne - des Mathurins.

140. Ainsi, il ne fait aucune mention de l’usage de la draperie ou de la balustrade par les grands Vénitiens, des portraits d’apparat de Van Dyck (dont le seul épigone français serait Sébastien Bourdon…), et des effigies d’artiste tenant des têtes sculptées (il va jusqu’à y voir des Vanités) qui se multiplient dans les Morceaux de réception de l’Académie Royale.

141. Avancer que « Claude Vignon fut un instant pressenti pour conduire la peinture française à se révéler » est une de ces affirmations qui ne lui servent qu’à être démenties. Vouloir que Dorigny, né en 1617, « appartienne à la génération qui a connu, et participé, à la période la plus florissante de l’hôtel de Rambouillet », et ajouter que « la peinture claire, éminemment décorative des Stella, Perrier et autres Dorigny [sic] est plus conforme aux objectifs fixés » mais que « c’est finalement Simon Vouet qui réunit les qualités attendues de chef de file « est un mélange de généralisations et d’erreurs qui nous ramène, là encore, au XIXe siècle. Surtout que c’est pour minorer le rôle de Vouet, puisque selon J. Goncalves, le « premier geste » donnant « une forme picturale à la politique d’affermissement de la monarchie conduite par Richelieu », serait la Réception du duc de Longueville en 1634, soit 7 ans après le retour de Vouet !

142. Passant encore une fois de l’éventualité (« l’artiste a pu s’appuyer sur… »), à la certitude, il n’hésite pas à considérer que la seule référence possible du Christ mort du Louvre soit la Déploration (au format plus modeste) des Le Nain conservée à Darmstadt : « Plus que des ressemblances fortuites, il y a entre les deux peintures, une véritable et très volontaire filiation jamais signalée… ». Ailleurs, il estime que si dans l’Assomption de Grenoble, Champaigne « regarde encore vers l’Italie » c’est grâce à Blanchard, à cause de deux figures d’apôtres face à face qu’on retrouve à Cognac, mais qui ne présentent aucune singularité dans cette disposition...

143. Même si nous les avons lues avec soin, c’est pleinement conscient de nos limites que nous ne traiterons pas ici des notices consacrées aux dessins, qu’il suffirait presque de confronter à l’étude attentive qu’en fait Frédérique Lanoé dans le catalogue de l’exposition récemment organisée à Port-Royal. De même, nous jetterons un voile pudique sur ses désattributions – réattributions, notamment à Jean Morin.

144. Pour la Tête de Christ d’une collection privée (cat. 206, pendant de la Tête de Vierge de la Collection Mesnil), J. Goncalves assène que, malgré l’opinion de Dorival, « le style est indéniablement de l’oncle ». Mais il était sans doute moins facile de « vouloir comprendre » l’inscription au dos, qui évoque le couvent des dames de Sainte-Catherine du Val des Escholiers, plutôt que de trouver curieux que « Mesdames » y est « suivi d’un seul nom ». Surtout qu’il envisage la probable réalité (hypothèse de Dorival : réplique ou copie d’un Christ situé à Port-Royal, donc œuvre d’atelier) avant de replonger dans l’erreur : « cela signifierait que le tableau provient de ce lieu, et qu’il est de Philippe de Champaigne ».

145. Pour l’effigie du saint Jacques (son cat. 205) qui correspond forcément [sic] au n° 48 de l’inventaire du peintre, il mentionne la réplique passée en vente en 1979 en bibliographie puis la répète avec un « pâté » typographique (« une autre est passée en vente… ») dans sa très brève notice. Il arrive même a rendre confuse l’historique et la réapparition, au XIXe siècle, du saint Arsène (son cat. 168) : « Vente, Paris, 1813, par référence à la mention de son pendant passé en vente Didot, la même année ». Pour l’un des saint Jérôme (son cat. 210) il évoque l’association avec le « n° suivant » (de fait le précédent). Le n° suivant, est l’Apparition des saint Gervais et Protais du Louvre avec pour commentaire : « Voir dans le texte, chapitre [en blanc] ».

146. Ainsi, pour l’esquisse des saint Gervais et saint Protais, comme pour les deux derniers tableaux du cycle, pas de mention de la récente exposition de Port-Royal, dont il se sert pourtant ailleurs.

147. Le cat. 161 (André Le Vieux, autrefois à Berlin), dont il se sert pourtant largement ailleurs en est un bon exemple.

148. Pour le Portrait d’homme de Norfolk (cat. 65), le seul renvoi à « Rosenberg, Tout l’œuvre peint, Le Nain » (mais sans page ou n°), doit sans doute suffire ? Le portrait en buste de Saint-Cyran de Versailles (son cat. 106B) cumule l’absence de texte ou d’arguments et le silence bibliographique hormis le catalogue de C. Constans. Or, Dorival l’avait catalogué parmi ses répliques (c’est son n°1793). Le saint Philippe (cat. 120) et le portrait de Jean Antoine de Mesmes du Louvre (cat. 152), le Jean-Baptiste Colbert du Metropolitan Museum (catal. 163), ou la Présentation au Temple de Saumur (cat. 166), sont sans doute trop célèbres ? Pour le Moïse de Milwaukee (cat. 119A), est-ce à cause de la préférence, rapportée par J. Goncalves, que B. Dorival aurait eu pour l’exemplaire russe ? ! Le portrait de Noël Bullion, conservé à Dampierre (catal. 162), bénéficie d’une ligne… évoquant la fin de carrière du modèle ; une autre effigie du même personnage (cat. 170, collection privée) n’a même pas cette chance. Comme la Petite fille aux mains jointes passée par la Galerie Legeenhoeck (cat. 201), elle fait partie des nombreux exemples ou les numéros de Dorival (Catalogue de 1976 et Supplément de 1992) sont restés en blanc. Le pseudo-Colbert de Stockholm (cat. 171) « ne représente pas Colbert » – point. De même, que ce Paysage (douteux) du musée de Bernay (cat. 195), sans même un renvoi au passage qu’il lui consacre dans son essai, à partir de ses deux précédents articles, qui eux ne sont pas oubliés. Le portrait de Philippe de la Trémoille (cat. 68, Rijksmuseum, Amsterdam), celui de Bouin (cat. 69, Fondation Rau), l’effigie de Gilbert de Choiseul-Praslin (cat. 112) le René Tronchot de Bruxelles (cat. 140), d’Honoreé II de Monaco (cat. 142ou du R. P. Filipini (cat. 143), le Mazarin de Chantilly (cat. 145) comme celui de Jérôme II Lemaître (son cat. 222), n’ont peu ou pas de véritable notice.

