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Les grands projets du Musée d'Orsay 

   Jeudi 4 septembre, le nouveau président d'Orsay, Guy Cogeval, présentait à la presse sa politique pour les quatre ans à venir. Depuis sa nomination, celui-ci n'a manifestement pas chômé tant le programme est dense et va modifier profondément la physionomie du musée. Nous avions déjà parlé ici de l'évolution de la couleur des murs qui a fait l'objet d'une expérimentation dans deux salles (voir brève du 2/7/08). Celle-ci a été approuvée par Gae Aulenti, l'architecte qui avait aménagé la gare lors de la création du musée, et dont on pensait à tort qu'elle serait hostile à toute évolution. L'éclairage va également être entièrement revu, avec la suppression des lumières indirectes au néon qui aplatissent les couleurs et empêchent, comme le souligne Guy Cogeval, de distinguer les valeurs et la gradation des teintes.

Une réorganisation complète du musée


1. Musée d'Orsay
Galerie Chauchard
Photo : Musée d'Orsay

   L'organisation des collections va être également totalement modifiée, les travaux étant réalisés progressivement pour ne pas perturber l'accueil du public. Ils ont commencé par la galerie Chauchard, côté Seine du bâtiment, au rez-de-chaussée, entre les salles d'exposition et la nef centrale (ill. 1). Guy Cogeval a constaté que les visiteurs ne s'y arrêtent pas et utilisent cette galerie comme un passage pour se rendre dans la salle Courbet admirer L'Atelier et L'Enterrement à Ornans. Il compte sur l'introduction de la couleur et l'amélioration de l'éclairage pour en faire un véritable espace d'exposition où les amateurs pourront s'attarder. Si l'expérience est concluante, il prévoit d'y présenter notamment L'Angélus et Les Glaneuses de Millet.
   La galerie de Lille, située symétriquement de l'autre côté de la nef, sera aménagée fin 2008 et accueillera la collection Second Empire qui mènera logiquement aux sculptures de Carpeaux.

   Certains lieux vont être rouverts au public, comme l'ancien « lobby » de l'hôtel (à l'angle nord-ouest du musée), fermé depuis plusieurs années. Il accueillera fin 2008 une présentation des arts décoratifs de la IIIe République en accord avec le décor datant de cette époque, et permettra d'exposer aussi une partie de la collection donnée par Philippe Meyer, grand mécène d'Orsay et du musée Granet récemment décédé1.

   Dans le pavillon amont qui présentait jusqu'à récemment des maquettes d'architecture, réalisées pour l'ouverture du musée, des travaux vont être menés à partir de janvier 2010, permettant de récupérer pas moins de 500 m2 d'exposition sur trois niveaux, soit au total 1500 m2. Le rez-de-chaussée accueille déjà, sur un beau fond mauve, de grands tableaux d'histoire (voir brève du ). Au 1er étage seront présentés les grands décors symbolistes et Nabis dont celui de Maurice Denis pour la chapelle du Vésinet qui n'avait jamais été accroché au musée. Guy Cogeval souhaite que ces salles permettent un dialogue entre les sculptures, les objets d'art, les dessins décoratifs et les grandes peintures. Les arts décoratifs des écoles étrangères (Rennie MacIntosh, les Viennois, etc), invisibles depuis bien longtemps, seront présentés dans les étages ce qui ne sera que justice tant ceux qui se rappellent de l'inauguration du musée, il y a vingt ans, en ont un souvenir ébloui.


2. Musée d'Orsay
Salles des colonnes
Photo : Musée d'Orsay

   Les galeries Impressionnistes, au dernier étage du musée, feront également l'objet d'un profond remaniement, à partir de 2010 ou 2011. L'éclairage sera revu, là aussi. La collection Moreau-Nélaton pourrait être placée au début du parcours et le Déjeuner sur l'herbe de Manet mis au cœur de la présentation. Les salles des colonnes du 5e étage (ill. 2), qui abrite actuellement l'école de Pont-Aven et les pointillistes, était déjà trop étroite en 1986, offrant des espaces trop sombres et trop étroits pour Gauguin et Seurat. Elle sera consacrée à des expositions temporaires, tandis que toute la collection post-impressionniste jusqu'à 1900 sera descendue au niveau médian à côté des sculptures de Bourdelle et de Maillol qui y sont déjà. La peinture de Gauguin aux Nabis sera donc regroupée sur un même étage et la construction d'un escalier permettra de rejoindre directement le pavillon amont dont on a vu qu'il sera consacré aux grands décors.

   Toutes ces évolutions s'accompagneront également d'un aménagement du café des hauteurs, beaucoup trop exigu, qui sera agrandi grâce aux actuelles salles des pastels (dont on espère qu'ils pourront être présentés ailleurs). Le décor de ce café modernisé sera créé par les frères Campana qui ont présenté un projet inspiré par l'Art Nouveau.