149. L’exemple inverse et contourné jusqu’au non-sens est la notice de son cat. 1, le Jésus retrouvé au Temple par ses parents de Senlis : « L’attribution partielle à Champaigne, inédite, est subordonnée à une datation conjecturelle de l’œuvre antérieure à 1625, qui reste à confirmer ». Jolie prudence, totalement absente de l’essai, où ce sont plutôt des affirmations et des certitudes qui accompagnent ses réattributions d’avant 1625… Au numéro suivant, il est tellement désireux de démonter les arguments de ses bêtes noires, qu’il répartit les deux mains (à Lallemant, « l’écriture graphique et les réserves » et à Champaigne, ceux dont la matière est « plus opaque ») avec des arguments qui sont l’exact opposé de ceux développés dans son essai. Présenter ensuite les compositions de Pont-sur-Seine, ou de Lerné, publiés à plusieurs reprises, comme autant de tableaux inédits, c’est sans doute faire preuve de la même rigueur scientifique ?!

150. Dans le cas du Portrait de femme de l’ancienne collection Steingracht (son cat. 135), il oublie volontiers la publication initiale et l’attribution au Maître faite, dès 1940, par C. Sterling, même si elle fut contestée par Dorival [n° laissé en blanc]. Evoquer ensuite l’accumulation des « similitudes » de cette effigie avec d’autres portraits peut apparaître comme du camouflage. Il est d’autant plus « facile » à J. Goncalves d’affirmer à propos du possible Autoportrait du Fogg (cat. 196) : « attribution et datation vers 1656 inédites » puis d’énoncer sa conviction de « l’autographie de cette œuvre » puisqu’il se garde bien de citer le Répertoire de l’exposition organisée par P. Rosenberg en 1982, où le tableau est reproduit parmi les œuvres données au Maître, et surtout l’article, plus récent, que lui a consacré L. Pericolo (« Philippe de Champaigne & the image of the artist », Apollo, septembre 2006, p. 44-49, avec des dimensions données comme 045.7 x 034.4 cm). Le passage chez Agnews et la date du legs (1971) au musée sont aussi omis par J. Goncalves.

151. Il aurait découvert et identifié le portrait de Victor Bouthilier aujourd’hui à Tours (son cat. 139), l’aurait publié dans son précédent ouvrage, juste avant son acquisition, mais n’est pas référencé dans la notice du catalogue de 2006-2007…

152. On aurait aimé avoir la référence de la « conclusion [pas si] aberrante » de N. Sainte Fare-Garnot sur la datation de la Sainte Face du Louvre (cat. 80A). Plus loin, dans sa notice de l’Invention des saints Gervais et Protais (cat. 219), J. Goncalves cite l’hypothèse qui, sous sa plume, devient « conclusion », de F. Lanöé (dans le catal. expo. Trois maîtres du dessin, Port-Royal, 2009) pour la contester, mais sans se montrer moins « limité » ou « subjectif » dans ses arguments (il reconnaît lui aussi l’intervention, évidente, d’un très bon collaborateur). Or, ce catalogue dont J. Goncalves dispose manifestement, est absent de la bibliographie. Dans la notice, ensuite, de la Translation, cette référence n’y figure pas davantage tandis que J. Goncalves, qui renvoie au commentaire précédent considère que l’ « exclusion » (F. Lanoé est bien plus mesurée mais qu’importe) de ces peintures du corpus du peintre est « parfaitement fantaisiste » …

153. Apprécions dans la notice (laissée vide, ce qui est peut-être mieux compte tenu du traitement qu’il leur fait subir dans l’essai) des Enfants Montmor, la mention d’un « roman » de J. Montupet, La Dentellière d’Alencon. Dans un vrai catalogue raisonné, l’Etude de deux des enfants Montmor (coll. privée, cat. 134) aurait, comme plusieurs autres œuvres, sans doute bénéficié de quelques lignes.

154. Même le grand Dorival n’y échappe pas, que ce soit pour l’Annonciation de la Wallace Collection (cat. 124) ou le Christ en croix de Rouen (cat. 129) : J. Goncalves le cite - et le flatte - dans le texte, puisque ça le sert, mais l’oublie dans sa bibliographie…

155. Dans sa notice de l’Ange Gardien de l’Hôpital Laënnec, qu’il assimile alors à un Tobie et l’Ange (cat. 87), J. Goncalves commence par retranscrire une - supposée - citation du catalogue de B. Dorival, évoquant, comme « pendant » à ce tableau, un autre Ange Gardien « ou Songe de Jacob [sic], signé et daté de 1654 ». Or ce passage ne s’y trouve pas, mais correspond davantage à un copié-collé mal fait de que J. Goncalves écrit des deux versions de l’Ange Gardien dans son essai…

156. Encore heureux qu’après la mort de Duchesne (1628), « l’atelier [sut] donc travailler et peindre en l’absence de Philippe de Champaigne », qui n’était pas encore rentré de Bruxelles. Toujours aussi prompt à l’emphase, J. Goncalves déclare d’abord que « le peintre avait été totalement ignoré par les historiens », puis il prétend que d’y voir « un chef d’équipe distribuant à ses collaborateurs la réalisation de commandes » serait « au mépris de la plus élémentaire objectivité historique », confirmant ainsi sa méconnaissance des pratiques d’un atelier au XVIIe siècle. Enfin, oubliant le prestige du chantier, assurer que ce sont ses qualités techniques qui auraient rallié à lui Poussin ou Champaigne, et que ses rivaux potentiels s’appellent « Quentin Varin, Lalleman[t] voire le lyonnais Horace Le Blanc », c’est encore une fois pratiquer l’amalgame. Simple rappel : de ces noms, seul Horace Le Blanc a contribué à un décor civil.

157. Contentons-nous d’évoquer les « incontournables » points de détail sur lesquels « achoppe[rait] l’attribution unanime de ce portrait » : la mise en scène et la perspective « très redressée », le drapé plus indécis, et le fait que Richelieu figure pour cette seule fois, avec les cheveux « foisonnants » alors que Champaigne les peint « toujours attentivement », le visage qui serait plus archaïque, de citer les critères stylistiques toujours aussi légers (la base du pilastre est « du même type » que dans l’Annonciation de Caen, il est à chaque fois associé à une balustrade [sic], les plis épais et mous du drapés rappellent ceux de l’Ange) et comme J. Goncalves date le portrait de Chantilly vers 1627-28, celui-ci serait donc forcément antérieur. Il en rapproche même un paiement de 1626 pour des travaux dans la chambre du Cardinal (!) et ne laisse donc à Champaigne que les corrections (draperie) et les rajouts (l’ordre du Saint-Esprit) de 1634. Parvenu à ce point, sa conclusion est évidente : « la surprise n’est pas tant de devoir attribuer un ou plusieurs portraits de Richelieu à Duchesne, mais bel et bien que l’on [qui ?] ait pu concevoir que Richelieu ne se serait jamais adressé qu’à Philippe de Champaigne… ». Or Duchesne n’était pas la seule alternative…

158. Pour le portrait d’Henri IV en Mars du musée de Pau (son ND 17), il commence par estimer que sa « peinture très opaque, avec des maladresses et une surcharge de motifs » rendent plausible l’attribution à Duchesne. Poursuivant dans les critères assez vagues, il énumère ensuite des évidences : « frontalité, attitude, définition sculpturale, gestuelle, remplissage symétrique de la surface disponible », avant de rapprocher cette effigie « jusqu’à la couleur rose » [sic] du Neptune du Luxembourg qui serait « de l’atelier, sinon de la main de Duchesne ». Jusqu’au « défaut du bassin » (?) qu’il croit retrouver dans le saint Léonard, la Nativité de Lyon et deux tableaux de Pont-sur-Seine : « conclusion, le portrait est de Duchesne ». L’aveu, contenu dans sa « seconde conclusion » (« le Neptune est d’une main distincte quoique du même atelier »), est plus intéressant car signe d’une trop rare nuance.

159. Dans sa notice - groupée puisque les deux premières sont vides de texte - des études de têtes de vieillard ou de rois (ND 5-7, Dijon et coll. privée), J. Goncalves utilise une première fois le parallèle avec une Circoncision de Salomon de Bray dont il envisage que le modèle pourrait être italien. Son interrogation « Mais comment Philippe de Champaigne l’aurait-il connu ? » alors que de Bray et Duchesne ont « étudié en Italie ») traduit, une nouvelle fois, sa méconnaissance des modèles disponibles en Flandres comme en France, que ce soit par les œuvres même ou par la gravure.

160. Comme il l’a fait à d’autres moments, J. Goncalves démontre son ignorance de la vie artistique de l’époque en réduisant les hypothèses à sa seule alternative Champaigne-Duchesne, contestant, du seul fait de sa date de mai 1625, d’autres hypothèses : Mosnier, pour certains tableaux du Luxembourg ou Juste d’Egmont pour l’Adoration des Mages du Mans. Pour le portrait de Richelieu du Quai d’Orsay, comme on peut « légitimement » se demander si la date modifiée sur le papier ne serait pas 1624, date de l’entrée du Cardinal au Conseil du Roi, « [le ministre] n’aurait guère attendu pour d’adresser au peintre le plus proche de son milieu, sinon le plus en vue » qui, pour J. Goncalves, ne peut-être que Nicolas Duchesne. Il semble oublier que les talents reconnus (la fameuse lettre de Maugis du 13 août 1621 qu’il extrapole) d’un décorateur n’en font pas nécessairement un bon peintre de grands tableaux religieux (la copie d’une Vierge de Caravage n’y suffit pas) et de portraits, qui requièrent d’autres talents, sans doute hors de portée de Duchesne. Mais le principal écueil qui mine toute sa démonstration reste ce préalable de mai 1625.

161. Après avoir avancé que le « fond noir, l’archaïsme du point de vue au raz du sol, et plus encore l’allure du saint Vincent indiquent une composition de Duchesne comme base de travail » non sans conclure que « la précision flamande du style » situe ces tableaux après le séjour à Bruxelles de l’artiste, qui n’aurait donc pas eu besoin de requérir à un modèle dépassé. Nouvel exemple de rigueur : le texte ne figure que pour le second des deux tableaux tout en renvoyant au « tableau suivant ».

162. « Que l’Enfant au faucon recoure comme l’Adoration des Mages du Mans au même rouge intense et vert lumineux suggère une paternité commune » puisque les « contradictions, affinités et oppositions soulevées par l’attribution de cette dernière « s’expliquent en revanche si l’œuvre est rendue à Duchesne ». » Le moyen format, le support et les empâtements de la matière, l’opacité et la couleur éclatante sont des caractères de la peinture de Duchesne établis [par J. Goncalves] d’après la lettre de Maugis et les peintures du Luxembourg…Leur réunion dans l’Enfant au faucon qui font le trait d’union entre l’art de Pourbus et celui de Champaigne, ne laissent pas le moindre doute, en l’état de mes connaissances [nuance exceptionnelle], quant à l’attribution de l’œuvre ». Non sans oublier l’avant-bras « rond » que Champaigne reprend notamment pour l’ange de l’Annonciation en mains privées (cat. 97), tableau que B. Dorival plaçait dans la chapelle Saint-Ferréol (c’est son n° 26) : « Cette peinture nous apporterait ainsi, a contrario, une indication sur l’Annonciation disparue [de l’oratoire du Luxembourg] », décor « fameux » que J. Goncalves attribue intégralement au seul Duchesne…

163. Malgré un support peu absorbant comme le bois, les panneaux du Luxembourg et l’Enfant au faucon présenteraient « une matière opaque [qui] ne concède aucun glacis et une touche empâtée », cette « contradiction impensable chez Champaigne » serait à chercher dans « la connaissance théorique, sinon à la pratique de la fresque » qu’aurait acquise Duchesne à Fontainebleau, une « préférence manifeste pour la dureté du support dont le peintre voudra retrouver les sensations avec le bois » [sic]. Ailleurs, J. Goncalves affirme que l’ « huile noire », ou cette « matière opaque, exempte des effets de transparence et des réserves des flamands, et l’ocre des carnations et de la balustrade ne se retrouvent jamais chez Champaigne ». Plus loin, on le voit avancer que le rendu d’une tête « [en] petit format, parce que le peintre est confortablement installé à son chevalet, sera par définition plus abouti, plus complet et nuancé que la reprise du même motif sur une plus grande composition », avant de donner deux exemples qui le contredisent. Est-ce bien un technicien, un praticien confirmé, qui parle ainsi ?

164. Avancer à propos de l’Étude de deux têtes de Dijon (son ND 7) que « la couronne du visage de profil empêche d’y voir une étude pour l’Adoration des Mages, qui exprime au contraire l’abandon des signes de royauté » [sic] en est un bel exemple. Quant à affirmer qu’il faut donc « accepter que ces tableaux ne ressemblent pas au style de Philippe de Champaigne », n’est-ce pas nier toute évolution au jeune artiste ? Il part du même a priori, illustré par la multiplication des « jamais chez Champaigne », à propos de l’Adoration des mages de Lille. Enfin, comme « il n’y a pas dans toute la production [de] Champaigne, d’étude imitée à la tête, voire à toute autre partie du corps », les trois études conservées comme les nombreuses études de têtes mentionnées dans l’inventaire après décès reviennent toutes à Nicolas Duchesne : « il est pour le moins curieux que ces seules études partielles qui ressemblent si peu à Philippe de Champaigne datent précisément d’une période charnière qui autorise aussi bien sinon davantage de les rendre à son prédécesseur » [sic]. S’ensuit une recréation des étapes du décor du Carmel et de la place prépondérante qu’y aurait eu « l’autorité administrative sinon effective » de Duchesne, qui est de la même eau mêlée de certitudes, d’affirmations contestables, et d’erreurs…

165. Convaincu de la pertinence de sa chronologie et Félibien ne mentionnant pas le Songe de Joseph (Louvre, ruiné) parmi les œuvres de Champaigne pour le Carmel, « il faut bien rendre à Duchesne la paternité de cette toile ». Pour « asseoir définitivement » cette attribution, J. Goncalves évoque « la disposition en oblique du charpentier au premier plan, puis la juxtaposition des figures, [qui] relèvent du maniérisme bellifontain auquel Champaigne sera toujours indifférent ».