Pas d'antennes, mais une coopération accrue avec les musées de province

   Plutôt que de créer une antenne comme le Louvre et Beaubourg, Guy Cogeval, qui souligne que les collections sont de toute façon insuffisantes, propose de renforcer les relations avec les musées de province. Il a ainsi créé un « club XIXe siècle » qui regroupe les établissements de dimension européenne dont les collections répondent à celles d'Orsay (Rouen, Marseille, Lille, etc). Les réunions (la première a déjà eu lieu) se dérouleront deux fois par an. Cette coopération débouchera sur des expositions communes, des prêts plus importants du musée d'Orsay (ce sera le cas pour Van Gogh - Monticelli à Marseille et l'exposition de peintures nordiques organisé au Musée des Beaux-Arts de Lille). La politique de dépôts dans les musées de province, déjà pratiquée par Serge Lemoine, sera poursuivie.
   La coopération avec les musées étrangers sera également développée. Sans que les modalités précises en soient explicitées, Guy Cogeval a également indiqué que le Musée d'Art Américain de Giverny dont la Terra Foundation souhaite se désengager en partie, pourrait abriter deux expositions par an organisées en collaboration avec Orsay.
Enfin, l'établissement public possède (comme le Louvre avec le musée Delacroix), deux « annexes » à Paris. L'une, le musée de l'Orangerie, lui sera officiellement rattaché au début de l'année prochaine. Emmanuel Bréon, qui avait en charge jusqu'à aujourd'hui le Musée des Années 30 de Boulogne-Billancourt, vient d'en être nommé directeur. Quant au musée Hébert, fermé au public depuis trop longtemps, Guy Cogeval réfléchit à son avenir. Il ne se résigne pas en effet - et on ne peut évidemment que l'approuver - à ce que cet établissement soit définitivement clos comme certains l'ont envisagé.

   Tout cela est de très bon augure. On peut cependant regretter que pour faire face à la nécessité cruciale de boucler son budget et de financer tous ses projets, Orsay soit contraint de poursuivre - sans aucun doute de manière moins marquée3 - la politique d'expositions payantes qui avait tendance à se développer discrètement sur le plan médiatique, mais de manière toujours plus importante ces dernières années. Espérons que celles-ci correspondront au moins à de vrais projets scientifiques.

Un programme d'exposition riche et varié

   On dira un mot, pour conclure, des expositions à venir dont le détail est inclus dans notre calendrier. Ce programme est remarquablement équilibré puisqu'il prévoit à la fois d'étudier des artistes dits académiques comme Jean-Léon Gérôme (automne 2010) ou Ernest Hébert (à travers ses paysannes italiennes, en 2009) et des Impressionnistes (une grande rétrospective Claude Monet fin 2010 ou 2011, précédé d'un colloque international fin 2009 ; Renoir et ses tableaux tardifs à l'automne 2009 au Grand Palais, un projet initié par le LACMA). Le Symbolisme fera l'objet d'une exposition confiée à Michel Draguet, qui aura lieu en 2011 en même temps qu'Odilon Redon au Grand Palais. Les artistes étrangers ne sont pas oubliés, dont James Ensor (automne 2009), le grand peintre finnois Gallen-Kallela (2010-2011) et - mais il s'agit encore d'un projet à confirmer - Giovanni Segantini, pas plus que la sculpture avec la postérité de Rodin sous le beau titre Oublier Rodin et une exposition sur le thème des Masques, l'architecture (une rétrospective Labrouste, probablement à l'automne 2010, avec le MOMA et une exposition de projets non réalisés pour Paris), la photographie ou les arts décoratifs (présentation de deux services d'assiettes de Bracquemond et de Lambert). Mais Guy Cogeval, on le sait, aime les grandes expositions transversales qui permettent de confronter les différents types d'expression artistique. Il prévoit ainsi Louis II de Bavière en 2012 et la même année Vers le cinéma un sujet passionnant qui étudiera notamment les rapports entre cet art naissant et la peinture d'histoire. Et la musique sera à l'honneur avec une exposition consacrée à Debussy au printemps 2011.
   Des présentations d'art contemporain - cette mode, dans les musées d'art ancien, ne semble pas vouloir cesser - auront encore lieu, mais en moins grand nombre, en privilégiant la répartition de quelques œuvres d'un même artiste dans les collections permanentes.

   Ces annonces sont très prometteuses et témoignent d'une véritable vision d'ensemble. On ne sera cependant pas d'accord avec Guy Cogeval sur un point : il a affirmé préférer par goût personnel présenter moins d'œuvres sur les murs tout en « dramatisant » leur accrochage. Il conviendrait pourtant - même si le public a parfois du mal à s'y retrouver - de privilégier un accrochage serré plutôt que de remiser des œuvres en réserve. La présentation « aérée », voire minimaliste, est hélas une tendance actuelle des musées. Elle peut être justifiée pour les tableaux Impressionnistes ou d'avant garde, nettement moins pour la peinture académique qui, dans les Salons, étaient toujours présentés à touche-touche. Sans doute un compromis entre les deux parti-pris est-il possible. En revanche, on approuvera avec enthousiasme son idée de mélanger parfois les peintres, à rebours des classifications traditionnelles, prenant comme exemple le nouvel accrochage extrêmement réussi des salles XIXe du Metropolitan Museum.

Didier Rykner
(mis en ligne le 6 septembre 2008)

1. L'idée de présenter les œuvres de la collection Philippe Meyer à cet endroit était déjà celle de Serge Lemoine, le précédent Président.
2. Par exemple à Montpellier et Angers à l'occasion de la réouverture de ces musées.
3. Guy Cogeval a en effet annulé dès son arrivée deux expositions de ce type, l'une en Chine, l'autre à Macao.