166. Déjà, « les modèles italiens [de la Vierge de Pitié de Metz] Antonello, Caravage, Titien, autant que son sujet, nous rappelle[rai]ent » la Déploration sur le corps du Christ peinte par Duchesne [sic] pour l’oratoire du Luxembourg, « dont [ce tableau] serait logiquement issu ». Évoquant l’Assomption du Louvre et sa réplique de Gréoux, J. Goncalves affirme qu’ « on imagine mal Champaigne copiant fidèlement quelqu’un d’autre que son ancien patron » [sic].

167. J. Goncalves, qui arrive à voir dans la gravure d’un Ecce Homo perdu, parfois mis en rapport avec la Vierge de Metz (car ce rapprochement n’est pas « le seul argument d’attribution » du tableau messin), que « les drapés sont nettement plus variés », que le fond « est d’une intensité variable traduisant les transparences de la matière ». Niant donc toute interprétation au graveur, et ignorant les différences induites par la transcription en gravure, il pense y reconnaître la main et l’angle de vue du visage du saint Paul de Troyes. Mais, sa comparaison avec le tableau de Metz « les rend techniquement étrangers l’un à l’autre : comment donner aux mains et des visages si différents de conception, d’exécution et de couleur ? » La réponse est pourtant évidente à tous, sauf J. Goncalves : évolution du style et différence de destination (ou de commanditaire)

168. Cherchant manifestement à convaincre, ou à compenser la faiblesse de ses critères et similitudes (le Roi mage Gaspard serait une transposition inversée de l’Ange au luth des Deux Anges du Louvre….), dans la seconde moitié de la notice, J.Goncalves réalise un merveilleux copié-collé de celle de l’Enfant au faucon… Quant à voir dans le faucon, effectivement « emblématique » d’une origine noble, un moyen d’identification du modèle de l’Enfant au faucon (cat. ND1), et passer de l’animal au Grand fauconnier qui pourrait donc être son père (!), J. Goncalves franchit aisément le pas.

169. Les similitudes de ce tableau (« visage identique du même modèle, intensité du coloris contrasté, précision du dessin, fond noir, [et] l’avant bras court et charnu, rond ») avec une Vierge de pitié et un Ecce Homo du Carmel de Pontoise (ses ND 9et 10) lui font « postuler la même attribution », celle d’un artiste « italianisant [sic] comme pouvait l’être Duchesne », ce qui permettrait, bien évidemment, de « comprendre les relations de style de Philippe de Champaigne avec l’art du Titien et du Caravage », sur lesquels J. Goncalves a les mêmes clichés. Ainsi, dans la notice du tableau de Metz (son ND 12), il souligne que le type du visage, étranger selon lui à Champaigne, « avec ce menton rond et un peu aplati est « fréquent chez Caravage [et] ses suiveurs. De même la lumière contrastée et sa répartition sur les volumes ». Il le retrouve même dans « les contrastes et le motif du guetteur » des très discutés saint Denis effrayant ses bourreaux qu’il est tenté de rapprocher de Duchesne….

170. Selon J. Goncalves, qui élève pour mieux l’abattre ce tableau atypique au rang de « classique de Philippe de Champaigne », outre un maniérisme très accentué, et la « composition multipartite [qui] relève de l’École de Fontainebleau », un profil qui « ressemble[rait] à Marie de Médicis [dans une Adoration des Bergers !], conforté par le bleu roi [sic] de sa robe », « procédé propre au maniérisme [et] à l’École de Fontainebleau » (qu’il appelle ailleurs « maniérisme de boudoir »), constituerait « un autre argument » de sa restitution à Duchesne, alors que ce maniérisme n’est évidemment pas étranger à un Champaigne passé chez Lallemant. Le voir évoquer comme un argument « fort inconsistant » la réapparition dans l’œuvre de l’artiste de « tel type de physionomie ou de tel profil », ou considérer que le témoignage de Félibien, qui aurait fait « arbitrairement table rase de tout ce que pouvait produire l’atelier de Duchesne » en l’absence de Champaigne, ne peut donc avoir qu’un caractère « indicatif », est assez savoureux.

171. Parce que ses dimensions sont « identiques à celles de la Nativité de Lyon », le tableau du Louvre, « dont l’attribution à Champaigne est la plus douteuse » serait celui du Carmel, dont ne parlent ni Félibien, ni Symonds ou Malingre,. Celle de Gréoux serait « visiblement copiée d’après » la précédente. Quant à voir dans sa composition, dont Dorival a rappelé les emprunts à Raphaël, une « recherche de pittoresque, de mouvements dispersés et d’espaces morcelés » qui renverraient à la Nativité de Lyon…

172. Les plis « lourds et ronds » sont ceux du Richelieu déjà cité, et le style comme « l’usage de jus et d’un trait de dessin brun dont Champaigne n’use jamais « , seraient, à travers Duchesne qui collabora « vraisemblablement » avec lui à Fontainebleau, ceux d’Ambroise Dubois. Il se sert de l’étonnement de N. Sainte-Fare Garnot devant le coloris (« des gris-verts relevés par le mauve jamais vu auparavant - et j’ajoute jamais après »), prenant au mot son image mais pas son orthographe : « l’aiguilllère [sic] digne du Primatice plutôt que d’un récipient flamand » pour en déduire qu’ils correspondent à un peintre « formé et travaillant au château de Fontainebleau », puisque cette toile « serait la plus italianisante de cette période ». Mêlant faits et supputations, il propose une localisation « jamais envisagée et pour cause » : l’autel de « l’oratoire de Marie de Médicis au Carmel de la rue Saint-Jacques », dont on ne sait rien. En effet, les alternatives à l’hypothèse Notre-Dame, les Filles du Calvaire et les Cordeliers « ne sauraient rendre compte de l’activité d’une équipe de peintres décorateurs œuvrant de 1621 à 1627 ». Son hypothèse est « indiscutablement » la commande qui a suivi l’achèvement du décor du Luxembourg. Curieusement, cette absence de témoignages dont il a usé et abusé dans cette notice, n’est pas valable si le tableau est de Champaigne, « tant les sources historiques avancent de possibilités ». Les lacunes des archives, l’ignorance du contexte, sont décidément bien utiles à notre auteur.

173. Apprécions donc ce « ton péremptoire de l’historien [qui] prétend suppléer à une totale absence d’argumentation », suivi, bien évidemment, de sa mise en pratique par J. Goncalves : « De fait, datation et localisation arbitraire [de l’Annonciation de Caen] ne résistent pas à l’analyse [sic] que l’on trouvera dans le texte [résumée dans la notice et ici] : des dimensions trop importantes [sic] pour une chapelle de Notre-Dame, la lumière contradictoire avec une chapelle du bas-côté nord, localisation qui placerait la Vierge dos tourné vers la nef, ce qui « trahit une bien piètre connaissance de l’art de Champaigne » lequel n’en serait même pas l’auteur. Ou bien, n’étant pas à une contradiction près : la datation « communément admise » de la sainte Julienne (son cat. 86) « obéit davantage à un discours pro-Port-Royal pré-établi qu’à une observation directe ». Or, dans l’essai, J. Goncalves consacre, presque naturellement, de longs développements à Port-Royal, où seuls quelques menus détails viennent remettre en cause le même a priori positif…

174. L’Annonciation conservée à Montrésor (cat. 74) voit sa provenance passer d’une hypothèse un peu « courte » dans l’essai à une certitude, sans plus d’arguments, dans le catalogue : « c’est le tableau de la chapelle Chavigny ». Celle, ovale, conservée en mains privées, (cat. 97) a un style « incompatible « avec les années 1631-36. De même, l’attribution du Voile de Véronique passé récemment chez Sothebys (son cat. 150), « ne prête pas à discussion » et « conforte mon exclusion de la version de Brighton » (exposée à Lille en 2006). L’écriture du Cardinal Mazarin d’une collection particulière (cat. 151) est « sans exemple dans la production de Philippe de Champaigne » mais appelle « la comparaison avec le portrait de Bérulle (ovale) » qu’il attribue tout aussi sommairement à l’artiste.

175. A propos du Christ en Croix de Rouen (cat. 129) qu’il préfère à celui du Louvre, nous cherchons encore la contradiction entre une peinture ultime, peut-être exécutée en 1674 (qui « indique un intérêt de l’artiste pour ce sujet » [sic]), et sa présence dans l’inventaire du peintre. De même, la mention d’un « Christ » dans un document du temps ne correspond pas forcément à une Crucifixion. Enfin, soit l’inscription du tableau du Louvre est à prendre en compte, soit c’est J. Goncalves qui a donc « repoussé dans les dernières années [sa] datation » ?!

176. Pour le portrait de Jacques Tubeuf du musée de Vienne (cat. 70), considéré comme une réplique par Dorival : « les critiques [me] semblent injustifiées [car] l’érosion de la couche superficielle… accentue l’analyse formelle et la forte présence de l’homme », ce qui devrait donc suffire. L’existence de portraits posthumes ne l’empêche pas de rejeter cette éventualité dans le cas du portrait d’un Perrochel (cat. 107) dont le modèle, possible septuagénaire est pour lui centenaire. Pour le André Le Vieux (tableau détruit à Berlin en 1945), « bien qu’il n’y ait pas de trace de découpage, ni d’ajout, ni d’élément d’architecture, il s’agit ici d’un fragment », hypothèse pourtant démentie depuis longtemps par J. Wilhem qui, comme l’avait signalé B. Dorival (c’est son n° 361), avait rappelé l’existence d’effigies individuelles. Mêmes certitudes pour le Portrait d’un échevin dit d’Antoine de Mesmes (cat. 213) : Dorival y voyait soit un fragment du portrait collectif de 1654, soit un portrait individuel, datant de 1654 ou 1657 : « cette dernière proposition est seule acceptable puisque le format très petit empêche [d’y voir] un des portraits découpés ».

177. Le mot n’est pas trop fort quand, ayant cru trouver une similitude entre le Moïse présentant les Tables de la Loi de l’Ermitage (son cat. 119) et [le personnage d’] une Circoncision de Salomon de Bray, J. Goncalves conclut que « cette relation inédite invalide cependant définitivement l’inconsistante tentative de Pericolo (encore rééditée à l’occasion de l’exposition de dessins au Musée des Granges de Port-Royal, en mars[-juin] 2009) de restituer à Philippe de Champaigne un dessin du Louvre (d’ailleurs rejeté par Bernard Dorival), présenté sans arguments comme une étude préparatoire ». Mais n’en déplaise à J. Goncalves, son rapprochement est plus ténu que ceux du dessin et le rejet de Dorival tenait à l’absence du turban dans les tableaux connus. Sans surprise, ni L. Pericolo ni F. Lanoé (c’est son cat. 48) ne sont cités dans la bibliographie.

178. En 2003, J. Goncalves reprochait à L. Pericolo, à propos de la Cène de Lyon, que « la divergence des historiens entre attribution et rejet aurait mérité plus que deux phrases expéditives sur le sujet ». Or, dans sa notice du tableau de Crux-la-Ville (cat. 158), il conteste, en moins de deux lignes, l’attribution à Plattemontagne faite par les « rédacteurs » du catalogue de Lille (« sans aucun commentaire qui la justifiât »), avant de la juger « parfaitement hasardeuse ». Or les arguments dont il use, malgré d’évidentes disparités stylistiques qu’il cherche à évacuer, ne sont qu’un rapiéçage de détails pris ici ou là. De plus, devant deux compositions si différentes (Laënnec et Crux-la-Ville), et quel que soit leur ordre chronologique, comment peut-on envisager que l’un de leur deux probables auteurs y « copierait » l’autre ?!.

179. La nuance doit être pour J. Goncalves un signe de faiblesse : « Le tableau de Caen doit d’autant plus résolument être écarté de la chapelle Michel Le Masle qu’une autre composition de Philippe de Champaigne en revanche s’y intègre parfaitement. Après avoir localisé chaque Annonciation connue dans les lieux cités par les sources documentaires [sic], je crois que le dessin conservé à la Biblioteca Reale de Turin peut-être une étude pour le tableau perdu de la chapelle. [J. Goncalves se reprend vite :] La date de la décoration de cette chapelle, 1631, [se] déduit de l’attitude commune de la Vierge à celle de sa représentation dans la Pentecôte de 1630 ; puis l’orientation de la lumière prend en compte l’éclairage naturel [sic], tandis que Marie est logiquement assise en direction de la nef ; enfin, les dimensions du dessin sont significatives : 18,9 x 14,6 cm, qu’il suffira de multiplier par 10 (!) pour atteindre le format moyen d’un tableau pour ce type d’espace… »

180. Son cat. 194B (gravure de Haussard d’une Fuite en Egypte perdue) : « Je saisis ici l’évidente parenté que cette gravure présente avec le tableau précédent [le tableau de saint Benoît retrouvé en Angleterre], […] le même type de paysage et sa ressemblance avec les quatre grandes compositions, […] la proximité de ses dimensions [il extrapole deux mentions de ventes anciennes, citées par Dorival] avec celles du tableau de Calke Abbey, et la même échelle des figures dans le paysage […] qui font envisager…l’appartenance à un seul décor ». De l’hypothèse on passe à la conclusion « évidente » : c’est « le modèle original de la gravure qui correspond en tous points, jusqu’à la datation pour des raisons de style, aux travaux dans les appartements de la Reine » en 1656.

181. Le « symbolisme évident de la toise [dans le saint Joseph de Bruxelles (cat. 130)] est à rapprocher de l’injonction d’ordre et de mesure des Tables de la Loi dans le Moïse [selon Goncalves] contemporain « , et « par son attitude, la direction de l’éclairage et l’horizon bas, cette figure est le prototype des deux versions du Bon Pasteur », ce sont pourtant des productions si courantes.

182. Ainsi, « le principe coloriste d’une couleur forte appliquée sur une surface plus neutre appartient aux années 1640 », « la minéralité du paysage [est] commune aux toiles de 1644 à 1650 ». D’ailleurs, ce sont les trois couleurs primaires, « par analogie du second plan avec le paysage des Enfants Montmor », et les mêmes arbres « au feuillage en boule », qui permettent de « dater avec précision » [v. 1648-49] le Paysage au sourd-muet de Ann Arbor (cat. 123). Pour l’ Adoration des bergers de la Wallace Collection (cat. 127), le « lumineux profil du vieux berger [qui] renvoie à la physionomie et à l’expression du saint Philippe », est un « élément précis de datation ».

183. Ainsi le Songe de saint Joseph de la National Gallery de Londres (cat. 91) est exécuté vers 1644-46 « en raison de l’éclat chaud de la couleur et de la clarté de la composition ; la disposition des figures dans l’espace, le pupitre de la Vierge [et] le modelé du manteau de Joseph [mais] en raison surtout du genou de l’ange et le pan flottant à l’horizontale de sa robe, que l’on retrouve dans des œuvres [qu’il date] de cette période ».

184. Pour la Vierge à la grappe de Bayeux (cat. 83) : « se distingue dans le fond un pilastre dont la base identique à celui dans [sic] la sainte Julienne, indique une période commune ». J. Goncalves accentue cette argumentation au numéro suivant, le Christ aux outrages du musée des Granges (« entre autres comparaisons stylistiques étudiées dans le texte qui fondent cette datation précoce, ajoutons cet élément déterminant : la base de colonne composée d’une gorge comprimée entre deux tores identiques est un motif propre aux œuvres de l’année 1644… »). Pourtant ce motif identique (« un anneau entre deux tores »), présent dans le Richelieu de Varsovie (cat. 136), est devenu « propre » à beaucoup de tableaux de cette année [1649]. De même, dans le portrait de Mazarin de Versailles (cat. 122), c’est la base de colonne « identique » dans le Prévôt des Marchands [de 1648] « qui justifie cette datation » …

185. Pour la Madeleine pénitente de Houston (« bleu-gris du manteau », « partage ombre-lumière par l’arète du nez » jusqu’au « vase de porcelaine grise » sont des affinités avec des œuvres des années 1644-46 : « A l’appui de ma datation inédite, j’ajoute la disposition du drapé bleu sur le bras gauche, dont les plis adoptent le même mouvement que [celui de la Vierge] dans la Nativité » de Lille. Dans la sainte Geneviève de Bruxelles (cat. 216) : « le principal élément de datation vers 1657, c’est le drapé de la sainte au niveau de la taille, qui cite à l’identique les mêmes plissés pour l’un des deux martyres » de l’Apparition des saint Gervais et Protais, et « le blanc froid et bleuté de la tunique ». De même, la version assise du Louis XIII sur son trône (Louvre, cat. 217) et la version en pied des collections royales britanniques (cat. 218, sans bibliographie ni historique) partagent « un tombé du manteau d’hermine identique, [ce] qui implique la même datation nouvelle, soit vers 1658 », la datation des Pèlerins d’Emmaüs d’Angers (cat. 121) s’explique par comparaison avec le saint Philippe et « la présence d’une même physionomie dans la Présentation au Temple et dans la Cène », etc.

186. Pour évacuer le rapprochement opéré par Dorival entre le portrait de la Mère Angélique de Versailles et le célèbre portrait de Saint-Cyran du musée de Grenoble (son cat. 106), J. Goncalves évoque la différence de niveau de la « balustrade » [sic] et « l’ombre en perspective sur le rebord [qui] implique un plan vertical hors champ », alors qu’il s’agit, rappelons-le, d’une effigie d’après le masque mortuaire, et de l’usage d’un poncif (la balustrade). C’est un nouvel exemple de sa prédilection pour des arguments aussi « complexes » qu’ils ne démontrent rien. De même quand il se persuade que la Visitation de Genève (cat. 110) est forcément préparatoire à une autre œuvre : « le cadrage en pied de ces deux figures, résolument distinct du parti intimiste jusqu’ici employé par l’artiste…semble résulter d’un espace monumental » …

187. Pour les deux mentions retrouvées par Dorival de répliques de la sainte Geneviève (et du saint Joseph en pendant) : leurs dimensions « impliquent que les œuvres ont été faites soit d’après la gravure, soit d’après le tableau original, ou pourraient l’une ou l’autre avoir servi de modèle à la gravure ». Pour l’effigie de la Mère Angélique (cat. 116-116A), il a même du se perdre en route : « essayons de raisonner, et donnons nous que Philippe de Champaigne veuille entreprendre une réplique de l’une de ses œuvres ; chacun sait qu’il est impossible [c’est faux !] de répéter manuellement une peinture à l’identique en tous points ; que, par conséquent, en présence de deux versions jumelles, d’infimes nuances feront préférer l’une sur l’autre : il en ressort aussitôt, si on applique une appréciation critique restrictive, que la peinture jugée inférieure ne saurait revenir au même artiste, conclusion dont la logique contredit le [pré]supposé initial ! ». Reste, que malgré les marques du temps, et les restaurations, l’examen visuel différencie ces deux effigies.

188. Cette sainte Geneviève (qu’il assimilerait volontiers à une Jeanne d’Arc (?)) l’amène à d’autres acrobaties : après avoir contesté le « rapprochement automatique et sans réflexion avec la gravure de Plattemontagne », il se sert justement de cette gravure -forcément exacte sinon dans le format- pour contester toute modification : « seul le bélier a changé de place, or la comparaison avec la brebis indique un même auteur » [sic], on ne peut donc « envisager un hypothétique recadrage, entraînant le déplacement du bélier, dont la toile ne porte aucune trace... ».

189. Un des sommets serait sa notice de la Vierge de douleurs du Louvre (cat. 102A), qu’il considère comme la réplique de celle des Granges, mais qu’il ne peut dater précisément. Il va jusqu’à imaginer soit une peinture peinte « sans objectif précis », soit formant un possible pendant à un saint Bernard peint pour Port-Royal mais que nous ne connaissons que par la copie d’un peintre du XIXe siècle (Francois-Vincent Latil) d’après la gravure de Jean Morin. Selon J. Goncalves, les dimensions du premier (pourtant plus large de 20 cm) et le cadrage resserré de la seconde confortent ce rapprochement de « deux figures complémentaires à plus d’un titre ». Puisque dans l’art flamand… des XVe et XVIe siècles (il cite les exemples de Memling, Van der Weyden, Gossaert, Fouquet), on trouve fréquemment un donateur de ¾ ou de profil et une Vierge de face. Dès lors, la réserve initiale tombe : « Sans qu’il s’agisse formellement de pendants, cela renforce néanmoins une datation commune antérieure à 1648 » ….

190. Les tableaux de la Wallace Collection semblent particulièrement l’inspirer : outre l’Annonciation, à laquelle il consacre un de ses chefs-d’œuvre (voir plus bas), il est, pour lui, évident que l’Adoration des Bergers (cat. 127) provient « d’un des deux autels latéraux de la Sorbonne » : outre sa date, son format « correspond à ce type d’emplacement », « sa largeur est celle-là même qu’on peut déduire du plan de l’église gravé », et des dessins des deux autels. Enfin, si ca ne suffisait pas « des peintures de Philippe de Champaigne sont attestées dans cette église ». De telles affirmations, énoncées sans sources ou mentions précises (parce que contradictoires ?), qui l’amènent aussi à conclure que sa datation du Richelieu de Varsovie entraîne cette même localisation, nous ramène une fois de plus un siècle en arrière.

191. C’est bien évidemment dans la répartition entre Philippe et Jean-Baptiste, qu’il se montre et le plus cinglant envers ses prédécesseurs (ex. : « il faut donc cesser de se replier sur le nom de Jean-Baptiste à tort et à travers ») et le plus léger, dans ses arguments : Si l’Adoration des bergers de Narbonne (cat. 101), réplique de celle de Rouen, a pu servir de modèle à la gravure de J. Morin, forcément exacte, « les différences : les deux angelots, le berger de droite, celui qui est agenouillé, sont le fait du maître lui-même ». Dans la Vierge de douleurs des Granges, même s’il n’existe « aucune différence objective de qualité, et que les arguments de [sa] datation et d’attribution à Philippe [ne] sont certes pas nombreux ni déterminants », la proposition de l’attribuer à Jean-Baptiste « ne repose[rait] sur aucun [argument] ». A l’entendre, Philippe « distingue toujours par une couleur spécifique la maçonnerie », comme c’est le cas ici. Autre belle « évidence », à propos du saint Jean-Baptiste d’une collection privée (cat. 204) : « Que l’on puisse identifier le neveu n’empêche pas une attribution à l’oncle ».

192. Ainsi, c’est assez savoureux de le voir affirmer, à propos des portraits de la Mère Angélique (Chantilly et Versailles) qu’il est « impossible de décider aujourd’hui quelle toile a précédé l’autre et d’affirmer que la première serait nécessairement supérieure à la seconde », alors qu’il affirme ailleurs la supériorité du portrait de Duvergier de Hauranne déposé, par le musée de Rouen, au Musée des Granges (cat. 105), sur sa réplique versaillaise, ce qui est tout sauf évident. J. Goncalves peut donc oser cette assertion : « Il ne faut donc pas accorder une signification démesurée à la seule appréciation qualitative… Je ne souscrirai pas à cet exercice vain qui repose sur la seule confrontation… » on le voit le jugement qualificatif doit être encadré. N’est-ce pas cette subjectivité qui « bien que le critique s’en défende, règne en maître dans toute tentative de distinguer l’original d’une réplique », n’est-ce pas cette appréciation, opposée aux documents, dont il se réclamait déjà en 1987 et dont il donne ici tant d’exemples ?!

193. Après tout ce que J. Goncalves a pu dire du rôle primordial que l’atelier prendrait dans l’exécution, il se contredirait presque quand il remarque que dans la Présentation au Temple de Bruxelles (cat. 118), « les bras trop longs du personnage en jaune trahissent le rôle de l’atelier, trop souvent négligé [sic] » alors que ces « incohérences perspectives du groupe de droite » s’expliquent tout simplement par la disposition du tableau sur l’autel. Ailleurs, il considère que « le sol relevé et la cheminée » de l’Annonciation de Montrésor « qui ne sont pas dans la même perspective que les figures sont d’évidence dus à l’atelier », mélangeant encore collaboration et destination...

194. La présence de « réserves d’ocre transparente » dans le drapé jaune du Christ et la Samaritaine de Caen (cat. 61), alors que celui de son pendant, La Cène, est « moins économe », est un des arguments qui lui permettent de mettre en doute sa provenance [Port-Royal de Paris], « toujours affirmée sans aucune preuve », au profit de la « copie » qu’en exécuta Jean-Baptiste (auj. à Rennes). Pour les saint Augustin de Williamstown (cat. 209) et de Los Angeles (209A), qui sont de format identique, ce sont les « couleurs plus denses et plus contrastées » du premier qui en font le tableau princeps, l’autre ayant servi de modèle aux copies.

195. Dans le Sermon sur la Montagne (cat. 208) : « les détails des architectures [sont] ceux de Champaigne », les deux palmiers « ressemblent étonnamment » à ceux du Paysage aux aveugles. Surtout, il y a « sur les arbres du premier plan chez Philippe de Champaigne, une branche morte qui se dégage des frondaisons… ». Ces éléments évoquent autant de poncifs réutilisables par le maître ou l’atelier.

196. Mais comme J. Goncalves n’est pas à une contradiction prés, il écrit ailleurs : « non pas que le principe d’une composition de 1642 reprise 6-10 ans plus tard doive surprendre… ». De même, après avoir conteste l’hypothèse de répliques « exactes » pendant plus de la moitié de son étude, mais ayant besoin d’évoquer les activités de Champaigne pendant ce qu’il appelle sa période de repli, il écrit que « [son] temps a alors pu être occupé à peindre des répliques » …

197. A propos de la Madeleine dans sa grotte (cat. 197), J. Goncalves, croyant accumuler les similitudes convaincantes, y multiplie les preuves de l’usage probable de poncifs : « la robe grise et le manteau bleu qui s’enlèvent sur le vert-brun du paysage…la paillasse roulée…le paysage rocheux [avec] le ruisseau en chutes successives… ». De même les arguments qu’il présente comme plus solides que ceux de B. Dorival pour conserver à l’oncle le Sermon sur la Montagne (cat. 208) : la clarté de la composition, le drapé, la couleur et la complexité des lointains, le –supposé- flottement dans la définition de l’espace, etc.

198. On retrouve à l’occasion sa « myopie » : par exemple, quand, il considère, à propos du Songe de saint Joseph de Londres que les Annales des Minimes, précisant que « la sainte Vierge est en prière dans un coin du tableau », ne désignent pas « un tableau spécifique » et ne disent « rien » de sa « mise en scène » …

199. Le saint Bruno de Stockholm (cat. 167), bien que « plusieurs répliques » soient attestées ; le Portrait de Louis XIII du Prado (cat. 169), le portrait de Bérulle (ovale) qui est « vraisemblablement le n° 28 de l’inventaire après décès de Philippe de Champaigne » ; le portrait de Mazarin d’un collection privée (son cat. 151), la Madeleine dans la grotte (cat. 197) est « Le n° 58 de l’inventaire post-mortem » même si Dorival « préfère y voir le tableau des Barnabites », le saint Jérôme Lagerfeld (cat. 210) est le n° 39 de l’inventaire de l’artiste. De façon générale, ce qu’il appelle des exemples du « souci de datation qui s’exprime à l’occasion [sic] dans cet inventaire » sont, au contraire, autant de précisions données par l’expert

200. Après avoir attaqué au canon : soit le Christ du Louvre (cat. 111) correspondrait au n° 1 de l’inventaire de 1674, et « toute la littérature sur le fondement janséniste de cette œuvre n’est que vain bavardages » soit c’est effectivement celui de Port-Royal et double perle, pour un sujet aussi peu exceptionnel que l’est a contrario l’interprétation qu’en donne Champaigne (ou Baugin) : « cela implique l’existence d’un second Christ mort. En d’autres termes, nier l’autographie du tableau de l’église Saint-Médard revient à douter du contenu idéologique du tableau du Louvre ! ». Cette notice offre aussi un bel exemple d’ « amnésie « puisque dans l’essai, il lui faut plusieurs pages pour découvrir que les plaies qui saignent ne sont pas une création de Champaigne mais sont déjà présentes dans la Pièta de Villeneuve-les-Avignon, « retable provenant d’une chartreuse ». II s’en sert ici pour envisager que « le thème du baptême propre au Christ mort du Louvre » et le vérisme du tableau correspondent donc davantage au Carmel ou aux Chartreux

201. Ce sont ses cat. 187 A-D. Hormis la réduction conservée au même musée, présentée comme « une étude pour le n° précédent », certaines notices (B-C), ne comportent pas de texte ou sinon la simple affirmation, non argumentée (187D) qu’il s’agit « sans doute » du n° 66 de l’inventaire de l’artiste.

202. De la Cène de Lyon (cat. 117) : « Bien que son attribution soit toujours contestée, c’est bien le tableau de Port-Royal de Paris. Voir dans le texte [pages non précisées ?] l’analyse de composition qui ne laisse pas le moindre doute ». Contredisant ce qu’il affirmait pour les portraits de Mère Angélique, J. Goncalves, résumant le passage très délayé et scolaire de son essai, affirme dans la notice de la petite Cène (cat. 124) que « l’observation seule des trois Cène permet d’en déduire la chronologie ». Le sommet vient dans la notice, ensuite, de la Grande Cène : sa datation repose sur l’attitude d’Antoine Vitré dans son portrait gravé : « il s’appuie de son avant-bras droit sur un rebord de pierre, les doigts de sa main gauche, également posés », motifs que l’on retrouve dans les deux Cène du Louvre, et qui aurait « été suggéré à Philippe de Champaigne par l’attitude de son modèle » [sic], ce qui rend ces tableaux « exactement contemporains de ce portrait »

203. Après avoir cité la Déploration des Le Nain comme seule référence au Christ mort du Louvre, il ajoute que « le programme symbolique très volontaire et complexe : plaies vives, couronne d’épines, vers latins, dont à cette date Philippe de Champaigne n’était pas familier, implique un commanditaire, et contredit l’idée d’un tableau gardé par le peintre ». Enfin, n’étant pas à court d’affirmations gratuites, J. Goncalves nous met en garde : « cette iconographie, dont on aurait tort de célébrer la nouveauté est au contraire fixée de longue date » puisqu’il place l’exécution de la gravure similaire de Samuel Bernard, avant même la décennie Richelieu (hypothèse de B. Dorival)

204. Nous inviterions volontiers J. Goncalves à aller revoir les tableaux de Versailles, ou à aller contempler au musée Carnavalet une effigie de Michel Le Masle attribuable à Michel I Corneille, qui pourrait – selon sa méthode - évoquer celui qu’il avait exécuté pour la bibliothèque de la Sorbonne

205. Proposant de reconnaître qu’un même modèle ait posé pour le saint Paul de Troyes (cat. 109) et le Moïse, il lui semble logique de voir dans le premier, « en quelque sorte une étude » pour le second.

206. La notice de l’Annonciation Wallace (cat. 124) en est presque un concentré : entre la certitude d’une destination connue de lui seul (« selon toute probabilité pour la chapelle Sainte-Anne dans l’église du Val-de-Grâce ») et une auto-conclusion discutable (« étant ainsi acquis [sic] que la chapelle Sainte-Anne ait été décorée »), on pourrait même envisager chez notre auteur un syndrome de l’Escorial ( ?) : « le silence [des contemporains] doit s’expliquer par la vocation du lieu : servir de panthéon à la descendance princière »). Entre temps, il multiplie les erreurs historiques puisque Sainte-Catherine du Val des Echoliers (provenance du tableau selon certains) est bien jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, un couvent de femmes (cf. notre remarque sur son cat.). Le tableau est effectivement arrivé « tardivement « dans l’église qui, rappelons-le, avait été celle des Jésuites entre temps expulsés, et disposait donc de plusieurs tableaux pour décorer son maître-autel. L’absence de rigueur et de vérifications de notre « leçonneur » va jusqu’à omettre l’ « immense mise au point » de B. Dorival sur les Annonciations de Champaigne de la bibliographie.

207. Outre l’hypothèse portant sur l’utilisation de la Sainte Face en base de colonne d’autel (cat. 80A), sa notice sur la Fuite en Egypte de Senlis (cat. 81) en offre une sorte de synthèse : « Le choix du bois comme support est presque une nécessité dans un tel lieu [l’Appartement des Bains au Palais-Royal], de même que le motif iconographique de l’eau, avec la fontaine et le gué ; puis le thème de la Fuite en Egypte correspond symboliquement à la parenthèse de la Régence » …

208. Ainsi, « l’austérité de l’espace clos » présent dans la sainte Julienne (cat. 86) est « un rappel du travail de l’artiste dans l’église de la Sorbonne » [sic]. Par son sujet, le Sermon sur la Montagne de Dijon (cat. 208) « s’intègre parfaitement dans la ligne d’inspiration des années 1643-45 [ :] volonté didactique, Jésus ou Moïse, points de repère, de référence, ce qui n’est pas le cas dans les années 1655-58, où l’emportent des ermites….La conviction s’est déplacée dans le paysage protecteur, dans l’ouverture spatiale comme principe de repli et de distanciation… » (joli paradoxe)

209. Ainsi, il est en mesure d’avancer à l’égard de la sainte Julienne, où il voit un modèle pour la gravure ou pour un tableau d’autel, que l’Institution du Saint-Sacrement (d’où proviendrait, selon lui, le tableau) aurait eu ainsi la volonté « d’attirer l’attention sur la petite communauté à l’existence encore indécise par la méthode qui sera bientôt celle de Port-Royal, en faisant état d’éventuelles figures charismatiques et d’exception issues de ses rangs ». Or, ce n’est là qu’un résumé d’un développement, plus délayé dans l’essai, cherchant à conforter cette vision, détachée de toute réalité historique, de certaines « méthodes » qui auraient été employées par Port-Royal.

210. Plus loin, un autre portrait de femme, cette fois en pied subit le même traitement : il représenterait selon notre auteur la physionomie aisément reconnaissable d’Anne d’Autriche et reviendrait peut être à l’atelier du peintre. Or, avec un peu de rigueur, J. Goncalves aurait pu identifier le probable modèle de cette effigie : Marie de Gonzague, reine de Pologne. Cette hypothèse est induite par l’un des nombreux portraits conservés à Versailles. Or, si ce tableau assez intéressant voire singulier, conservé à Goulaine, permet une seule certitude, c’est qu’il est stylistiquement très éloigné de Champaigne, ou de son atelier.

211. Étant lancé, il poursuit : « En face, je suis tenté de placer, par complémentarité, l’Annonciation Wallace [dont] l’invention saisissante [deux figures debout] serait la conséquence logique, par souci d’unité, du même parti… » …


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